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seau de la reine se trouva ensablé, et en danger de périr. L'épouvante fut grande dans tout le navire; et le duc de Buckingham , qui craignait pour plus d'une vie , parut dans un désespoir inconcevable.
Enfin on tira le vaisseau du péril où il était; mais il fallut relâcher au port.
Madame la princesse d'Angleterre fut attaquée d'une fièvre trés-violente. Elle eut pourtant le courage de vouloir se rembarquer dés que le vent fut favorable; mais, sitôt qu'elle fut dans le vaisseau , la rougeole sortit ; de sorte qu'on ne put abandonner la terre , et qu'on ne put aussi songer à débarquer, de peur de hasarder sa vie par cette agitation.
Sa maladie fut très- dangereuse. Le duc de Buckingham parut comme un fou et un désespéré, dans les momens où il la crut en péril. Enfin , lorsqu'elle se porta assez bien pour souffrir la mer et pour aborder au'*^Havre, il eut des jalousies si extravagantes des soins que l'amiral d'Angleterre prenait pour cette princesse, qu'il le querella sans aucune sorte de raison ; et la reine , craignant qu'il n'en arrivât du désordre , ordonna au duc de Buckingham de s'en aller à Paris, pendant qu'elle séjournerait quelque temps au Havre , pour laisser reprendre des forces à la princesse sa fille.
Lorsqu'elle fut entièrement rétablie, elle revint à Paris. Monsieur alla au-devant d'elle avec tous les empressemens imaginables, et continua jusqu'à son mariage à lui cendre des devoirs auxquels il ne manquait que de l'amour ; mais le miracle d'enflammer le cœur de ce prince n'était réservé à aucune femme du monde.
Le comte de Guiches était en ce temps-là son favori. C'était le jeune homme de la cour le plus beau et le mieux fait, aimable de sa personne, galant , hardi , brave, rempli de grandeur et d'élévation. La vanité que tant de bonnes qualités lui donnaient , et un air méprisant répandu dans toutes ses actions, ternissaient un peu tout ce mérite; mais il faut pourtant avouer qu'aucun homme de la cour n'en avait autant que lui. Monsieur l'avait fort aimé dés l'enfance, et avait toujours conservé avec lui un grand Commerce, et aussi étroit qu'il y en peut avoir entre de jeunes gens.
Le comte était alors amoureux de nîadame de Chalais, fille du duc de Marmoutiers : elle était très-aimable , sans être fort belle : il la cherchait partout; il la suivait en tous lieux; enfin c'était une passion si publique et si déclarée , qu'on doutait qu'elle fût approuvée de celle qui la causait; et l'on s'imaginait que,
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s'il y avait eu quelque intelligence entre eux, elle lui aurait fait prendre des chemins plus cachés. Cependant il est certain que, s'il n'en était pas. tout- à -fait aimé, il n'en était pas haï, et qu'elle voyait son amour sans colère. Le duc de Buckingham fut le premier qui se douta qu'elle n'avait pas assez de charmes pour retenir un homme qui serait tous les jours exposé à ceux de madame la princesse d'Angleterre. Un soir qu'il était venu chez elle , madame de Chalais y vint aussi. La princesse lui dit, en anglais^ que c'était la maîtresse du comte de Guiches, et lui demanda s'il ne la trouvait pas fort aimable. Non, lui répondit-il, je ne trouve pas qu'elle le soit assez pour lui , qui me parait, malgré que j'en aie, le plus honnête homme de toute la cour, et je souhaite, madame , que tout le monde ne soit pas de mon avis. La princesse ne fit pas réflexion à ce discours , et le regarda comme un eïïéi de la passion de ce duc, dont il lui donnait tous les jours quelque preuve, et qu'il ne laissait que trop voir à tout le monde.
Monsieur s'en aperçut bientôt, et ce fut en cette occasion que madame la princesse d'Angleterre découvrit pour la première fois cette jalousie naturelle dont il lui donna depuis tant de marques. Elle vit donc son chagrin; et, comme
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elle ne se souciait pas du duc de Buckingham , qui, quoique fort aimable, a eu souvent le malheur de n'être pas aimé, elle en parla à la reine, sa mère , qui prit soin de remettre l'esprit de Monsieur, et de lui faire concevoir que la passion du duc était regardée comme une chose ridicule.
