‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littéraires (volume 4)Chapitre 33 sur 41 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

de grandes conversations avec lui : les lettres l'ont appris à madame de La Tournelle. Vous ne m'avez jamais parlé de Silhouette ; ne le voyez-vous pas ? J'ai envie de lui écrire ; et , pour ne rien faire de mal à propos , je vous enverrai ma lettre ouverte ; vous la cacheterez avec une tête. M. de Turgi veut avoir la croix de Saint -Louis. Comme je crois qu'il est de votre intérêt de le garder auprès de monsieur votre fds , mon frère sollicitera vivement cette croix; il en a parlé, non-seulement à d'Argenson , mais au chef des bureaux ; je souhaite bien vivement la réussite. Janelle fait assurément du mieux qu'il peut , et Marville fait très-bien; il parle convenablement quand l'occasion s'en présente, quoique ce ne soit pas aussi fortement qu'il faudrait.

Suite de la lettre du i5 août i'j4'5.

Ce i4 août 1743.

Amelot a encore couché à Choisy. Il paraît que c'est une distinction que le roi a voulu lui donner; car il avait travaillé la veille, et ne travailla pas le lendemain. Voilà la lettre pour Silhouette; elle ne contient rien, comme vous le verrez, que des généralités. Madame d'Armagnac

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m'a (lit (ju'il y aurait de l'imprudence à dire les mauvais oflices que les ministres rendent au maréchal. Adieu, mon cher duc; je vous embrasse et vous aime de tout mon cœur.

Paris, ce 5o septembre 1745.

Jk suis charmée que vous soyez d'avis, mon cher duc, que le roi ouvrira les veux, mais que ce sera trop tard. Vous êtes bien bon de croire encore cela : je suis plutôt sûre qu'il ne les ouvrira pas, ou, s'il les ouvre jamais, qu'il n'en sera ni plus ni moins. Il faudrait une détermination ; et il n'en aura dans aucun temps. IMon frère assure qu'il met les choses les plus importantes, pour ainsi dire, à croix ou à pile dans son conseil , et vous pouvez voir où cela mène. Je suis étonnée qu'avec votre sap-acité vous puissiez conserver l'ombre de l'espérance; mais vous êtes comme ces femmes qui parlent toujours de ce qu'elles désirent, tout impossible que cela soit. Souvenez-vous bien , mon cher duc, que le roi sera toujours mené et plus souvent mal que bien. On dirait qu'il a

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été élevé à croire que , quand il a nommé un ministre, toute sa besogne de roi est faite, et qu'il ne doit plus se mêler de rien. C'est à celui qu'on lui a désigné à tout faire; cela ne doit plus le regarder; c'est l'alfaire de celui qui est en place. Voilà pourquoi les Maurepas, les d'Argenson sont plus maîtres que lui. Si on lui fait entendre qu'il a choisi un homme incapable, ou im fripon; n'importe, il est là, et il doit y rester jusqu'à ce qu'un plus adroit le supplante. Son autorité est divisée méthodiquement, et il croit sur parole chaque ministre, sans se donner la peine d'examiner ce qu'il fait. Je ne puis mieux le comparer, dans son conseil, qu'à monsieur votre fds qui se dépêche de faire son thème , dans sa classe , pour en être plus tôt quitte : aussi peut-on dire que c'est un conseil pour rire. On n'y dit presque rien de ce qui intéresse l'état; et, après une lecture rapide de l'affaire qu'on veut traiter, on demande à ceux qui sont là leur avis sur-le-champ, quand il faudrait quelquefois une mûre délibération pour prononcer. Ceux qui voudraient s'occuper sérieusement du bien général sont obligés d'y renoncer ou sont dégoûtés d'agir, par le peu d'intérêt que le roi a l'air d'y prendre et par le silence qu'il garde. Je vous l'ai déjà mandé, on dirait qu'il n'est pas du tout ques-

tion de ses affaires. Il est bien malheureux qu'il ait été accoutumé de bonne heure à envisager celles de son royaume comme lui étant personnellement étrangères. Ainsi, quoique vous en pensiez quelquefois et moi aussi , il sera toujours le même.

Vous savez ce qu'on a fait pour Marceux ; c'est encore une nouvelle preuve de ce que je viens d'avancer. Comment a-t-on osé faire un pan il choix, et conunent le maître a-t-il pu y souscrire? Cela dit plus que toutes mes phrases.

J'ai vu madame de Rohan, qui m'a parlé cette fois -ci bien plus clairement sur votre compte. Elle vous distribue tous les torts; et vous savez qu'un juge qui n'entend qu'un avocat a bien de la peine à ne pas se laisser prévenir par lui. Je ne sais si, au juste, vous en voulez finir avec elle; mais elle me parait trèsdéterminée à rompre avec vous. Je sais, mon cher duc, que vous savez vous conduire parfaitement; mais je croirais qu'il faut ménager une femme qui peut nuire , (^t qu'un ennemi de plus est bon à éviter. Vous faites si peu de frais pour plaiie , qu'il ne vous coûtera pas beaucoup de soins pour lui ôtcr toute idée de vengeance si naturelle anx femmes.

Madame de Boufllers a beaucoup parlé de vous à mon frère, à ce qu'il m'écrit; il la trouve

4o6 LETTRES.

trés-aimable , et c'est une raison pour que les lettres qu elle doit vous écrire vous paraissent plus intéressantes. Il ne sait si elle aurait quelque doute sur le maréchal de Noailles; car elle lui a demandé si ses lettres vous parvenaient bien exactement. Soupçonnerait-elle de la mauvaise foi dans le maréchal ? J'ai peine à le croire; on fait bien de regarder avec attention l'endroit où l'on met le pied, car on n'est ici entouré que d'écueils; il est bien difficile de ne pas tomber dans quelques-uns.

La Mauconseil est toujours très-bien avec le d'Argenson; ils n'ont cessé de se voir à la petite maison de Neuilly. Cette femme est à t ute main; l'intricO-ue est son élément; elle court du d'Argenson chez le maréchal de Coigny; elle veut absolument se donner un air important. Vous aurez toujours à volonté sa personne, mais non pas son cœur : il est aux circonstances, rarement à l'amitié.

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