‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littéraires (volume 4)Chapitre 20 sur 41 · TOME V. i Q · texte numérisé non relu

TOME V. i Q

touchée : de certaines offenses ne se pardonnent qu'à un amant aimé. Je priai ma sœur de ne plus se charger de pareilles commissions, et je lui fis si bien voir que je ne pouvais être heureuse en épousant le comte de Pembrocke, qu'elle lui conseilla elle-même de n'y plus penser.

J'avais été si occupée du péril de Gaveston, de la joie de notre raccommodement, que je n'avais presque pas encore senti son absence; mais, quand je n'eus plus rien à faire ni à craindre pour lui, je fus accablée de la pensée que je ne le verrais de long-temps. Je ne savais plus de quoi remplir mes jours; tout m'était insipide ou indifférent : je n'avais de consolation que celle de parler de lui à mon frère. Il nous écrivait avec exactitude; je n'ai pas toujours été également contente de ses lettres; il y en a quelques-unes où j'ai aperçu de la froideur. Je craignais alors quelques nouveaux traits de légèreté; mais, comme les goiits qu'il avait n'étaient pas apparemment de nature à l'attacher long-temps , de nouveaux témoignages de sa tendresse me rassuraient. Quelque occupé qu'il ait été, à son retour, de sa nouvelle faveur, il trouvait le temps de me rendre des soins; mais il n'est plus le même depuis le voyage de Boulogne : le désir de plaire à la reine lui a fait presque oublier qu'il m'a aimée, et que j'ai le

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malheur de l'aimer encoïc: il n'en est cependant point amoureux ; la vanité seule a part à ses démarches. Je vois avec douleur que la vanité va le perdre. Le comte de Lancastre est son rival ; Mortimer l'est aussi. Je crains la puissance du premier et l'artifice du second. Les grands sont déjà irrités : je vois des partis se former. Gaveston n'a pour sa défense que l'amitié du roi ; mais ce prince n'a ni courage ni fermeté : il pleurera la perte de son favori , il n'aura pas la force de l'empêcher; et, pour achever de m'accahler, je crains encore que l'amour que le comte de Pemhrocke a pour moi ne lui donne un ennemi de plus. J'ai cru pendant longtemps que le dépit avait éteint sa passion , et je crois qu'il l'a cru lui-même. Bien loin de me rendre des soins, il me fuyait avec affectation, et il paraissait plus près de me haïr que de m'aimer ; mais , depuis le voyage de Boulogne , il m'a paru qu'il cherchait à me voir; il a affecté, dans les tournois , de porter mes couleurs. Vous souvient-il de cet amour qui était peint sur son bouclier, son flambeau sur la bouche , avec ces paroles. Je me nourris de mes feux? \^ crains bien qu'il n'ait voulu me faire entendre par-là que sa passion est toujours la même.

En vérité, dit madame d'IIereford quand mademoiselle de Glocester eut cessé de parler, vous

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me donnez tant de colère contre Gaveston , et il me paraît d'ailleurs si ennemi de sa fortune , que je ne saurais le plaindre.

Hélas ! ma sœur, reprit-elle , ne vous joignez point à ses ennemis : il est vrai que la fortune a fait quelque changement en lui ; mais quelle vertu n'aurait-il pas fallu avoir pour soutenir d'un esprit égal une si prompte élévation ! ne lui faites point un crime d'être ce que tout autre serait comme lui. Plus vous le justifiez, répondit madame d'Hereford, plus il me parait coupable d'avoir manqué à une personne de votre caractère. C'est encore , répliqua mademoiselle de Glocester, la faute du préjugé établi : les hommes se sont persuadés que l'amour ne les oblige pas à une probité si exacte; et d'ailleurs ils ne se croient obligés qu'à la fidéUté du cœur.

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