Cela ne déplut point à Monsieur, mais il n'en fut pas entièrement satisfait : il s'en ouvrit à la reine, sa mère ^ , qui eut de l'indulgence pour la passion du duc, en faveur de celle que son père lui avait autrefois témoignée. Elle ne voulut pas qu'on fit du bruit; mais elle fut d'avis qu'on lui fit entendre , lorsqu'il aurait fait encore quelque séjour en France, que son retour était nécessaire en Angleterre : ce qui fut exécuté dans la suite.
Enfin le mariage de Monsieur s'acheva, et fut fait en carême, sans cérémonie, dans la chapelle du j(5alais. Toute la cour rendit ses devoirs à madame la princesse d'Angleterre , que nous appellerons dorénavant Madame.
Il n'y eut personne qui ne fût surpris de son agrément, de sa civilité et de son esprit. Comme la reine-mère la tenait fort près de sa personne, on ne la voyait jamais que chez elle, où elle ne
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parlait quasi point. Ce fut une nouvelle découverte de lui trouver Fesprit aussi aimable que tout le reste. On ne parlait que d'elle , et tout le monde s'empressait de lui donner des louanges.
Quelque temps après son mariage , elle vint loger chez Monsieur, aux Tuileries ; le roi et la reine allèrent à Fontainebleau. Monsieur et Madame demeurèrent encore quelque temps à Paris : ce fut alors que toute la France se trouva chez elle : tous les hommes ne pensaient qu'à lui faire leur cour, et toutes les femmes qu'à lui plaire.
Madame de Valentinois \ sœur du comte de Guiches, que Monsieur aimait fort, à cause de son frère et à cause d'elle-même (car il avait pour elle toute l'inclination dont il était capable ) , fut une de celles qu'elle choisit pour être dans ses plaisirs; mesdemoiselles de Créqui, et de Châtillon =^, et mademoiselle de To*iinay-Charente ^, avaient l'honneur de la voir souvent, aussi-bien que d'autres personnes à qui elle avait témoigné de la bonté avant qu'elle fût mariée.
' Depuis madame de Monaco.
^ Depuis duchesse de Mekelbourg.
^ Depuis madame de Montespan.
Mademoiselle de La Tri mouille et madame de La Fayette étaient de ce nombre. La première lui plaisait par sa bonté, et par une certaine^ ingénuité à conter tout ce qu'elle avait dans le cœur, qui ressentait la simplicité des premiers siècles. L'autre lui avait été agréable par son bonheur; car, bien qu'on lui trouvât du mérite, c'était une sorte de mérite si sérieux en apparence, qu^il ne semblait pas qu'il dût plaire à une princesse aussi jeune que Madame^. Cependant, elle lui avait été agréable; et elle avait été si touchée du mérite et de l'esprit de Madame, qu'elle lui dut plaire dans la suite par l'attachement qu'elle eut pour elle.
Toutes ces personnes passaient les aprés-dînées chez Madame. Elles avaient l'honneur de la suivre au cours ; au retour de la promenade , on soupait chez Monsieur; après le souper, tous les hommes de la cour s'y rendaient , et on paslait le soif parmi les plaisirs de la comédie, du jeu et des violons; enfin, on s'y divertissait avec tout l'agrément imaginable , et sans aucun mélange de chagrin. Mademoiselle de Chalais y venait assez souvent; le comte de Guiches ne manquait pas de s'y rendre; la familiarité qu'il avait chez Monsieur lui donnait l'entrée chez ce prince aux heures les plus particulières. Ti voyait Madame à tous momcns avec tous ses
cliarmes. Monsieur prenait même le soin de les lui faire admirer; enfin, il l'exposait à un péril qu'il était presque impossible d'éviter.
Après quelque séjour à Paris , Monsieur et Madame s'en allèrent à Fontainebleau. Madame y porta la joie et les plaisi s. Le roi connut, en la voyant de plus prés , combien il avait été injuste en ne la trouvant pas la plus belle personne du monde. Il s'attacha fort à elle, et lui témoigna une complaisance extrême. Elle disposait de toutes les parties de divertissement : elles se faisaient toutes pour elle , et il paraissait que le roi n'y avait de plaisir que par celui qu'elle en recevait. C'était dans le milieu de l'été : Madame s'allait baigner tous les jours; elle partait en carrosse , à cause de la chaleur, et revenait à cheval, suivie de toutes les dames habillées galamment, avec mille plumes sur leur tête, accompagnées du roi et de la jeunesse de la cour; après souper, âa montait dans des calèches, et, au bruit des violons, on s'allait promener une partie de la nuit autour du canal.
