TOME II* *-i
prêtres qui sont au-dessous des chanoines , et qui ont une voix élective , mais qui ne peuvent jamais être élus. L'empereur opposa pour négociateur à Asfeld le comte de Launitz, homme, à ce que l'on dit, de peu d'esprit, mais qui avait pourtant réussi à mettre M. l'électeur de Bavière dans les intérêts de l'empereur : il est vrai que sa femme y avait eu plus de part que lui ; car M. l'électeur en était devenu amoureux , et il est difficile de trouver des gens qui persuadent mieux que les amans ou les maîtresses/ M. de Launitz proposa aux chanoines l'évêque de Breslau , fils de f électeur Palatin et frère de l'impératrice, pour archevêque de Cologne : il fut peu écouté , et l'on espérait une heureuse négociation à l'égard du cardinal de Furstemberg. Quand l'empereur vit que l'affaire ne pouvait pas réussir pour l'évêque de Breslau , on fit proposer le prince Clément de Bavière , frère de M. l'électeur. Il n'avait pas l'âge, et il ne pouvait pas y avoir une plus grande opposition ; mais on couvrit ce défaut d'un prétexte spécieux d'avantage pour l'électorat , qui fut que M. le prince Clément n'en jouirait que quand il aurait 1 âge ; que l'on en donnerait l'administration à des chanoines jusqu'à ce temps-là, et que les revenus seraient employés à rétablir l'archevêché qui était en désordre. En même temps, on
présenta des brefs du pape, qui dispensaient d'âge M. le prince Clément. Le pape y représentait les services de M. l'électeur pour la chrétienté , et l'avantage de l'archevêché. Il ne fallait pas être trop éclairé pour discerner les mouvemens qui le faisaient agir ; aussi les regarda-t-on en France comme on devait. Les Hollandais n'étaient pas encore entrés fort avant dans cette négociation , et le prince d'Orange surtout avait peu paru , et ne s'était pas pressé de faire beaucoup de pas , de peur qu'on ne les détruisît; mais, afin qu'on n'eût pas le temps, il enyoya , la surveille de l'élection, à Cologne , un nommé Isaac, qui est son maître d'hôtel, et le seul qui partage sa confiance avec le comte de Benting l ; mais pourtant avec cette différence , que l'un se trouva là comme son ami , et l'autre presque comme son premier ministre , et comme un homme qui lui est très-utile. Ils se rendirent à Cologne avec des lettres de change considérables , pour déterminer entièrement ceux qui balançaient, qui pourtant avaient donné leurs voix au cardinal, quand il avait été question de le faire coadjuteur. On procéda à l'élection le jour que l'on avait assigné , et on
1 Connu depuis sous le nom de milord Portland.
la fit avec toutes les voix ordinaires de vingtquatre chanoines , dont est composé le chapitre de Cologne. Le cardinal de Furstemberg eut treize voix , le prince Clément huit , et deux autres en eurent chacun une. 11 y en eut une de ces deux -là qui se joignit ensuite à celles qu'avait déjà le cardinal , de manière qu'il en eut quatorze. Comme celui qui a le plus de voix doit l'emporter, selon les apparences, on proclama le cardinal électeur. Ceux qui étaient dans le parti du prince Clément firent une espèce • de protestation , et se retirèrent chacun chez eux , sans vouloir assister à la proclamation. Cependant le voilà déclaré électeur : pour l'être parfaitement , il lui manquait , et les bulles du pape , et l'investiture de l'empereur. M. le cardinal de Furstemberg eut d'abord recours au roi pour le soutenir. Le roi lui envoya des troupes , qui pourtant prêtèrent le serment entre les mains du cardinal , comme électeur : il en remplit les places de l'archevêché , et y mit des commandans français.
Pendant tout ce temps-là , une grande partie de l'infanterie du roi était à Main tenon; sa cavalerie était campée en differens endroits : M. de Louvois était malade , et prenait les eaux à Forges pour rétablir sa santé. Les maladies de Maintenon commençaient d'une si grande vio-
lence , que l'on était obligé de mettre les trotfpes dans des quartiers , et l'on comptait que le travail continuerait encore six semaines 014 deux mois : il ne paraissait pas que l'on dût prendre des partis violens pour cette année. M. de Louvois revint de Forges, et deux jours après on envoya au marquis d'Huxelles, qui commandait le camp de la rivière d'EUre, des ordres pour en faire décamper toutes les troupes. Le bruit se répandit alors qu'on allait déclarer la guerre. On parla d'augmentation de troupes , et on donna peu- de temps après des commissions pour de nouvelles levées. On apprit en mêïne temps la nouvelle de la prise de Belgrade ; on jugea les Turcs dans une impuissance entière de soutenir encore la guerre : il était extrêmement question de paix entre eux et l'empereur , et l'on ne pouvait pas douter que, si elle se faisait* une fois , toutes les forces de l'empire ne retombassent sur nous.
