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pri'iidrL' au mal de leur maîtresse, nie donnaient la liberté d'entrer dans la chambre ; j'y passais presque les jours et les nuits. Quels jours et quelles nuits ! Les idées les plus funestes se présentaient continuellement à mon esprit. Le peu d'espérance qui me restait était accompagné de tant de craintes , que ce n'était presque pas un adoucissement, à ma peine ; et , quand l'augmentation du mal m'ôtait cette faible espérance , ma douleur ne connaissait plus de bornes.
Je ne m'approchais de son lit qu'en tremblant ; elle parlait de moi dans ses rêveries ; elle m'appelait quelquefois; et, quand je me présentais à elle, après m'avoir regardé quelque temj)s , elle baissait les yeux , et paraissait plongée dans la plus profonde rêverie. Ces marques de quelques sentimens favorables, tout équivoques qu'elles étaient, me pénétraient et augmentaient mon attendrissement, au point que j'étais obligé de sortir, pour cacher des larmes que je ne pouvais plus retenir. Le temps que je passais hors de sa chambre était un nouveau supplice; je m'imaginais à tout moment qu'on venait me dire qu'elle était morte. Le plus petit bruit me faisait tressaillir, et me donnait des émotions si violentes, que je ne comprends pas comment je pouvais y résister. Son mal augmenta au
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point qu'il ne resta plus d'espérance. La connaissance qu'elle avait perdue lui revint; ce fut alors qu'on lui annonça qu'il fallait mourir. Elle reçut cette nouvelle , et se prépara à la mort sans la moindre marque de faiblesse , après avoir prié qu'on la laissât quelque temps à elle-même. Elle demanda à me parler : je m'approchai de son lit; j'avais le visage couvert de larmes , et je pouvais à peine retenir mes cris. Je n'ai point de regret, me dit-elle, à la vie que je vais perdre ; elle devait être si malheureuse, que la mort est un bien pour moi; ne vous en affligez donc point, je vous en prie, et croyez que ma destinée — Une faiblesse qui lui prit l'empêcha de continuer; elle fut si longue, qu'on la crut morte. Mon état n'était guère différent du sien ; mais ma douleur et mon désespoir me donnaient des forces ; je ne pouvais me résoudre à l'abandonner ; il me semblait qu'elle n'était pas tout-à-fait perdue pour moi , tant que je la verrais encore : je recommençais les mêmes choses qu'on avait déjà faites tant de fois sans succès ; enfin j'entendis qu'on proposait de l'ensevelir : ce fut alors que je ne connus plus de bornes, ni de bienséance; je devins furieux. Non, barbares! m'écriai-je en la prenant dans mes bras , vous ne la mettrez point dans le tombeau ! Je ne
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sais si la secousse que je lui donnai en la prenant la ranima, ou si les remèdes commencèrent à faire efl'et ; mais je m'aperçus qu'elle respirait. Cette espérance, toute faible qu'elle était, me fit passer en un instant, de l'état le plus affreux, à la joie la plus vive. Ah ! dis-je avec transport , elle n'est point morte ! Grand Dieu ! ajoutai-je , prenez ma vie et conservez la sienne ! Ceux qui nous entouraient n'osèrent prendre confiance à mes paroles ; ils craignaient que la douleur n'eût troublé ma raison. Je courus à de nouveaux secours, et mademoiselle de Lascy ouvrit enfin les yeux, et reprit peu à peu connaissance. Comment vous exprimer ce qui se passait alors dans mon âme ? Quels mouvemens confus de plaisir, de douleur, de crainte et d'espérance! Je fus encore deux jours dans cette situation , et ce ne fut que le troisième que je commençai à ne plus craindre pour une vie qui m'était si chère.
