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l'accorda aussi : les officiers en furent très-seau-» da lises, et voulurent rendre leurs commissions* Dans ce temps-là , Grancey arriva , qui représenta ses raisons : elles furent inutiles pour le soir; mais, le lendemain matin, Monseigneur envoya prier M. le duc de ne se pas servir de la permission qu'il lui avait donnée ; ainsi M. le duc ne monta pas. Mais, quand Monseigneur ne le lui aurait pas ordonné, ce petit avantage ne lui aurait pas servi ; car toute la nuit on combla le fossé, et on fit un pont de fascines pour pouvoir passer commodément à la brèche.
Dès la nuit précédente , on avait fait reconnaître en quel état elle était, et le comte d'Estrées, qui fut le seul des volontaires blessé, l'avait été à la cuisse par un coup d'une décharge que les ennemis avaient faite sur deux sergens , que Ton avait envoyés pouf regarder un peu exactement. Dans la même nuit , Harcourt , maréchal de camp , en allant visiter quelque chose, tomba de huit ou dix pieds de haut, et se déhancha, dont il a été très-long-temps incommodé.
Four revenir donc à M. du Maine , il monta avec le second bataillon du régiment du roi ; mais il quitta la tranchée vers les dix ou onze heures du matin , croyant qu'il n'y aurait rien à faire. Vauban. dont le dessein était d'attaquer l'ouvrage à couronne la nuit , dit qu'il fal—
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lait envoyer tâter les ennemis. On fit deux ou trois petits détachemens de grenadiers du côte du régiment d'Anjou , qui montait à ce que l'on appelait l'attaque du haut Rhin; et, pendant que M. de Vauban passait à celle du bataillon du régiment du roi , ils montèrent. Us ne virent presque personne dans l'ouvrage, qui est d'une grandeur prodigieuse; ils descendirent dedans; et, dans le temps qu'ils descendaient, il vint à eux une trentaine d'ennemis; mais, à mesure que les détachemens avançaient, on avait fait avancer aussi le gros du bataillon, tellement que les piqueurs mêmes étaient sur le haut de la brèche. Pendant ce temps-là M. de Vauban avait passé de l'autre côté, et il faisait marcher les détachemens, quand il entendit un grand bruit du côté qu'il avait quitté. Il jugea ce que c'était, et fit dépêcher de marcher. Les grenadiers du régiment du roi arrivèrent sur le haut 4e leur brèche , que les ennemis étaient déjà poussés de l'autre côté. Comme on travaillait au logement avec l'impatience ordinaire aux soldats de se mettre à couvert du feu , on entendit battre la chamade. On ne put jamais soupçonner que ce fût pour se rendre : il fallait encore emporter la contrescarpe de la ville , passer un trèsgrand et très-profond fossé, et le corps de la placé n'était pas entamé. On voyait bien aussi
que ce n'était pas pour retirer les morts; car* les ennemis n'avaient eu que cinq ou six hommes de tués. On se trouvait donc dans un assez grand embarras de ce que ce pouvait être , lorsqu'ils déclarèrent que c'était pour capituler- L'étonnement fut grand : on l'alla dire à Monseigneur avec tout l'empressement que méritait une si bonne nouvelle. Monseigneur s'en allait , selon sa coutume ordinaire, voir monter la tranchée aux bataillons qui en étaient. Sa surprise Fat extrême , d'autant que M. de Vauban comptait que la place durerait encore dix jours. Cependant les pluies nous incommodaient extrêmement, et la saison était si avancée, qu'il n'y avait pas d'espérance d'autre temps. On avait aussi mandé à la cour que l'on serait encore une dizaine de jours à prendre la place ; mais , dans le moment, on fit partir un courrier, pour apporter la nouvelle qu'elle capitulait. On délivra les otages de part et d'autre : ceux qui vinrent de la ville furent chez Monseigneur. Gomme Allemands, ils étaient tout fiers de leur belle défense, et se moquaient fort de nous de ce que nous ne les avions pas pris plus tôt. Ils tinrent vingt-six jours de tranchée ouverte , et l'on en fut sept ou huit que l'on n'avait rien du tout encore. Dans la capitulation, nous leur accordâmes toutes les choses honorables. On leur donna deux pièces