Les affaires de Rome allaient de mal en pis ; personne ne pouvait vaincre l'opiniâtreté du papç. Elle était trop bien fomentée par les gens en qui il avait le plus de confiance; et ceux qui eussent pu lui parler pour le faire changer de sentiment, lui étaient trop suspects. Le roi»serésolut d'y envoyer Chanlay, homme en qui M. de Louvois a une très-grande confiance, et*
qu'il emploie volontiers. Le roi le chargea d'une lettre de sa main pour le pape, avec ordre de n'avoir aucun commerce avec M. de Lavardin , son ambassadeur, ni avec M. le cardinal d'Estrées, qui faisait toutes les affaires du roi. Son instruction était de s'adresser à Cassoni, le favori du pape, et puis au cardinal Cibo. Il s'acquitta de ses ordres en homme d esprit ; mais il eut le malheur de ne pas réussir. Gassoni et Cibo se moquèrent de lui ; ils se le renvoyèrent l'un à l'autre; et il s'en revint sans avoir vu que l'Italie. Son voyage ne servit qu'à donner du chagrin au cardinal d'Estrées et à M. de Lavardin, et à grossir le manifeste que le roi fit publier dans le temps que l'on partit pour le commencement de la guerre.
Quand l'élection de Cologne fut faite, les chanoines de Liège s'assemblèrent pour la leur.
Nous avions un très-grand besoin d'un homme qui fût dans nos intérêts, et le roi voulut absolument que ce fût le cardinal de Furstemberg; mais à peine fut-il seulement question de lui dans l'élection. On offrit au roi d'élire le cardinal de Bouillon; mais Sa Majesté était trop mal contente de lui et de toute sa famille, pour en souffrir l'élévation. Le roi dit qu'il ne le voulait pas, et en même temps donna ordre au cardinal de Bouillon de donner sa voix et d'en-
gager cellesde ses amis pour Furstemberg. Il y a apparence qu'il ne fit pas ce que le roi avait souhaité de lui , et il fit en très -malhabile homme; car d'abord il s'engagea, et promit tout ce que le roi voudrait , et puis il écrivit une lettre au père de La Chaise, confesseur du roi, où il lui demandait son conseil , et prétendait que sa conscience l'engageait à d'autres intérêts que ceux qui lui étaient prescrits par le roi. Enfin, on vit clairement, peu de temps après, que l'on n'avait pas lieu d'être content de sa conduite; car on fit arrêter son secrétaire chez M. de Groissi, et, peu de temps encore après, un sous-secrétaire. On élut donc un autre évêque de Liège que Furstemberg, C'est un gentilhomme du pays, un très-saint homme, que l'esprit ne conduit pas à de grands desseins, et qui peut-être , à l'heure qu'il est , est trèsfàché d'avoir été élu. Le roi fut offensé que le chapitre de Liège n'eût pas suivi ses intentions; mais il s'en consola par la quantité de contributions qu'il espéra de tirer de tout le pays.
On ne songea plus qu'à soutenir 1 élection du cardinal de Furstemberg à Cologne. On y fit marcher plus de troupes qu'il n'y en avait déjà; et Ton envoya M. de Sourdis pour commander dans le pays. On fit des propositions à M. l'électeur de Bavière , et on espérait qu'il les pourrait
56o MÉMOIRES
accepter, parce qu'on prétendait que sa femme ne pouvait point avoir d'enfans , et que le prince Clément n'avait point envie de s'engager dans l'état ecclésiastique; mais la grossesse de madame rélectrice, qui vint quelque temps après, ne laissa plus d'espérance.