Il y avait déjà plusieurs jours que la fièvre l'avait quittée , quand elle demanda à me parler. C'est à vos soins , jne dit-elle , que je dois la conservation de ma vie : j'attends encore plus de votre générosité. Mon père, sans égard pour mes prières et pour mes larmes, veut me forcer d'épouser le duc de Lancastre ; j'ai pour ce ma-
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liage une répugnance que ma raison et même mon honneur autorisent. Le duc de Lancastre est un barbare qui a fait périr une femme qu'il avait épousée , ou qui la tient enfermée dans quelque lieu dont il est le maître : c'est de madame Ilde que j'ai appris ce que je sais là-dessus. Milord Lascy, à qui je l'ai dit peu de jours avant de tomber malade, a feint de n'en rien croire, et n'a répondu à mes prières et à mes larmes que par un ordre absolu de me préparer à ee funeste mariage'; et , sur ce que j'ai osé lui dire, poursuivii-elle, que je renoncerais au monde, il m'a assuré , avec le dernier emportement , qu'il n'était aucun couvent dont il ne vînt m'arracher. Je ne puis lui obéir, et je sens cependant , malî^ré mon extrême répugnance , que je n'aurais pas la force de lui résister. La fuite peut seule me sauver d'un engagement pire pour moi que la plus cruelle mort ; je veux passer en France pour m'y faire religieuse : je ne puis et je ne veux confier ce dessein qu'à vous.
Quoi! mademoiselle, m'écriai-je, vous voulez vous faire religieuse ! vous voulez vous ensevelir dans un cloître ! vous voulez presque renoncer à la vie ! et c'est moi que vous choisissez pour seconder ce projet!
Les peines que je trouverai dans le cloître, me dit-elle , ne sont pas comparables à celles
(l'avoir toujours à conihattro tous mes sentiincus. Je hais le duc de Lancastre ; il fau- (liait triompher de celte haiue : et que sais-je si ce serait la victoire la jjIus dilïlcile à obtenir de mon cœur! :\'on père ne connaît (jue l'ambition , et me sacrifie à ses vues et à son agrandissement. Non , mademoiselle , vous ne serez point la victime de l'ambition de milord Lascy. Le duc de Lancastre sait qu il peut sans honte mesurer son épée avec la mienne ; j'irai le combattre, et je vous délivrerai de la crainte d'èlre à lui. Donnez - moi seulement quelques jours pour trouver un prétexte de l'attaquer.
Je ne vous donne pas un moment , me rèpondit-elle; il faut que vous me promettiez tout-àl'heure que vous renoncerez à un projet mille fois plus funeste pour moi , que celui où vous voulez mettre obstacle. Que deviendrais -je , grand Dieu ! si j'avais votre mort à pleurer ! Hélas! vous ne savez pas, m'écriai -je, de combien de malheurs elle me délivrerait. Je ne suis plus maître de vous cacher ma passion , ajoutai-je en me jetant à ses genoux; je vous adore , et je vous adore depuis le premier moment que je vous ai vue. Tout ce que l'amour sans espérance peut faire éprouver de plus cruel , je l'ai éprouvé; mais tout ce que
j'ai senti n'était que mes malheurs , je pouvais les supporter ; je ne puis soutenir l'idée des vôtres. La fortune m'a tout ôté : je n'ai que ma vie à vous offrir; souffrez du moins que je la sacriUe pour assurer votre repos.
Mademoiselle de Lasey pleurait, et ne me répondait point. Enfin , après quelques momens de silence : L'état où vous me voyez, me ditelle, ne vous apprend que trop le fond de mon cœur. Je vois que nous sommes tous deux malheureux , et que nous ne pouvons cesser de l'être. Pourquoi n'êtes - vous pas le comte de Lancastre ? Je n'ai pas la force, ajouta-t-elle, de continuer cette conversation ; je vous y montre trop de faiblesse , et je sens que je ne pourrais vous la cacher. Elle appela ses femmes. Je sortis de sa chambre pour m'aller livrer seul et sans contrainte à tous les sentimens de mon cœur. Quel plaisir, quel ravissement d'être aimé! Je répétai avec transportée que je venais d'entendre ; je voyais encore ses larmes , qui avaient coulé pour moi ; mais , après ces premiers mouvemens , ma joie fit place à de tristes réffexions sur l'état de ma fortune. Mille projets se présentèrent à mon esprit; aucun ne me satisfaisait , et je n'en sentais que mieux toute l'étendue de mon niallieur. Je passai plusieurs heures dans cette an;ita(ion , résolu ce-
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pendant de dire à mademoiselle de Lascy ma v{'ritable condition : c'était toujours un bien pour moi de ne pas lui paraître si indio;ne d'elle, .le vous avoue, me dit -elle, quand je lui en parlai , que je suis bien aise que vous n'ayez pas contre vous cette chimère de la naissance, dont les hommes font cependant tant de cas. C'est une consolation pour moi de tenir du moins à vous par le lien du sang ; mais notre condition n'en est pas meilleure, et je n'en suis pas moins exposée à la tyrannie de milord Lascv. Je voulais , avant que vous connussiez mes sentimens, avant (|ue de connaître les vôtres , me mettre dans un couvent. Croyez-vous que je le veuille moins, pour n'être jias au duc de Lancastre? Conduisez-moi en France ; je me lierai par des vœux, et je vous assurerai du moins que, puisque je ne puis être à vous, je ne serai jamais à personne.
