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larmes , que c'est m'arrachcr le cœur ; mais je n'avance que de peu de jours une séparation que ma mort rendra bientôt nécessaire. Peutêtre, ô mon Dieu! poursuivit-elle, daignerezvous me regarder en pitié! peut-être que ce sacrifice, tout forcé ([u'il est, désarmera votre justice! Voilà, dit-elle en endjrassant son fils, les dernières marques que tu recevras de ma tendresse : puisses-tu être plus heureux que ton père; et puissent les malheurs de ma vie servir à ton instruction, et t'apprendre dans quel abime de maux on se précipite, quand on quitte le chemin de la vertu !
Le curé se charfijea de chercher un lieu où cet enfant put être élevé : je voulais qu'on n'y épargnât rien ; mais le secret que j'étais obligée de garder ne me permit pas de faire tout ce que j'aurais voulu.
La singularité de cette aventure, le plaisir d'avoir appris, par ma rivale même, que Barbasan m'avait toujours été lidêle, le spectacle d'une femme mourante, qui ne mourait que de la douleur d'avoir été abandonnée, et qui ne l'avait été que pour moi, m'avait mise dans une situation où je ne sentis d'abord que de la tendresse et de la pitié; mais lorsque, rendue à moimême, je fis réflexion à ce que je devais à mon jnari , à ce que la reconnaissance, à ce que le
devoir exigeaient de moi, je me sentis accableÈ de douleur.
Comment soutenir la présence de ce mari , dont les bontés, dont la confiance, me reprocheraient dans tous les instans ce que j'avais dans le cœur? Comment recevrais-je des témoignages d'une estime dont je n'étais plus digne ? Comment répondrais-je aux marques d'une passion que je payais si mal? Les idées dont j'avais le cœur et la tête remplie m'occupaient le jour et la nuit. J'avais promis de ne rester qu'un jour ou deux à Paris ; mais il me fallait plus de temps pour me rendre maîtresse do mon exté-» rieur.
Eugénie, à qui j'allai conter ce qui venait de m'arriver, lut dans mon cœur, à travers toutes mes douleurs, une joie secrète que me donnait la fidélité de Earhasan. Voilà votre véritable malheur, me disait-elle; vous ne combattez que faiblement des sentimens auxquels il me semble que votre devoir seul met obstacle ; il faut cependant en triompher, et votre repos l'exige autant que votre devoir. Quoique l'offense que vous feriez à votre mari fût renfermée dans le fond de votre cœur, elle n'en serait pas moins une offense , et vous ne devriez pas moins vous la reprocher. Il faut même, poursuivit-elle, vous précautionnei" pour l'avenir : M. de Bar-
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basnn peut reparairn- on ce pays-ci; il pont cluM'clicr à vous voir. Ali ! m'écriai-je, je ne serai pas assez heureuse pour être dans le cas de l'éviter : il aura trouvé la mort qu'il allait chercher, et vous voulez m'ôter la triste consolation de le pleurer.
Mes larmes, qui coulaient en abondance, ne me permirent pas d'en dire davantage. Eugénie, à qui je faisais pitié, était prête à en répandre; mais son amitié toujours sage ne lui laissait pour ma faiblesse que des instans d'indulgence : elle me pressa d'aller trouver mon mari : sa pré^ sence, dit-elle, vous soutiendra. J'avais de la peine à suivre ce conseil; mais Eugénie l'emporta, et me fit partir. J'étais si changée que M. d'Hacqueville me crut malade; ses soins, ses tendresses, ses inquiétudes, redoublaient ma peine; j'éprouvais ce que j'avais déjà éprouvé dans le commencement de mon mariage , qu'il n'est point d'état plus difficile à soutenir que celui où l'on est mal avec soi-même.
La mort d'IIippolyte, que j'appris quelques jours après , me coûta encore des larmes. Hélas î pourquoi la pleurai-je? Son sort était préférable au mien : elle ne sentait plus l'affreux malheur de n'avoir point été aimée , et je n'osais sentir le plaisir de l'être. Quelle contrainte! Lorsque j'étais seule avec mon mari, je ne trouvais plus
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rien à lui (lire : il m'était également impossible de dissimuler ma tristesse, et de cacher mon embarras lorsqu'il m'en demandait la cause.
Après plusieurs mois passés de cette sorte , où je n'avais eu de consolation que d'aller de temps en temps prodiguer mes caresses au fds de Barbasan , j'appris un matin que M. d'Hacqueville était parti dès la pointe du jour pour aller à une terre qu'il avait dans le fond de la Gascogne.