En même temps que l'on apprit que les élections avaient mal réussi , le roi eut avis que le prince d'Orange faisait un armement de mer prodigieux, qui regardait l'Angleterre. Il avait eu des conférences avec M. l'électeur de Brandebourg, et avec M. de Schomberg. D'abord , on avait cru que ces entrevues n'étaient que pour nous empêcher d'être maîtres de l'électorat de Cologne; mais le prince d'Orange achetait des troupes de tous côtés pour charger ses vaisseaux. Enfin , on disait que , depuis l'armée navale de Charles-Quint, on n'en avait pas vu nne plus formidable. Sa Majesté donna avis au roi d'Angleterre que tous ces apprêts-là le regardaient. Le roi d'Angleterre n'en fut pas plus ému, parce qu'il ne le crut pas. Quand le prince d'Orange vit son dessein découvert, il se pressa plus qu'il n'avait fait, et répandit de très-grandes sommes d'argent pour être en état de partir au plus tôt, étant bien persuadé que les grands desseins réussissent difficilement, quand ils sont éventés et longs dans l'exécution .
DE LA COUR DE FRANCE. 36l
Sa Majesté ne laissa pas d'offrir au roi d'Angleterre de le secourir toutes les fois qu'il en aurait besoin.
Pendant ce temps-là , on se préparait à faire une campagne; on avait fait une grande promotion d'officiers généraux, on en avait fait marcher en différens endroits : on voyait bien qu'il y aurait quelque chose avant la fin de l'année. Les courtisans étaient dans un grand embarras, si le roi marcherait lui-même, ou s'il n' enverrait qu'un maréchal de France aux expéditions que l'on méditait. L'embarras était aussi grand pour eux , de quel côté l'on marcherait. Le roi avait fait dire aux Hollandais , qu'en cas que le prince d'Orange entreprît quelque chose contre l'Angleterre, il leur déclarerait la guerre. Il avait fait la même menace à M. le marquis de Gastanaga, gouverneur des Paiys-Bas. Beaucoup de gens trouvaient que Namur était une place absolument nécessaire au roi , et croyaient que l'on s'en saisirait. Enfin , chacun jugeait selon sa fantaisie, ou selon ses connaissances. Tout ce qui paraissait sûr, était qu'il y avait un dessein considérable. La cour devait partir pour Fontainebleau dans cinq ou six jours , quand le roi déclara qu'il ne marcherait pas, mais qu'il envoyait Monseigneur pour prendre Philisbourg et le Paiatinat, et que M. de Du-
56a MÉMOIRES
ras, que l'on avait déjà envoyé à son gouvernement de Franche-Comté , il y avait du temps , commanderait l'armée sous lui. Monseigneur partit trois jours après que son voyage fut déclaré , et se rendit en douze jours devant Philisbourg. M. de Bouflers avait un corps de troupes considérable en deçà du Rhin, et le maréchal d'Humières avait marché avec un autre dans le pays de Clèves et de Luxembourg , afin que , si les troupes que Ton disait toujours qui s'assemblaient auprès de Cologne faisaient le moindre mouvement, il fût en état de se porter où il serait nécessaire. M. de Bouflers prit d'abord avec son armée une petite place à M. le Palatin dans la Lorraine allemande , appelée Kayserslautern . Le marquis d'Huxelles , qu'on avait envoyé devant en Alsace , pour servir dans l'armée de Monseigneur, en prit une autre appelée Neustadt, et vint ensuite se rabattre sur un ouvrage à corne de Philisbourg, qui était en deçà du Rhin , et dans le même temps M. de Mondas , qui commandait en Alsace , investit la ville de l'autre côté du Rhin. Le roi partit de Versailles pour aller à Fontainebleau, et fit publier en même temps un manifeste où il rendait raison de toute sa conduite avec l'empereur, avec le pape et avec tous ses voisins. Madame la daa— . phine n'y fut que trois jours après lui, parce