L'attachement que le roi avait pour Madame commença bientôt à faire du bruit , et à être interprété diversement. La reine-mère en eut d'abord beaucoup de chagrin : il lui parut que Madame lui ôtait absolument le roi, et qu'il lui
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donnait toutes les heures qui avaient accoutumé d'être pour elle. La grande jeunesse de Madame lui persuada qu'il serait facile d'y remédier, et que, lui faisant parler par l'abbé de Montaigu , et par quelques personnes qui devaient avoir quelque crédit sur son esprit, elle l'obligerait à se tenir plus attachée à sa personne , et de n'attirer pas le roi dans des divertissemens qui eu étaient éloignés.
Madame était lasse de l'ennui et de la contrainte qu'elle avait essuyés auprès de la reine , sa mère. Elle crut que la reine ^ sa belle-mére, voulait prendre sur elle une pareille autorité; elle fut occupée de la joie d'avoir ramené le roi à elle, et de savoir, par lui-même, que la reinemère tâchait de l'en éloigner. Toutes ces choses la détournèrent tellement des mesures qu'on voulait lui faire prendre, que même elle n'en garda plus aucune. Elle se lia d'une manière étroite avec la comtesse de Soissons , qui était alors l'objet de la jalousie de la reine et de l'aversion de la reine-mère, et ne pensa plus qu'à plaire au roi comme belle -sœur. Je crois qu'elle lui plut d'une autre manière ; je crois aussi qu'elle pensa qu'il ne lui plaisait que comme un beaufrère, quoiqu'il lui plût peut-être davantage; mais, enfin, comme ils étaient tous deux infiniment aimables, et tous deux nés avec des dis-
positions galantes; qu'ils se voyaient tous les jours au milieu des plaisirs et des divertissemens, il parut aux yeux de tout le monde qu'ils avaient l'un pour l'autre cet agrément qui précède d'ordinaire les grandes passions.
Cela fit bientôt beaucoup de bruit à la cour. La reine-mère fut ravie de trouver un prétexte si spécieux de bienséance et de dévotion , pour s'opposer à l'attachement que le roi avait pour Madame. Elle n'eut pas de peine à faire entrer Monsieur dans ses sentimens : il était jaloux par lui-même, et il le devenait encore davantage par l'humeur de Madame, qu'il ne trouvait pas aussi éloignée de la galanterie qu'il l'aurait souhaité.
L'aigreur s'augmentait tous les jours entre la reine-mère et elle. Le roi donnait toutes les espérances à Madame ; mais il se ménageait néanmoins avec la reine-mère , en sorte que , lorsqu'elle redisait à Monsieur ce que *ïe roi lui avait dit , Monsieur trouvait assez de matière pour vouloir persuader à Madame que le roi n'avait pas pour elle autant de considération qu'il lui en témoignait : tout cela faisait un cercle de redites et de démêlés qui ne donnait pas im moment de repos ni aux uns ni aux autres. Cependant, le roi et Madame, sans s'expliquer entre eux de ce qu'ils sentaient l'un pour l'au-
tre , continuèrent de viv re d'une manière qui ne laissait douter à personne qu'il n'y eût entre eux plus que de l'amitié.
Le bruit s'en augmenta fort ; et la reinemère et Monsieur en parlèrent si fortement au roi et à Madame , qu'ils commencèrent à ouvrir les yeux et à faire peut-être des réflexions qu'ils n'avaient point encore faites ; enfin , ils résolurent de faire cesser ce grand bruit , et , par quelque motif que ce pût être, ils convinrent entre eux que le roi serait l'amoureux de quelque personne de la cour. Jls jetèrent les yeux sur celles qui paraissaient les plus propres à ce dessein, et choisirent, entre autres, mademoiselle de Pon * , parente du maréchal d' Albret , et qui, pour être nouvellement venue de province, n'avait pas toute l'habileté imaginable; ils jetèrent aussi les yeux sur Chimerault^, une ^des filles de la reine, fort coquette, et sur La VaUière,*qui était une fille de Madame, fort jolie, fort douce et fort naïve. La fortune de cette fille était médiocre : sa mère s'était remariée à Saint-Remi, premier maître d'hôtel de M. le duc d'Orléans ; ainsi , elle avait presque toujours été à Orléans ou à Blois. Elle se trouvait très-
Depuis madame d'IIudicour.
