‹ Œuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines: précédées de notices (volume 5)Chapitre 28 sur 33 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

La France était dans une tranquillité parfaite ; Ton n'y connaissait plus d'autres armes que les instrumens nécessaires pour remuer les terres et pour bâtir : on employait les troupes à ces usages , non-seulement avec l'intention des anciens Romains , . qui n'était que de les tirer d'une oisiveté aussi mauvaise pour elles que le serait l'excès du travail; mais le but était aussi de faire aller la rivière d'Eure contre son gré, pour rendre les fontaines de Versailles continuelles : on employait les troupes à ce prodigieux dessein, pour avancer de quelques années les plaisirs du roi ; et on lé faisait avec moins

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de dépense* et moins de tep&ps que Ion n'eût osé l'espérer.

La quantité de maladies que cause toujours le remuement des terres , mettait les troupes , qui étaient campées à Maintenon, où était le fort du travail , hors d'état d'aucun service ; mais cet inconvénient ne paraissait digne d'aucune attention, dans le sein de la tranquillité dont on jouissait. La trêve était faite pour vingt ans avec toute l'Europe. Les Impériaux, quoique victorieux des Turcs , avaient encore assez d'occupation pour nous laisser en repos , et Ton espérait que des conquête! quaû sôres auraient plus d'appât pour eux que le plaisir d'une vengeance douteuse. L'Espagne était trop abaissée pour nous donner une ombre d'appréhension ; l'Angleterre, trop tourmentée dans ses entrailles , et les deux rois trop liés pour qu'il y eût rien à craindre. L'on était fort persuadé des mauvaises intentions du prince d'Orange ; mais nous étions rassurés par l'état de la république de Hollande , dont le souverain bonheur consiste dans la paix : nous étions donc persuadés que , si la guerre commençait, ce ne pourrait être que par nous.

Tout ce que je viens de dire laissait au roi le plaisir tout pur de jouir de ses travaux. Ses bâ<ttmens , auxquels il faisait des dépenses im-

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menses, l'amusaient infiniment; et il en jouissait avec les personnes qu'il honore de son amitié , et celles que ces personnes distinguent par-dessus les autres» Il était bien persuadé que, si la paix du Turc se .pouvait faire, ses ennemis Se rassembleraient tous contre lui; mais cette pensée-là était trop éloignée pour lui faire de la peine ; cependant cet éloignement n'empêchait pas que la politique ne lui 'fît prendre des précautions. Une de celles que l'on jugea la plus utile , fut de s'assurer de l'électorat de Cologne , sans s'en saisir* Nous étions déjà les maîtres de tout le Haut-Rhin , par la possession de l'Alsace; il n'y avait que Philisbourg que nous n'avions pas ; mais l'on* bâtissait une place à Landau, pour rendre celle-là inutile aux Impériaux. Luxembourg nous mettait tout le pays de Trêves dans notre dépendance , et une place appelée le Mônt-Royal , que nous faisions sur la Moselle , nous en rendait entièrement les maîtres. Par-là, l'électeur de Trêves, celui de Mayence et le Palatin, étaient entièrement sous notre coulevrine, et les ennemis du roi ne pouvaient pas aisément se faire un passage par ces endroits-là. L'électorat de Cologne était donc le seul dont nous ne fussions pas les maîtres. Nous l'avions été par la liaison que M- l'électeur de' Cologne avait toujours eue

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avec le roi ; mais on le voyait dépérir , et il ne pouvait vivre . encore long-temps. Comme les chanoines de cette église sont tous. Allemands , et qu'il en faut nécessairement élever un à la dignité d'électeur, . le roi n'en trouvait aucun dans ses intérêts que le prince Guillaume de Furstemberg, qui y avait toujours été, à qui il avait donné l'évêché de Strasbourg après la mort de son frère, qu'il avait fait cardinal, et à qui il avait donné quantité de bénéfices en France. 11 ayait été de tout temps attaché au roi , et c'étaient son frère et lui qui avaient ménagé tous les commencemens dç la guerre de Hollande. Le roi jugea donc qu'il lui était nécessaire de l'élever à cette dignité , et l'on crut que l'on y réussirait plus aisément en le faisant du vivant de M. l'électeur , qu'en attendant après sa mort. On fit donc consentir l'électeur à demander un coadjuteur. On s'assembla ; et , après beaucoup de difficultés que formèrent les partisans de l'empereur et de l'Empire, M. de Furstemberg fut élu coadjuteur. On crut , en ce pays-ci , que . c'était une affaire faite , et que rien ne pouvait plus empêcher qu'il ne le fût. On dépêcha des courriers à Rome et à Vienne : à Rome , pour avoir les bulles ; à Vienne , pour l'investiture : toutes les deux furent refusées. L'empereur refusa par son intérêt particulier,