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de canon et trois jours pour se préparer. M- de Staremberg s'avisa de dire qu'il était bien malade , et envoya demander fort sérieusement* en grâce à Monseigneur de lui envoyer un confesseur et un médecin. Il pouvait bien se passer de l'un , et n'avait guère besoin de l'autre ; car sa maladie n'était qu'une fièvre quarte très-simple. On fit partir dés le lendemain des troupes, pour aller investir Manheim , et le régiment de cavalerie de M. le duc y marcha. M. le duc marcha avec ; et M. le prince de Conti , volontaire dans l'armée ., qui avait monté la tranchée avec M. le duc , qui outre cela n'avait pas manqué un seul jour d'aller voir ce qui s'était fait la nuit, et dont le défaut était d'en vouloir trop faire, marcha aussi, croyant que ceux de Manheim auraient plus de courage qu'il n'en avait paru à ceux de Philisbourg. Cela fut à peu près égal; ainsi MM. les princes n'eurent d'autre plaisir que de se faire tirer quelques coups de canon. Quand la capitulation de Philisbourg fut signée, d'An tin partit pour en aller porter la nouvelle au roi; mais M. de Saint -Pouange l'avait fait précéder de cinq ou six heures par un courrier qui arriva à Fontainebleau comme l'on disait le sermon. M. de Louvois, qui savait l'impatience où était le roi de savoir des nouvelles, lui alla porter celle-là au sermon. Le
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roi fit taire le prédicateur, dit que Philisbourg» était pris , et lut la lettre que Monseigneur lui écrivait, Le prédicateur, qui était le père Gaillard , jésuite , au lieu d'être troublé par l'interruption, n'en parla que mieux, et fit au roi, sur cet heureux événement, un compliment qui attira l'applaudissement de l'assemblée. Pour madame d'Antin , qui savait que son mari devait apporter cette nouvelle à Sa Majesté, elle fit la bonne femme , et s'évanouit à l'autre bout de l'église, croyant qu'il était arrivé quelque chose à son mari , puisque c'était un autre qui apportait la nouvelle.. Quand d'Antin partit, on avait déjà rapporté tous les articles, et dans le moment on livra une porte de la ville au régiment de Picardie , qui est le plus ancien , et on songea à faire partir les choses nécessaires pour le siège de Manheim. Le lendemain, les bataillons montaient encore la tranchée, et étaient occupés à la raser. Un officier du régiment du roi , qui était de trâ&chéé ce jourJà , s'ennuyant* prit un fùs|l de soldat pour tirer des bécassines. Monseigneur arriva dans le moment , et tous les officiers qui étaient assis se levèrent pour le voir venir- Cet autre , qui ne prenait pas garde à ce mouvement , vit en même temps partir une bécassine :*il tira, et donna d'une baHé, qui était dans le fusil avec du menu plomb, au travers
du corps du chevalier de Longueville , qui était un bâtard de feu M. de Longueville. Sa vie , coupée dans sa première jeunesse (car il n'avait que vingt ans) par un accident aussi funeste , donna de la pitié à tout le monde.
Le jour de la Toussaint , jour de la naissance de Monseigneur, M. de Staremberg sortit de sa place dans son carrosse , à la tête de sa garnison , qui était composée de son régiment , dont il y avait encore dix-huit cents hommes en état de servir et soixante dragons à cheval. Les officiers jetaient la faute sur les soldats, disant qu'ils n'avaient pas voulu leur obéir ; les soldats disaient qu'ils n'avaient jamais vu leurs officiers pendant le siège : enfin on jugea que ni les uns ni les autres ne valaient guère. Il leur paraissait une si grande gaieté , que Ton pouvait assurer qu'ils avaient également part à la mauvaise défense de la place. M. de Staremberg descendit de son carrosse pour saluer Monseigneur, qui était à voir sortir la garnison. On leur donna une escorte pour les conduire jusqu'à moitié chemin d'Ulm, où ils devaient s'embarquer pour s'en aller à Vienne. Le lendemain que la garnison fut sortie, Monseigneur alla dans la place faire chanter le Te Deum.