Eh ! pourquoi, mademoiselle, m'écriai-je, ne voulez-vous jamais être à moi ? Puisque vous voulez fuir la tyrannie d'un père, fuyez-la pour vous donner à un homme qui vous adore. Ma fortune peut changer, et je puis, par mon courage, vous rendre les avantages que je vous fais perdre. Ne me parlez point, me dit-elle, de ma fortune; un désert, une cabane, me suffiraient avec vous ; mais je vous exposerais à
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toute la fureur de mon père et du duc de Laucastre; je ne puis y consentir. Vous craignez de m'exposer à quelque danger, répliquai-je , et vous ne craignez pas de m'ôter la vie ? pourrais-je la conserver après vous avoir perdue, et croyez-vous que je la conservasse? Ce péril que vous craignez pour moi m'enhardit; il me semble que je vous en mériterai un peu mieux; et à ce prix je ne puis être, à mon gré, exposé à trop de dangers. Mademoiselle de Lascy avait peine à se résoudre; mais elle m'aimait , elle voyait mon amour. Le temps marqué pour son mariage approchait; il fallait renoncer à celte tendresse dont nous coûtions la douceur, ou se déterminer à m'épouser et à venir en France. Le parti que l'amour conseillait fut choisi, ftîadame Ilde, que nous mîmes dans notre confidence, avait tant d'horreur pour le duc de Lancastre, que nous n'eûmes nulle peine à la déterminer à nous suivre. Elle m'aidait, au contraire, à vaincre un reste de crainte qui retenait mademoiselle de Lascy.
îl fut résolu qu'elle feindrait encore quelque temps d'être malade, qu'elle irait à la campagne, sous prétexte de changer d'air, que j'irais l'y joindre, ([ue nous nous épouserions; et que, pour ne donner aucun soupçon , je feindrais d'être obligé de passer en France; (pie je ne
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J'aiderais qu'un vieux domestique à ii;oi, dont je connaissais la lldrlité, vt que ce serait lui qui sciait chargé du soin de nous trouver un vaisseau prêt à faire voile aussitôt que nous serions embarques.
Toutes ces choses arrêtées, mademoiselle de Lascy partit. La maison de campagne qu'elle avait choisie est sur le hoi'd de la mer, et n'est qu'à quelques milles de Londres.
Deux jours après son départ, je pris congé de milord Lascy et du duc de Lancastre. Je me déguisai; j'allai la même nuit dans un village à quelque distance de la maison où était mademoiselle de Lascy. Elle vint me joindre accompagnée de madame Ilde. Un prêtre que j'avais amené, nous maria sur-le-champ. J'étais au comble de mes vœux; je recevais d'une femme que j'adorais la plus grande marque d'amour que je pouvais recevoir; et, pour augmenter mon bonheur, je la voyais comblée de joie de ce qu'elle faisait pour moi. Que de marques de tendresse ! que de protestations de me suivre jusqu'au bout du monde, s'il eût fallu ! Au milieu des transports les plus vifs et les plus tendres, je me reprochais de ne l'aimer pas assez. Ma délicatesse était blessée que son amour pût égaler le mien. INous nous séparâmes, avec [)romesse de nous revoir de la même façon ,
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jusqu'à ce que le vent, qui nous était contraire, nous permît de nous em])arquer.