Ce départ si prompt, dont il ne m'avait point parlé, aurait dû me donner de l'inquiétude; j'aurais pu même m'apercevoir, depuis quelque temps, que mon mari n'était plus le même pour moi; mais ce que j'avais dans la tête et dans le cœur me dérobait la vue de tout ce qui ne tenait pas à cet objet dominant. Je crus donc ce qu'on vint me dire, que M. d'Hacqueville, sur des nouvelles qu'il avait reçues , avait été obligé de partir sur-le-champ. Comme on m'assurait que je recevrais bientôt des lettres, je les attendis pendant dix ou douze jours : elles ne vinrent point : ce long silence n'était pas naturel ; je ne me dissimulai pas que j'étais en quelque sorte coupable.
Eugénie , à qui j'allai porter cette nouvelle inquiétude, approuva la résolution que j'avais prise, d'aller joindre mon mari sans attendre
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(juil m'en fût donné la permission, sans mémo ta lui tlomandcr. Je le trouvai dans son lit avec la fièvre : elle me paraissait si médiocre que je n'aurais pas dû en è(re alarmée; je le fus cependant beaucoup; quelque chose me disait qu(! j'avais part à son mal, et la façon dont je lus reçue ne me le confirma que trop. Au lieu de ces empressemens auxquels j'étais accoutumée , je ne trouvai qu'un froid méprisant; à peine pus-je obtenir un regard; et, se démêlant de mes bras lorsque je voulus l'embrasser : Épargnezvous, me dit-il , toutes ces contraintes, ou plutôt tous ces artifices ; je ne puis plus y être trompé.
Quoi! monsieur, m'écriai-je, vous m'accusez d'artifice? Ehî par laquelle de mes actions aije pu m'attirer un reproche si sensible , si amer? Ne me demandez point, me dit-il, un éclaircissement inutile et honteux pour fun et pour l'autre. Non, non, m'écriai-je encore, il faut me dire mon crime , ou me rendre une estime sans laquelle je ne puis vivre !
Vous l'auriez conservée, reprit-il, si vous aviez eu pour moi la sincérité que je vous avais demandée; elle vous aurait tenu lieu d'innocence; loin de vous reprocher vos faiblesses, j'aurais mis tous mes soins à vous en consoler, cà vous les faire oublier ; mais vous ne m'avez pas assez
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estimé pour me croire capable d'un procédé généreux : il vous a ])aru plus sur de me tromper, et vous n'avez pas même daigné prendi'e les précautions nécessaires pour y réussir.
J'étais si étonnée , si troublée de ce que j'entendais, que M. d'Hacqueville eut le temps de me dire tout ce que son ressentiment lui inspirait, avant que j'eusse la force de répoudre; j'étais cependant bien éloignée de comprendre que l'on me croyait mère du fils de Barhasan. Ce que je ressentis, lorsque enfin je fus instruite de mon prétendu crime, ne se peut exprimer. Toutes mes douleurs passées étaient faibles au prix de celle-là ; on n'a point de couiage contre un malheur de cette espèce, ou l'on serait peu sensible à l'honneur si on avait la force d'en faire usage.
Mes larmes furent long-temps ma seule défense : Quoi! dis-je d'un ton qui, à travers le désespoir, marquait ma surprise et mon indignation , vous accusez votre femme d'un crime honteux ! Vous la réduisez à la nécessité de se justifier ! vous lui faites subir cette humiliation î Ah ! poursuivis-je , vous serez pleinement éclairci. M. le curéde Saint-Paul vous apprendra de quelle façon j'ai eu connaissance de ce malheureux enfant. Me dira-t-il aussi, dit M. d'Hacqueville avec un souris amer, par quel hasard cet enfant
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resscmhlr à vodc amant? Je ne déviais, dis-je, reconnaître personne à ee titre : je vons Fai avoné; j'ai eu de rinclination, même de la tendresse, pour un homme que j'en ai cru di,;];ne; mais, si je me suis souvenue de lui depuis que mon devoir m'a fait une loi de l'oublier, j'en étais punie et vous en étiez vengé par les reproches que je m'en (iiisais. Tout autre enfant que le sien aurait, dans des circonstances pareilles, obtenu mon secours ,• c'est des mains de sa mère et de sa mère mourante que je l'ai reçu ; mais ce n'est point moi que vous en devez croire; mon honneur demande un éclaircissement qui ne laisse aucun doute; peut-être alors aurez-vous quelque regret de la douleur que vous me causez.
La vérité a des droits qu'elle ne perd jamais entièrement : quelque prévenu que fût M. d'Hacqueville, elle fit sur lui son impression. Je me croyais, <iil-il, plus fort contre vous : finissons de grâce une conversation que je ne suis plus en état de soutenir. Ses gens, qu'il avait appelés, entrèrent dans le moment ; il me dit devant eux qu'il avait besoin de re])os; qu'il me priait d'aller dans l'appartement qui m'était destiné. Mon inquiétude ne me permit pas d'y demeurer ; je revins passer la nuit dans sa chambre, et je ne le quittai plus.
La fièvre augmenta considérablement dès cette