Depuis madame de La Basinièrc.
lieureuse d'être auprès de Madame. Tout le monde la trouvait jolie : plusieurs jeunes gens avaient pensé à s'en faire aimer; le comte de Guiches s'y était attaché plus que les autres; il y paraissait encore tout occupé, lorsque le roi la choisit pour une de celles dont il voulait éblouir le public. De concert avec Madame, il commença, non -seulement à faire l'amoureux d'une des trois qu'ils avaient choisies, mais de toutes les trois ensemble. Il ne fut pas longtemps sans prendre parti : son cœur se détermina en faveur de La Valliére ; et , quoiqu'il ne laissât pas de dire des douceurs aux autres, et d'avoir même un commerce assez réglé avec Chimerault, La Valliére eut tous ses soins et toutes ses assiduités.
Le comte de Guiches , qui n'était pas assez amoureux pour s'opiniâtrer contre un rival si redoutable, l'abandonna et se brouilla avec elle, en lui disant des choses assez désagréables.
Madame vit avec quelque chagrin que le roi s'attachait véritablement à La Valliére; ce n'est peut-être pas qu'elle en eût ce qu'on pourrait appeler de la jalousie , mais elle eût été bien aise qu'il n'eût pas eu de véritable passion, et qu'il eût conservé pour elle une sorte d'attachement qui , sans avoir la violence de l'amour, en eût eu la complaisance et l'agrément.
Long- temps avant quelle fût mariée, on avait prédit que le comte de Guiches serait amoureux d'elle; et, sitôt qu'il eut quitté La Vallière, on commença à dire qu'il aimait Madame, et peut-être même qu'on le dit avant qu'il en eût la pensée; mais ce bruit ne fut pas désagréable à sa vanité; et, comme son inclination s'y trouva peut-être disposée, il ne prit pas de grands soins pour s'empêcher de devenir amoureux, ni pour empêcher qu'on ne le soupçonnât de l'être. L'on répétait alors à Fontainebleau un ballet que le roi et Madame dansèrent, et qui fut le plus agréable qui ait jamais été, soit par le lieu où il se dansait, qui était le bord de l'étang, ou par l'invention qu'on avait trouvée , de faire venir du bout d'une allée le théâtre tout entier, chargé d'une infinité de personnes , qui s'approchaient insensiblement, et qui faisaient une entrée, en dan- •sant devant le théâtre.
Pendant la répétition de ce ballet, le comte de Guiches était très-souvent avec Madame, parce qu'il dansait dans la même entrée : il n'osait encore lui rien dire de ses sentimens, mais, par une certaine familiarité qu'il avait acquise auprès d'elle, il prenait la liberté de lui demander des nouvelles de son cœur, et si rien ne l'avait jamais touchée : elle lui répondait
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avec beaucoup de bonté et d'agrément , et il s'émancipait quelquefois à crier, en s'enfuyant d'auprès d'elle, qu'il était en grand péril.
Madame regardait tout cela comme des choses galantes, sans y faire une plus grande attention : le public y vit plus clair qu'elle-même. Le comte de Guiches laissait voir, comme on a déjà dit, ce qu'il avait dans le cœur, en sorte que le bruit s'en répandit aussitôt. La grande amitié que Madame avait pour la duchesse de Valentinois contribua beaucoup à faire croire qu'il y avait de l'intelligence entre eux, et l'on regardait Monsieur, qui paraissait amoureux de madame de Valentinois , comme la dupe du frère et de la sœur. Il est vrai, néanmoins, qu'elle se mêla très-peu de cette galanterie; et, quoique son frère ne lui cachât point sa passion pour Madame, elle ne commença pas les liaisons qui ont paru depuis.