Je restais enfermé toute Ja journée , presque sans autre inquiétude que celle que me donnait l'impatience de revoir ma femme. Je la voyais presque toujours arriver avant l'heure marquée; elle paraissait souhaiter notre départ. J'appris enhn que le vaisseau qui devait nous mener en France, partirait dans trois jours. Comme je craignais que madame de Saint-Martin ne fût fatiguée par les veilles et par le chemin qu'elle était ohligée de faire à pied , je la priai de ne venir que la nuit de notre départ; j'eus beaucoup de peine à obtenir cette complaisance; elle ne pouvait s'arracher de mes bras ; nos embrassemens étaient encore plus tendres qu'à l'ordinaire. Après nous être séparés, elle revint encore plusieurs fois pour m'embrasser , et cette absence, qui ne devait être que de si peu de durée , lui coûtait des larmes.
Par quel sentiment ne payais-je pas ces marques de la tendresse de ma femme ! Quel amour pouvait être comparé au mien ! Je passai les trois jours à compter les minutes; le matin du troisième, j'envoyai celui de mes gens que j'avais gardé pour préparer les ciioses nécessaires à notre fuite. 11 devait revenir m'amener des chevaux un peu avant la nuit. Chaque instant
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ajoutait à mon impatience; enfin l'heure, cette lieure tant désirée où je devais recevoir ma femme, approcliait. J'entends monter l'escalier, je ne doutai pas que ce ne fût elle; je courus pour la recevoir. La personne que j'avais entendue monter entra dans ma chambre, comme j'allais en sortir. C'était un nommé Jain, qui avait servi madame de Saint-Martin pendant sa maladie, et dans lequel elle avait pris tant de confiance, qu'elle avait voulu l'amener avec elle. Il me dit que milord Lascy et le duc de Lancastre étaient venus la voir, qu'il fallait remettre notre départ après leur retour à Londres; il me donna en même temps une lettre de ma femme. Je la pris avec empressement, et, dans le temps que je la lisais, il me perça de plusieurs coups de poignard. Je tombai baigné dans mon sang; je ne sais ce que devint mon assassin, ni le temps que je demeurai sans secours. Mon valet de chambre revint avec les chevaux qui devaient m'emmener : la porte de ma chambre était fermée; étonné de ce que je ne paraissais point, il la fit enfoncer, et me trouva baigné dans mon sang, sans aucune connaissance. 11 ne pouvait comprendre comment ce malheur était arrivé; mais, sans s'amuser à le rechercher , il ne songea qu'à me secourir. Son premier soin, après avoir eu un chi-
rurgien, fut d'engager au secret l'homiïie chez (jiil je logeais. Forville (c'est le nom de ce valet de chambre) comprit que ceux qui m'avaient fait assassiner n'en demeureraient pas là; qu'il fallait, pour me dérober à leur rage, me Hiire passer pour mort, supposé que je pusse guérir de mes blessures qui paraissaient presque toutes mortelles. Il dicta à mon hôte les réponses qu'il devait faire, si on venait s'informer de mes nouvelles. Ces précautions prises, il employa ses soins à me faire donner tous les secours qui m'étaient nécessaires. Je fus plusieurs jours sans me connaitre. Enfin la eonnaissance me revint, et mes premières pensées furent pour ma femme. Je voulais que Forville allât en apprendre des nouvelles; mon inquiétude était si vive, qu'il fut obligé de me satisfaire. Il apprit C|u'elle était retournée à Londres le même jour que j'avais été assassiné, et ne sut rien de plus. Je lis chercher sa lettre qui ne me donna aucun éclaircissement. Elle me mandait ce que l'homme cjui mavait poignardé m'avait dit, qu'il fallait différer notre départ de quelques jours , que je ne me montrasse point, et que j'attendisse de ses nouvelles. Je demandai si on n'avait vu personne de sa part; j'appris qu'un homme, que je reconnus pour être mon assassin, s'était informé si j'é-
