‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littéraires (volume 4)Chapitre 11 sur 41 · DE I. V MO L R. I · texte numérisé non relu

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rent encore plusieurs choses qui me lirent com- I)ren(lre que leur intelligence avait commencé presque aussitôt que j'avais cru être aimé. Ils se séparèrent dans la crainte que je ne vinsse; car, quelque sûr que l'on fût de moi, on voulait pourtant me ménager. Mademoiselle de Magnelais passa dans l'appartement de madame sa mère, et me laissa la liberté de sortir.

J'allai m'enfermer chez moi pour réfléchir sur le parti que j'avais à prendre : je pouvais perdre d'honneur mademoiselle de Magnelais ; mais n'était-ce pas la punir d'une manière trop cruelle, d'une lée;èreté dont il ne m'était arrivé aucun mal? et pouvais-je employer contre elle des armes qu'elle n'aurait pu en pareil cas employer contre moi? Pour Bellomont, il me trahissait, mais il m'avait sauvé la vie : il m'était plus aisé de pardonner l'injure, que de manquer à la reconnaissance.

Pour ne pas priver le chevalier d'une protection aussi nécessaire pour lui que celle de M. d'Épernon , je me déterminai à lui cacher ce que le hasard m'avait fait découvrir. A l'égard de mon mariage, j'avais le temps pour moi. Il ne me restait qu'à prendre des mesures pour éviter de voir mademoiselle de Magnelais : elle m'était devenue, dès ce moment-là, si indifférente , que je n'avais pas même besoin de lui

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faire des reproches. Je projetais un voyage; à la campagne, quand j'appris que mademoiselle de Magnelais y était allée elle-même.

J'eus l'honneur, mademoiselle, de vous voir à peu prés dans ce temps-là, et dès ce moment je n'imaginai plus qu'on pût me proposer mademoiselle de Magnelais. Cette jalousie qu'elle m'avait demandée, et que je ne connaissais point, je la connus alors : tout ce qui vous environnait me faisait ombrage; tout me paraissait plus capable que moi de vous plaire , et aucun ne me semblait digne de vous.

Je craignis cependant le comte de Blanchefort un peu plus que les autres : moi ^ qui jusque-là n'avais fait aucun cas des louanges de la multitude, je me sentis affligé de celles que cette multitude donnait à mon rival. Il pouvait aussi vous offrir sa main , et moi je ne pouvais, pendant la vie du duc d'Épernon , vous proposer qu'un mariage secret, à quoi mon respect ne pouvait consentir ; ce fut ce qui me retint le jour que j'osai vous parler du comte de Blanchefort. Quelle joie, mademoiselle, répandites-vous dans mon cœur! je crus voir que vous étiez touchée de l'excès de ma passion.

Cependant, le voyage de mademoiselle de Magnelais, qui me laissait respirer, n'avait été entrepris que poiH" me jeter dans de nouvelles pei-

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nés. Ello avait déterminé le duc d'IIallwiii à ne plus dilVérer notre mariage, et, à leur retour, le duc d'Épernon et lui en marquèrent le jour.

iNIon refus m'attira la disgrâce de mon père. Je ne lui en donnai point de raisons : celles que la conduite de mademoiselle de Magnelais me fournissait n'auraient point été crues , et d'ailleurs, depuis que je vous avais vue, mademoiselle , je sentais que ce n'était pas le plus grand obstacle à notre mariage ; mais je crus aussi qu'il fallait, surtout dans les premiers momens, lui cacher mon attachement pour vous.

Je ne pus cependant me refuser le plaisir de vous voir le lendemain. J'étais plein de la joie de nie voir libre : je voulais vous la montrer; je me flattais que vous en démêleriez le motif; mais cette joie ne dura guère : vos regards et le ton dont vous me parlâtes me glacèrent de crainte. Oserai-je cependant vous l'avouer? me pardonnerez-vous de l'avoir pensé ? Ce que vous me dîtes de mademoiselle de Magnelais me donna lieu de me flatter qu'elle avait part au mauvais traitement que je recevais.

Cette idée me donna un peu de tranquillité, et je pris dés lors la résolution de ne vous rien cacher de ce qui s'était passé entre elle et moi. Je retournai dans cette intention chez madame de Polignac ; j'appris d'elle-même, mademoi-

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selle, que vous étiez retournée à l'abbaye du Paraelet ; je fis dessein d'y aller, et j'avais tout disposé pour cela.

Je reçus , la surveille de mon départ , un billet de Bellomont : il me priait de me trouver le lendemain matin à un endroit d'un faubourg de Paris , assez écarté. Je ne suis pas naturellement porté à la méfiance; j'eusse voulu d'ailleurs le trouver moins coupable. Je me figurai qu'il avait dessein de m'avouer ce qui s'était passé, et de concerter avec moi les moyens d'épouser mademoiselle de Magnelais.

La conversation commença par les protestations de son attacliement pour moi. Après le début, qui me confirmait encore dans mon idée : Comment est-il possible, me dit -il, que vous puissiez faire le malheur d'une fille dont vous êtes si tendrement aimé? J'ai été encore hier témoin de ses larmes : c'est par son ordre que je vous parle; elle est instruite de votre amour pour mademoiselle d'Essei. Permettez-moi, mademoiselle, ajouta le marquis de La Valette, de vous taire ce qu'il eut l'audace d'ajouter.

Peut-être n'aurais-je encore payé tant d'artilice et de mauvaise foi que par le plus profond mépris ; mais je ne fus plus maître de mon indignation , quand il osa manquer au respect qui vous est du de toute la terre. Taisez-vous, lui

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(lis-jc avec un ton de fureur, ou je vous ferai repentir de votre insolence. Vous et mademoiselle de j\ragnelais êtes dignes l'un de l'autre; et je vous aurais puni de toutes vos trahisons, si le mépris ne vous avait sauvé de ma vengeance.

A qui parles-tu donc? répliqua Bellomont. Astii oublié que tu me dois la vie? Mais tu ne jouiras plus d'un bienfait dont tu abuses; il vint en même temps sur moi , et, avant que je me fusse mis en défense , il me porta deux coups d'épée : je tirai la mienne, et, comme il voulait redoubler, je le blessai à la hanche en me défendant ; il tomba, je fus sur lui, et, après l'avoir désarmé : Je te donne la vie, lui dis -je, et me voilà délivré de la honte de devoir quelque chose au plus lâche de tous les hommes.

Cependant mon sang coulait en abondance, et j'allais tomber moi-même, et être exposé à la rage de ce méchant, dont la blessure était légère, quand des paysans, qui venaient à la ville, arrivèrent dans le lieu où nous étions. Mes habits, qui étaient magnifiques, les firent d'abord venir à moi. Je me fis porter dans la plus prochaine maison , qui se trouva , par hasard, appartenir à un homme qui nous était attaché : je le chargeai d'aller avertir le comte de Ligny, avec qui j'étais lié d'amitié depuis notre première enfance. Les chirurgiens , qui avaient

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