Fendant que l'on était devant Philisbourg , le prince d'Orange avait voulu mettre sa flotte en
mer ; mais les vents lui avaient toujours été contraires , et il avait été obligé de rentrer dans le port avec quelques vaisseaux maltraités et d'autres perdus. Son armée était composée de troupes qu'il avait achetées de toutes les nations. Il lui en était même venu de Suède , et le prince régent de Wirtemberg lui en avait aussi vendu ; mais on a bien fait payer au double à celui-ci le profit qu'il en avait retiré, car tout son pays a été au pillage des troupes du roi. Le prince d'Orange avait une armée nombreuse, une grande quantité de bons officiers français huguenots , qui avaient quitté le royaume pour la religion. M. de Schomberg, qui avait joint le prince, était le meilleur général qu'il y eût dans l'Europe. Tout ce que l'on peut s'imaginer, non» seulement de nécessaire, mais de propre pour faire une défense considérable , était chargé sur ces vaisseaux , et l'entreprise avait été conduite pendant long-temps avec un secret inpénétrable : le reste dépendait de Dieu. Elle ne donnait pas moins de jalousie à la France qu'à l'Angleterre. Peu de jours après que l'on fut parti pour Philisbourg , le roi eut avis que cet apprêt était pour faire une descente sur les côtes de Normandie. On voulut fortifier Cherbourg, ville sur le bord de la mer, et l'on commença j mais elle n'était pas en état de résister, et il n'y
avait pas assez de troupes dedans pour la défendre, quand même elle eût été bonne. On voulut aussi faire marcher deux bataillons qui étaient à Versailles , et revenaient de travailler à Maintenon ; mais ils étaient en si mauvais état, qu'il fut impossible de les y envoyer ; car on ne put jamais trouver que cent hommes qui pussent marcher. On commanda la noblesse de la province et les milices ; on envoya Artagnan , majpr des gardes , avec des officiers et des sergens du même régiment, et Sonelle, commandant la seconde compagnie des mousquetaires, pour y commander. On envoya d'autres officiers aux gardes et des mousquetaires à Belle- Isle, de peur que la descente ne fût de ce côtélà. On envoya aussi de grosses garnisons à Calais et à Boulogne ; enfin , on fit tout ce qu'on aurait pu faire , si l'on eût été assuré d'une descente. . Pendant le siège de Phillsbourg, M. de Boufflers avait fait entrer des troupes dans Worms , ville assez considérable sur le Rhin. Il s'était saisi de Mayence, moitié du consentement de M. l'électeur, moitié par force et par adresse. On était entré en quelque négociation avec M. l'électeur de Trêves pour avoir Coblentz. On ne lui demandait point sa forteresse d'Hermanstein ; mais on voulait être assuré de tous les passages du Rhin de notre côté. M. l'électeur de Trêves
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même semblait y pencher assez ; et l'on espérait une heureuse négociation , quand on. apprit fout d'un coup qu'il était entré dans Cbblentz des troupes de M. l'électeur de Saxe et des princes voisins. Francfort, qui était dans une appréhension horrible, reçut aussi une grosse garnison de ces mêmes troupes. Le déplaisir de n'avoir pu avoir Coblentz , et d'avoir été amusé par une négociation , fut certainement violent. On s'en dépiqua du mieux que l'on put, en ravageant les terres de l'élêctorat de Trêves , et en prenant prisonnier le grand maréchal de l'électeur, que l'on croyait avoir fait changer son maître de parti; après quoi, enfin, on se résolut à bombarder Coblentz.
Après que tout ce qui était nécessaire pour le siège de Manheim fut parti du camp de Phi* lisbourg , Monseigneur partit , à la tête de ce qui restait de troupes de-son armée ( car il y en avait beaucoup qui avaient pris les devans ) , et alla camper à un château de chasse de M. l'électeur palatin , qui appartient à madame l'électrice palatine douairière. Le lendemain , Monseigneur arriva devant Manheim. Le temps était épouvantable , et l'on fut obligé de faire cantonner les troupes dans les villages. Le gouverneur de Manheim n'était qu'un bourgeois de Francfort, vendeur de fer, anobli par l'empereur.
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Quand Monseigneur fut arrivé , on fit dire à ce gouverneur qu'on le ferait pendre s'il laissait ouvrir la tranchée, et qu'il n'était point à M. l'électeur palatin. Il ne répondit que rodomontades à ce discours , et fit tirer fréquemment du canon. On ne fit point de lignes de circonvallation : la plus grande partie de l'armée était couverte du Neekeretdu Rhin, dont nous étions les maîtres , et il n'y avait guère d'apparence; que les ennemis vinssent attaquer ce qui était par delà cette première rivière. Nous avions un pont de bateaux dessus , et le quartier de Monseigneur était à la portée du canon de la place, mais extrêmement couvert d'arbres.