qu'elle était très-incommodée , et depuis longtemps. Monseigneur fit son voyage en onze jours, et le fit dans sa chaise jusqu'à Sarbourg. Sa cour était composée de peu $e personnes par le chemin, les officiers se rendant devant à leurs emplois , et ses courtisans n'ayant pas aussi eu le temps de faire des équipages. Le roi lui avait donné M. de Beauvilliers pour modérateur de sa jeunesse. A Sarbourg, il monta à cheval et fit une très-grande journée : il avait appris à Dieuse que Ton avait ouvert quelques boyaux devant la place; il apprit en même temps la prise de Kayserslautern , par M. de Bouflers. Il fut en trois jours de Sarbourg à Philisbourg, et eut un vilain chemin et très-long. En arrivant devant Philisbourg, quoiqu'il fût très-fatigué, il ne laissa pas d'aller voir la disposition de tout avec M. de Duras, qui commandait l'armée sous lui , et qui était venu au-devant de Monseigneur un peu par delà le pont qui était à une lieue et demie au -dessus de Philisbourg. Saint-Pouange % qui représentait M. de Louvois à cette armée , y vint aussi avec M. de Duras. Tout le monde fut assez long-temps sans équipage, et même Monseigneur, parce que le temps était trèsavancé pour un siège aussi considérable que cer lui-là, et que Ton faisait passer les troupes et les choses nécessaires pour le siège , préférable-
ment à tout. On continua la tranchée, qui avait été commencée en l'absence de Monseigneur, où il montait d'abord deux bataillons de garde , et on l'appela la tranchée du haut Rhin, parce qu'elle suivait le cours de la rivière. Trois jours après que Monseigneur fut arrivé, on ouvrit une autre tranchée à l'opposite de celle-là , que l'on appela le bas Rhii}, et l'on y envoya un des bataillons qui montait à l'autre. Six jours après l'arrivée de Monseigneur, on ouvrit en^ eore une autre tranchée, qui fut appelée la grande attaque , où il montait deux bataillons , avec un lieutenant général et le brigadier de jour : aux deux autres , montait un maréchal de eamp. Deux jours avant que l'on ouvrît cette tranchée, un ingénieur, nommé la Lande, qui avait été dans la place pendant que les Impériaux l'avaient assiégée, fut emporté d'un coup de canon , en allant reconnaître le travail qu'il devait faire faire. Sa mort ne laissa pas que de fâcher M. de Vauban , parce que c'était lui qui avait le plus de connaissance de la place; encore était-elle changée depuis qu'il en était sorti. Les assiégés firent toujours un feu de canon prodigieux j il ne se passa rien du tout à l'ouverture de la tranchée, et il n'y eut personne de considérable ni de tué ni de blessé. Le premier homme qui le fut, ce fut Sarcé, qui, en venant.
du quartier où étaient campés son régiment et celui de Monseigneur, eut le poignet emporté d'un coup de canon.
Pendant que Monseigneur était occupé au siège , il détacha M, de Monclas , mestre de camp , général de la cavalerie et lieutenant général, avec une partie de la cavalerie, pour entrer dans le Palatinat* Il se saisit de quelques petites villes où il n'y avait aucune fortification , et y demeura pour entreprendre quelque chose de plus considérable quand l'occasion s'en présenterait* Les trois ou quatre premières nuits de tranchée se passèrent très -doucement. On avançait pourtant beaucoup le travail; mais notre canon fut tout ce temps-là à mettre en batterie. La quatrième nuit , on emporta aux ennemis un petit retranchement l'épée à la main. Le régiment d'Auvergne était de tranchée :
Presse, qui en est le colonel, y fut blessé. Le matin , les ennemis firent semblant de faire une sortie; ils trouvèrent des travailleurs avec la tête du régiment d'Auvergne , qui s'ébranla parce que les travailleurs s'étaient renversés sur eux; mais la plupart des hommes qui étaient sortis furent tués et faits prisonniers. Gatinat , qui était de tranchée ce jour-là , eut une balle dans son chapeau, et se donna beaucoup de mouvement, comme il fit pendant tout le siège.
Après M. de Vauban, ce fut sur lui aussi que le siégé roula le plus : c'est un homme en qui M. de Louvois a beaucoup de confiance , et en qui il n'en peut trop avoir. D'un commun consentement , personne n'a plus d'esprit ni de mérite que lui.
Pendant ce temps-là , Monseigneur envoya ordre à M. de Mondas de tâcher de prendre Heidelberg, capitale du Falatinat. La ville est d'une conquête aisée; elle est le long du Necker, entre deux collines fort élevées. D'un côté est le château , résidence ordinaire des électeurs palatins, qui est assez beau et assez bon. M. de Mondas n'avait jpas d'infanterie , et n'avait que quelques pièces de canon ; ainsi , il eût difficilement réussi en l'attaquant par les règles. Le grand-maître de l'ordre teutonique, fils de M. l'électeur palatin , était dedans, avec peut-être sept à huit cents hommes des troupes de son père.
