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iit un effort pour le rompre. Je vous dois, me dit-elle, monsieur, la vie de mon père, et, quoique je ne vous aie pas encore marqué ma reconnaissance, je ne l'ai pas sentie moins vivement. Elle voulut ensuite m'engager à lui conter le détail de nos campagnes ; je lui en dis quelque chose, et, comme elle continuait de me faire des questions : Mon Dieu! mademoiselle, lui dis-je, emporté par ma passion, ne m'obligez pas à me souvenir d'un temps que j'ai passé loin de vous, et permettez-moi de vous rappeler celui où vous m'honoriez de quelque bonté.
J'étais si enfant alors , me dit-elle , que je dois, au contraire, vous prier de l'oublier.
Je ne m'étais jamais permis l'espérance , ou du moins je ne me l'étais jamais avoué ,• cependant, ce peu de mots qui me la faisait perdre me terrassa; nous retombâmes tous deux dans le silence , et mon embarras était si fort auffmente, que je fus trop heureux que quelques visites qui arrivèrent me donnassent occasion de me retirer. Je ne vous dis point tout ce qui se passa en moi. Combien je me reprochais ma faiblesse, et combien j'avais peu de force pour y résister ! Mademoiselle de Lancastre m'aurait dédommagé des froideurs de mademoiselle de Lascy, si la vanité pouvait être un dédom-
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magement quand le cœur est véritablement touché. Le peu de réputation que j'avais acquis à la guerre m'avait donné tant d'inij)()rtance à ses yeux, qu'elle croyait sa gloire intéressée à s'assurer ma conquête.
Je sais, me dit-elle aussitôt qu'elle me vit, le service que vous avez rendu à mon frère , et je vous suis tout- à-fait obligée de m'avoir contrainte à la reconnaissance. Ce sentiment me met à l'aise avec moi-même , et je sens que j'en avais besoin.
Je ne voulais point entendre un discours auquel je n'avais pas même la force de répondre par de simples galanteries; elle m'en tint encore quelques autres avec aussi peu de succès. Cette indifférence piqua son amourpropre ; plus je devais être honoré de ses iDontés, plus il lui semblait humiliant pour elle de les voir dédaignées.
La vanité d'être aimées fait faire aux femmes de ce caractère tout ce que l'amour le plus tendre et le plus vrai peut à peine obtenir de celles qui aiment le mieux.
Mademoiselle de Lancastre , après avoir exagéré le peu de cas qu'elle faisait de la naissance, et combien le courage et la vertu lui paraissaient préférables à cet avantage qu'on ne devait qu'au hasard , vint jusqu'à me faire
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entendre qu'elle serait capable d^ m'épouser.
La crainte qu'elle ne s'expliquât d'une manière plus précise, m'engagea à éviter les occasions de la voir en particulier. J'eus lieu de croire, à quelques paroles pleines d'aigreur qui lui échappèrent, qu'elle s'en était aperçue, et il me parut qu'elle avait repris avec moi toute la fieité de son rang.
Cependant le temps du mariage de mademoiselle de Lascy et du duc de Lancastre s'approchait ; je ne l'avais vue que rarement, et toujours devant du monde , depuis le jour qu'elle m'avait parlé.
J'appris un soir, en rentrant, qu'elle s'était trouvée mal, qu'elle avait de la fièvre, et qu'on l'avait mise au lit. La fièvre augmenta le lendemain, et on reconnut qu'elle avait cette maladie contagieuse si dangereuse pour la vie et si redoutable à la beauté. Milord Lascy, qui la craignait beaucoup , et que sa tendresse pour sa fille ne retenait point, quitta sa maison, et défendit à ses gens toute espèce de communication avec ceux qu'on laissait auprès de mademoiselle de Lascy, et qui étaient en très-petit nombre. Je demeurai dans la maison sous prétexte que j'avais eu cette maladie; les femmes de mademoiselle de Lascy, qui lui étaient trèsattachées , touchées de l'intérêt que je paraissais