Manheim est de la plus parfaite situation qu'il y ait au reste du monde , après celle du fort de Kell. Elle test au confluent du Necker et du Rhin , et couverte d'un côté par un marais. Il y a une citadelle belle et grajide , et paHaitenient bien bâtie en-dedans. L'électeur y avait un fort vilain palais. La ville est jolie , les rues tirées au cordeau ; cependant tout y a l'air pauvre. Elle était très-moderne; car il n'y avait pas quarante ans que le feu électeur, e'est-à-dire le père de Madame , l'avait fait commencer. Quand on eut reconnu la place , on fit ouvrir la tranchée du côté de la ville. On l'atanca extrêmement , et on fit > en même temps , une batterie de bom-
bes. Le matin, M. de Mornai, qui était aide de camp de Monseigneur , ft fils de M. de Monchevreuil , y fut tué. Son père , qui avait suivi M. du Maine , eut ce déplaisir , qui fut grand , parce que c'était un fort honnête garçon et bien établi , qui pourtant ne promettait pas d'aider beaucoup à la fortune pour son avancement > elle l'était venu chercher et l'aurait tiré d'un état au-dessous du médiocre, pour le mettre dans une assez grande opulence , sans aucun éclat. Il fut emporté d'un coup de canon avec le lieutenant des gardes de M. du Maine , et deux soldats. Le soir , on ouvrit la tranchée devant la citadelle , et on commanda quatorze cents hommes pour le travail de la nuit. On poussa la tranchée jusqu'à trente toiaes de la contrescarpe , et on commença à travailler à une batterie de quatorze pièces de canon. Il y en avait une de l'autre côté du Rhin, que l'on avait faite avant que d'où vrir la tranchée , qui incommodait extrêmement une batterie que les ennemis avaient sur la tranchée; si bien qu'en très-peu de temps elle la rendit presque inutile et eut beaucoup incommodé. Monseigneur alla , ce jour-là , voir Heidelberg , et on le fit boire sur ce muid si célèbre, qui est l'admiration de toute l'Allemagne. A son retour /il apprit que Manheim voulait capituler. Qn vou-
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lut quelque temps tenir bon, et ne la point recevoir que la citadelle ne se rendît : cependant, à la fin , on jugea à propos de la recevoir, parce qu'on prétendait faire une attaque à la citadelle par le côté de la ville. Les ennemis , le jour que l'on avait ouvert la tranchée devant la ville et la citadelle , avaient passé leur nuit avec des violons et des hautbois , sur les remparts ; mais cette gaieté ne leur dura pas long-temps. Enfin , on reçut la ville à capitulation. Le feu , que les bombes avaient mis à un côté, avait causé quelque dissension entre le gouverneur et la bourgeoisie; et , de son côté , le gouverneur menaçait ceux-ci de les brûler, s'ils se rendaient : cependant , comme il n'était pas trop le maître de sa garnison , il fallut qu'il fit ce que les bourgeois voulaient. On leur conserva tous leurs privilèges , et le régiment de Picardie entra dans la ville. Le matin, on alla reconnaître le côté de la citadelle du côté de la ville. On la trouva plus mauvaise que par aucun autre endroit , et l'on se préparait le soir à y faire une attaque, quoique le gouverneur mandât qu'il allait mettre le feu par toute la ville; mais , vers les quatre heures du soir , sa fierté se ralentit , et il demanda à composer. Sa garnison, qui s'était beaucoup diminuée en entrant de la ville dans la citadelle , dit qu'elle voulait de l'argent
ou qu'elle ne tirerait pas. Il n'avait point d'argent , et n'en pouvait plus tirer de la bourgeoisie : enfin il capitula. On lui accorda qu'il sortirait enseignes déployées , avec tous les vains honneurs que l'on demande et que Ton obtient aisément quand on s'est mal défendu. On lut accorda aussi deux pièces de canon , que l'on ne lui donna pas , et deux fois vingt-quatre heures pour se préparer à son départ. Fendant ces deux fois vingt-quatre heures , il pensa être assassiné par ses soldats, et il fallut qu'il demandât une garde des troupes de la ville. Ce gouverneur sortit , comme on était convenu , à la tête de cinq ou six cents hommes, entre lesquels il y avait soixante dragons, et s'en alla coucher dans une petite ville dû Palatinat. Monseigneur le vit sortir, et lui donna une escorte de quarante maîtres , commandés par le chevalier de Cominge. Il demanda, en partant, son canon et trois chariots de pain qu'on lui avait promis ; mais il n'eut ni l'un ni l'autre. Quand la garnison fut à la petite ville où elle devait aller coucher, elle fit un complot de la piller, sous prétexte qu'elle lui | devait encore de l'argent sur ce qui leur avait été assigné pour leur subsistance. Le chevalier de Cominge en fut averti , qui se trouva assez embarrassé avec sa petite troupe ; mais il "fit partir un homme pour en avertir M. de