On trouva que la voie de l'honnêteté était la meilleure, et Chanlay, qui était avec M. de Mondas, se chargea du compliment. Il lui dit qu'il venait de la part de Monseigneur pour savoir sa résolution ; qu'il serait fâché qu'il lui arrivât du mal. Enfin , Chanlay, par ses bonnes raisons, fit que M. le grand-maitre , tout malade qu'il était , se résolut d'abandonner le château , et de s'en aller trouver son père , qui
était allé dans le duché de Neubourg. Chanlay fit la composition pour la garnison, telle qu'il plut au grand-maître , qui demanda qu'elle fût conduite^ à Manheim , place du Palatinat. On le lui accorda; mais, comme le dessein était d'assiéger Manheim, aussitôt que Philisbourg serait pris , et que par conséquent il ne nous convenait pas qu'il y entrai un renfort aussi considérable , on fit partir Rubantel , lieutenant général, avec ce qui restait de cavalerie dans le camp , hors ce qui était nécessaire pour le garder, et on l'envoya faire semblant d'investir Manheim. Quand la garnison de Heidelberg, qui était déjà beaucoup diminuée, se présenta pour y entrer, on lui dit que l'on ne laissait pas entrer de troupes dans une place investie : ainsi il fallut qu'elle prît son chemin pour s'en retourner dans le pays de Neubourg. Quand il l'eut vue partir, Rubantel s'en revint au camp devant Philisbourg. Cependant les attaques du haut et du bas Rhin devinrent les bonnes : on prit l'ouvrage à corne sans aucune difficulté; et on leur prit quelque monde dedans, entre autres un neveu de M. de Staremberg, gouverneur de la place , nommé le comte d'Arco. On y perdit très-peu de monde : de personnes de marque il n'y eut que le fils de M, Courtin, qui était à la suite de M. de Vauban , qui y fut tué; et il le
fut par nos gens, parce qu'il ne savait pas le mot de ralliement. \a grande attaque allait trèsfaiblement, parce qu'il y avait u»e flaque d'eau assez considérable à passer, qui faisait une espèce d'avant-fossé. M. de Vauban n'était occupé que d'épargner du monde , et craignait extrêmement le» actions de vigueur. On avait fait des batteries fort considérables de canons et de bombes; mais elles ne faisaient pas grand mal aux assiégés; et, an contraire, leurs canons, dont ils avaient quantité, et qui étaient bien servis , rasaient absolument la queue de la tranchée, et nous tuaient toujours des gens; mais ils faisaient un feu si médiocre de leurs mousquets, qu'ils ne nous détruisaient pas par ce moyen beaucoup de monde. Le Bordage, qui était maréchal de camp, et qui s'était converti depuis peu , fut tué d'un coup de mousquet par la tête , et ne vécut que deux heures après l'avoir reçu. Trois jours après, Nesle, qui était aussi maréchal de camp, en reçut un au même endroit, et mourut un mois après à Spire. C'était un fort honnête garçon, d'un esprit médiocre, mais assez aimé , malheureux , et ses malheurs lui étaient une sorte de mérite. Le marquis d'Huxelles, lieutenant-général, fut aussi blessé dans le même temps d'un coup de mousquet entre les deux épaules; mais le coup fut
heureux. On passa la flaque d'eau. A la grande attaque , on prit une redoute que les ennemis abandonnèrent d'abord qu'ils furent attaqués , et, les jours sùivans, on prit quelque angle de la contrescarpe : cependant on voyait bien que ce n'était pas la bonne attaque. On avait fait des batteries dans l'ouvrage à corne , et on avait fait aussi une brèche très-considérable à l'ouvrage à couronne, dont le revêtement n'était pas bon. Le lieutenant général changea de poste, et prit l'attaque du Rhin ; car ces deux-là n'étaient devenues qu'une. M. le duc du Maine, qui était volontaire, et qui avait été obligé de suivre l'exemple des autres volontaires, dont le nombre était excessif, c'est-à-dire, de choisir un régiment pour monter à la tranchée , avait choisi le régiment du roi , qui a trois bataillons. Il avait monté d'abord au premier, qui montait avec le troisième, à la grande, et le second montait à celle du Rhin. Il demanda permission à Monseigneur de monter au second, croyant qu'il y aurait plus à voir. Le duc, dont le régiment montait aussi à la grande attaque, demanda en grâce à Monseigneur, que son régiment montât aussi à celle-là, et que l'on envoyât le régiment de Grancey, dont le colonel était absent , qui y devait monter naturellement à sa place, à la grande attaque. Monseigneur