Cependant, l'attachement du roi* pour La Valliére augmentait toujours; il faisait beaucoup de progrès auprès d'elle ; ils gardaient beaucoup de mesures ; il ne la voyait pas chez Madame et dans les promenades du jour ; mais, à la promenade du soir, il sortait de la calèche de Madame, et s'allait mettre près de celle de La Valliére, dont la portière était abattue ; et, comme c'était dans l'obscurité de la nuit,
il lui parlait avec beaucoup de commodité. La reine-mère et Madame n'en furent pas moins mal ensemble. Lorsqu'on vit que le roi n'en était point amoureux, puisqu'il l'était de La Valliére , et que Madame ne s'opposait pas aux soins que le roi rendait à cette fille, la reine-mère en fut aigrie; elle tourna l'esprit de Monsieur, qui s'en aigrit, et qui prit au point d'honneur que le roi fût amoureux d'une fille de Madame. Madame, de son côté, manquait, en beaucoup de choses, aux égards qu'elle devait à la reine-mère et même à ceux qu'elle devait à Monsieur ; en sorte que l'aigreur était grande de toutes parts.
Dans ce même temps , le bruit fut grand de la passion du comte de Guiches. Monsieur en fut bientôt instruit, et lui fit très -mauvaise mine. Le comte de Guiches, soit par son naturel fier, soit par chagrin de voir Monsieur Instruit d'une chose qu'il lui était commode qu'il ignorât, eut avec Monsieur un éclaircissement fort audacieux, et rompit avec lui , comme s'il eût été son égal : cela éclata publiquement , et le comte de Guiches se retira de la cour.
Le jour que ce bruit arriva. Madame gardait la chambre et ne voyait personne : elle ordonna qu'on laissât seulement entrer ceux qui répétaient avec elle , dont le comte de Guiches
était du nombre, ne sachant point ce qui venait de se passer. Comme le roi vint chez elle, elle lui dit les ordres quelle avait donnés; le roi lui répondit, en souriant, qu'elle ne connaissaitpas mal ceux qui devaient être exemptés, et lui conta ensuite ce qui venait de se passer entre Monsieur et le comte de Guiches. La chose fut sue de tout le monde, et le maréchal de Grammont, père du comte de Guiches, renvoya son fils à Paris , et lui défendit de revenir à Fontainebleau.
Pendant ce temps-là, les affaires du ministère n'étaient pas plus tranquilles que celles de Tamour; et, quoique M. Fouquet, depuis la mort du cardinal, eût demandé pardon au roi de toutes les choses passées , quoique le roi le lui eût accordé, et qu'il parût l'emporter sur les autres ministres, néanmoins on travaillait fortement à sa perte , et elle était résolue.
Madame de Chevreuse, qui avaii toujourS conservé quelque chose de ce grand crédit qu'elle avait eu sur la reine-mère , entreprit de la porter à perdre M. Fouquet.
M. de Laigue, marié en secret, à ce que Ton a cru, avec madame de Chevreuse, était mal content de ce surintendant ; il gouvernait madame de Chevreuse; M. Le Tellier et M. Colbert se joignirent à eux ; la reine-mère fit un
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voyage à Dampierre , et là la perte de M. Fouquet fut conclue, et on y fit ensuite consentir le roi. On résolut d'arrêter ce surintendant ; mais les ministres, craignant, quoique sans sujet, le nombre d'amis qu'il avait dans le royaume, portèrent le roi à aller à Nantes, afin d'être près de Belle-Isle, que M. Fouquet venait d'acheter, et de s'en rendre maître.
Ce voyage fut long-temps résolu sans qu'on en fît la proposition ; mais enfin , sur des prétextes qu'ils trouvèrent, on commença à en parler. M. Fouquet , bien éloigné de penser que sa perte fût l'objet de ce voyage, se croyait toutà-fait assuré de sa fortune ; et le roi , de concert avec les autres ministres, pour lui ôter toute sorte de défiance, le traitait avec de si grandes distinctions, que personne ne doutait qu'il ne gouvernât.
11 y avait long-temps que le roi avait dit itju'il voulait aller à Vaux, maison superbe de ce surintendant ; et , quoique la prudence dût l'empêcher de faire voir au roi une chose qui marquait si fort le mauvais usage des finances , et qu'aussi la bonté du roi dût le retenir d'aller chez un homme qu'il allait perdre, néanmoins ni l'un ni l'autre n'y firent aucune réflexion.
Toute la cour alla à Vaux, et M. Fouquet joignit à la magnificence de sa maison toute