Duras , et se retrancha avec ses quarante hommes. On lui envoya, la nuit, trois cents chevaux , qui arrivèrent avant la pointe du jour , et qui empêchèrent le complot. La garnison fut obligée de se remettre en marche : elle devait aller jusqu'à Dusseldorf. La route était fort longue , et les soldats murmuraient toujours contre leur commandant : enfin , il fut obligé de les laisser et de prendre la poste, de peur qu'ils ne l'assommassent ; il leur laissa son équipage , qui était une très-médiocre ressource. Monseigneur envoya Sainte-Maure porter au roi la nouvelle de la reddition de la place , et donna tous les ordres nécessaires pour la disposition du siège de Franckendal , où le roi lui avai t mandé qu'il fallait qu'il allât encore, et au retour duquel il lui avait promis de grands plaisirs à la cour. Monseigneur fit son entrée dans Manheim, et fit chanter le Te Deutn dans l'église de la citadelle , qui était la seule catholique , et encore y faisait-on trois exercices de différente religion dans la journée. Le régiment de Picardie demeura pour garnison à Manheim , et le lieutenant colonel pour y commander.
Toutes les troupes qui devaient hiverner au delà du Rhin , partirent du camp devant Manheim , pour se rendre dans leurs quartiers , et celles qui devaient demeurer en deçà suivirent
Monseigneur au siège de Franckendal. La jour-* née était très-petite de Manheim à FranckendaL Le lendemain que Manheim fut rendu , on fit partir la cavalerie , qui était au delà du Rhin , avec M* de Joyeuse, pour aller investir la place. On l'investit; et, le lendemain, on envoya le chevalier de Courcelle, major du régiment des cuirassiers , pour parler au gouverneur de se rendre , et l'assurer que , sans cela , il n'aurait point de quartier. Il répondit en brave homme. Le jour que Monseigneur arriva ; on voulut renouer quelque traité , et le gouverneur y entrait tout-à-fait ; mais son major le fit changer d'avis , en l'assurant qu'il serait perdu de repu* tation , s'il ne se faisait pas tirer au moins du canon. Il donna dans cette fausse bravoure , et dit qu'il se rendrait quand il lui conviendrait, Au bout de deux jours , on ouvrit la tranchée. Le second jour de la tranchée ouverte , on travailla aux batteries de canons et de bombes.
Tout cela tira le troisième au matin. La ville fut enflammée depuis sept heures du matin jusqu'à midi. Le grand clocher fut brûlé. Le feu dura jusqu'à dix heures du soir. A onze heures et demie du matin , ils battirent la chamade , et demandèrent à capituler. La joie fut grande dans l'armée ; car, quoique l'on eût beaucoup de plaisir à servir sous Monseigneur , ce-
pendant il était le vingtième de novembre, et Ton redoutait extrêmement le vilain temps.
On bombardait encore Coblentz pendant le siège de FranckendaL Les ennemis avaient , dans cette dernière , un ouvrage à couronne , d'où ils incommodaient extrêmement les troupes. Barbesière , à la tête de son régiment de dragons , l'emporta très-bravement, malgré le feu de toute la ville , qui fut grand. Monseigneur accorda une forte honnête composition au gouverneur de Franckendal, et vit sortir la garnison , qui était de sept ou huit cents hommes. Il demeura trois jours pour voir séparer toutes les troupes de son armée, envoya M. de Caylus porter la nouvelle de la prise de la ville au roi , et fit donner ordre qu'on lui tînt des chevaux de poste prêts depuis Verdun jusqu'à Paris. Le lendemain de la prise de la place, il y eut beaucoup de gens qui le quittèrent , et M. le duc entre autres , qui en fut assez mal reçu du roi , aussi-bien que ceux qui l'avaient suivi.
Monseigneur vint en cinq jours de Franckendal à Verdun sur ses chevaux , et en deux jours de Verdun à Versailles en poste. Le roi , madame la dauphine et toute la cour le vinrent attendre à Saint-Cloud, et Ton avait mis du canon à Saint-Otten , que l'on devait tirer quand il arri^