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lais mort, et que, suivant los okIî'ps do Foivijlo, 011 av.iit assure que je l'étais. Je me perdais dans mes pensées et dans mes réflexions ; je ne pouvais comprendre que ma femme, qui ne pouvait ignorer mon aventure, ne cherchât point à me donner de ses nouvelles et à avoir des miennes. Je voulus que Forville allât à Londres, qu'il mît tout en usap;e pour la voir €t pour lui parler. Quel(|ue peine qu'il eut de me quitter, il fallut cédrr à mon impatience. 11 me dit à sou retour que milord Lascy était toujours avec sa fille, qu'il avait cependant trouvé le moyen de lui dire un mot, qu'elle me priait de ne songer qu'à me guérir, et d'être tranquille sur ce qui la legardait. Il aurait fallu pour lui obéir être moins amoureux; la seule absence aurait sulFi pour m'accablcr, et j'y joignais encore la douleur de la savoir exposée «\ la dureté et aux mauvais traitemens de milord Lascy. Je désirais ma guéri son avec ardeur pour voler au secours de ma femme ; mais il fallut l'attendre près de six mois. Mes blessures étaient si grandes, que ce ne fut qu'après ce temps -là que je me sentis assez de force pour me soutenir à cheval.
Forville , qui me voyait résolu d'aller à Londres, fut obligé de m'avouer ce qu'il m'avait caché jusque-là. Pardonnez-moi, me dit-il, mon-
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sieur, de vous avoir trompé ; il le fallait pour la conservation de votre vie ; vous n'auriez pu apprendre sans mourir, dans l'état où vous ëliez, la plus noire des perfidies. Cette femme, que vous adorez , n'est digne que de votre haine et de votre mépris; elle vous a trompé, trahi, livré à un lâche assassin, pour n'être point exposée à vos reproches et à votre vengeance.
Ma femme a quelque chose à redouter de ma vengeance! m'écriai-je; non, cela n'est pas possible ; je douterais de mon cœur avant que de douter du sien. Je l'ai crue fidèle, me répondit Forviile , jusqu'au moment où j'ai été témoin moi-même de son mariage avec le duc de Lancastre , et où j'ai su que l'infâme Jain avait toujours sa confiance.
Je ne puis vous exprimer, continua le chevalier de Saint-Martin , ce que je sentis dans ce moment; je voulais douter de mon malheur; mais Forviile en savait trop bien les circonstances pour me laisser cette faible consolation. Mon premier dessein fut d'aller poignarder ma femme dans les bras du duc de Lancastre , et de me poignarder ensuite. Malgré le conseil et le désespoir de Forviile , je partis dans cette résolution. J'appris à Londres que cette perfide n'y était plus : le duc de Lancastre l'avait menée dans ses terres de la principauté de Galles.
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Enfiii, las de !a \ic, ne pouvant me supporter moi-même, honteux de mes faiblesses et de nus fureurs, je résolus d'abandonner pour jamais un pays où tout me faisait souvenir de mon malheur; je passai en France, et de là dans la Palestine, sans y trouver le repos que je cherchais : mon amour et ma jalousie me suivaient partout; mon imagination me l'appelait les temps de mon bonheur, ces temps où j étais aimé, et cette même femme dans les bras d'un autre, cette femme, un poignard à la main, pour me percer le cœur.
Pourquoi, disais-je, en vouliez-vous à ma vie? de quoi suis-je coupable, que de vous avoir trop aimée? J'étais donc pour vous un objet d'horreur? Ilélas! pourquoi ne l'ai-jepas perdue cette vie, avant que de connaître que vous étiez perfide! Je serais mort en vous aimant^ etil faut que je vous haïsse !
Je cherchai en vain, dans les occasions les plus périlleuses de la guerre, le seul remède à mes maux. J'y acquis quelque gloire dont je n'étais plus louché, et je ne pus y trouver la mort.
Après une année , la même inquiétude me ramena en France. J'appris qu'il y avait des mouvemens en Ecosse; je formai aussitôt le dessein d'aller offrir mes services au roi Bruce, qui, comme vous savez, s'était retiré avec