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et le pape, par une opiniâtreté épouvantable, mêlée d'une haine pour la France, et le tout couvert du voile de religion et de zèle pour l'Église. On ne peut pas dire que le pape ne soit homme de bien, et que, dans les commencemens, il n'ait eu: des intentions très-droites ; .mais il s'est bien écarté de cette voie d'équité et de justice que doit avoir un bon père* pour ses enfans. Je crois que l'on ne doit pas trouver mauvais qu'il ait aidé l'empereur, le roi de Pologne et les Vénitiens dans la guerre qu'ils avaient contre les infidèles; on peut même soutenir le parti qu ? il a pris sur l'affaire; des franchises, et il est excusable d'avoir été offensé contre les ministres de France sur tout ce qui s'est passé dans les assemblées du clergé; car c'est son autorité, qui est la chose dont l'humanité est plus jalouse, que l'on attaque; et, quand l'humanité n'y aurait point de part, et qu'un pape en serait défait en montant sur le trône de saint Pierre, ce serait l'Église et ses droits qu'il défendrait; mais un endroit où le pape n'est pas pardonnable , ni même excusable, c'est la manière dont il s'est comporté dans l'affaire de Cologne. Pendant le reste de: vie de .M. l'électeur de Cologne, il refusa les bulles à M. de Furstemberg ,, qui avait pourtant été élu coadjuteur canoniquement , et qui avait eu

toutes les voix nécessaires , sans que le parti de l'empereur, qui proposait un frère de M. de Neubourg, l'eût pu empêcher. Le pape savait l'état où était M. de Cologne, et qu'en ne donnant point de bulles au coadjuteur, il fallait recommencer l'élection à la mort de l'électeur. La raison du pape, pour ne lui point donner de, bulles , fut que c'était un homme qui avait mis le feu dans toute l'Europe , qui était cause des guerres passées; que celles qui viendraient en seraient toujours une suite; qu'un homme comme celui-là n'était pas digne de remplir une aussi grande place , et que , s'il y était une fois , il entreprendrait encore plus aisément de troubler le repos de la chrétienté. Le pape s'applaudissait d'une raison qui paraissait sortir des entrailles du père commun des chrétiens, et refusait cette grâce au cardinal de Furstemberg, parce qu'il était appuyé, de la France, et que c'était prendre une vengeance grande et certaine du roi, qu'il avait trouvé opposé aux choses qu'il avait voulues.

Dans le temps que le roi sollicitait le plus fortement les bulles du coadjuteur, et que le pape y était le plus opposé., l'électeur de Cologne vint à mourir, et laissa vacant, outre l'archevêché de Cologne , l'évéché de Munster, celui de Liège et celui d'Hildesheim. L'intention du

roi était que M. de Furstemberg en remplit le plus qu'il se pourrait ; mais il s'attachait le plus fortement à ceux de Cologne et de Liège , comme les plus voisins de ses états, et par conséquent les plus nécessaires. L'obstination du pape à refuser les bulles faisait qu'il fallait refaire une nouvelle élection, et que la ooadjutorerie que l'on avait donnée au cardinal de Furstemberg était entièrement inutile : il demeurait seulement ,. pendant le siège vacant, administrateur de l'archevêché, et, comme il avait gouverné pendant toute la vie du feu électeur, il était entièrement maître des places et avait un assez grand crédit parmi les chanoines. On fut, après la mort de l'électeur , un temps assez considérable sans procéder à l'élection ; mais pourtant , selon l'usage ordinaire , l'évêque de Munster et celui d'Hildesheim furent nommés , sans qu'il fût question de M. de Furstemberg: aussi ne s'était-on donné, du côté de la cour, qu'un médiocre mouvement pour lui faire remplir ces deux places. Il n'en était pas de même de celle de Cologne : on y avait envoyé le baron d'Asfeld, hoipme de beaucoup d'esprit, que M. de Louvois emploie souvent dans des négociations; on fit avancer des troupes sur les frontières; on envoya de l'argent dans l'archevêché de Cologne , pour distribuer aux chanoines et à des

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