‹ Œuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines: précédées de notices (volume 5)Chapitre 31 sur 33 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

verait, afin de partir en même temps et d'aller au-devant de lui jusqu'au bois de Boulogne :

cela fut exécuté. Le roi , madame la dauphine , Monsieur , Madame et les princesses , descendirent de carrosse. Quand il arriva, le roi l'embrassa; mais lui, très - respectueusement , lui embrassa les genoux. Le roi lui fit une infinité de caresses et l'accabla de douceurs. Il avait été si content de toutes les lettres qu'il lui avait écrites ; et tout le monde avait mandé tant de bien de Monseigneur, à quoi ni le roi ni le public ne s'attendaient pas , parce qu'il était peu connu , que le roi avait peur de ne lui pas faire assez d'honneur. M. le prince de Conti arriva avec Monseigneur, et fut le seul, avec les officiers qui lui étaient nécessaires , qui le suivit. Il n'y avait pas long-temps que ce prince était marié, et sa femme avait pour lui tout l'amour que peut inspirer un homme aussi aimable et aussi estimable, dans le cœur d'une jeune personne vive et qui n'a pu. encore rien aimer. Elle n'avait pas seulement souri pendant tout le temps de son absence, et à peine avait-elle parlé. M. de Beau villiers , qui avait marché comme modérateur de la jeunesse de Monseigneur, n'arriva que deux jours après lui. La joie fut extrême à la cour de voir arriver Monseigneur, et de le voir triomphant. Tous

les poètes laissèrent couler leur veine, bonne ou mauvaise, et l'accablèrent de louanges qui toutes retombaient sur le roi.

On laissa des officiers généraux sur toutes les frontières. Monclair, qui commandait naturellement en Alsace , y demeura avec deux maréchaux de camp et des brigadiers sous lui : son commandement s'étendait jusqu'au Necker. Le marquis d'Huxelles demeura à Mayence avec deux maréchaux de camp aussi sous lui, et des brigadiers : son commandement s'étendait depuis le Necker jusqu'au Mein et par delà. M. de Sourdis commandait dans tout l'électorat de Cologne; M. de Montai , le long de la Moselle ; M. de Bouffiers, dans son gouvernement. M. de Duras demeura à l'armée , devant Franckendal, jusqu'à ce que la dernière trpupe fût partie. Il eut ordre de laisser son équipage en ce pays-là, et de s'en revenir à Paris. Cependant , on avait nouvelle que les troupes de l'empereur s'avançaient : ainsi il ne fallait pas perdre de temps pour tirer les contributions , dont M. de Louvois fait un cas extraordinaire. En partant de Philisbourg, on avait envoyé Feuquières avec son régiment dans Heilbron , ville impériale. M. de Bade-Dourlac avait' livré à Monseigneur une petite ville de son pays, à l'entrée du Wirtemberg, que l'on appelle Pfortsheim, où l'on mit

garnison. On en mit une grosse à Heidelberg, et les troupes d'en-deçà le Rhin furent dispersées dans les autres garnisons.

On n'avait point eu , à l'armée ; de nouvelles sûres du prince d'Orange : seulement, on avait appris son nouveau rembarquement, et qu'une seconde tempête l'avait encore obligé de relâcher, par laquelle il avait perdu beaucoup <le chevaux , que Ton avait été obligé de jeter dans la mer; mais il y avait déjà du temps, et tout le monde était dans l'impatience d'en savoir d'une aussi grande catastrophe qu'il paraissait que celle-là devait être. En arrivant à Paris , on apprit que le prince avait fait sa descente fort heureusement; qu'il était entré dans le pays; qu'il s'était saisi d'une ville; mais qu'aucune personne ne l'était allé trouver. Chacun jugeait de cette entreprise selon son inclination. Le roi avait fait dire aux Hollandais, qu'en cas que le prince d'Orange entreprît quelque chose contre le roi d'Angleterre, il leur déclarerait la guerre. Il ne manqua pas; Tous les princes protestans d'Allemagne étaient joints d'intérêt au prince d'Orange; et cette guerre était un effet de haine pour le roi , et de zélé pour la religion. Le prince d'Orangé donna ordre à l'envoyé des Hollandais auprès de l'empereur de travailler très-sérieusement à faire conclure lu

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paix entre le Turc et l'empereur , afin que les forces de l'Empire fassent toutes jointes ensemble contre la France. Il y a quelque apparence que le roi, de son côté, fit informer la Porte, par son ambassadeur, qu'il attaquerait l'Empire, afin qu'elle ne fit pas la paix; et Tekeli même, de qui l'on n'avait parlé depuis long-4 temps, commença à se vouloir un peu remuer.

La situation du prince d'Orange ne demeura pas long-temps dans le même état. Le premier qui commença à quitter le roi d'Angleterre, pour l'aller trouver, fut un lieutenant de ses gardes avec quelques gardes. On apprît , dans le même temps, qu'il y avait une révolte dans le nord de l'Angleterre, et que milord de Lamère assemblait des troupes. Peu de jours après , presque tout un régiment alla trouver le prince d'Orange; mais il en revint beaucoup le lendemain. Le roi d'Angleterre sortit de Londres, et prit un poste très-avantageux , par où il fallait que le prince d'Orange passât pour venir à Londres. Milord Feversham, frère de M. de Duras, commandait l'armée, qui était nombreuse, et qui eût accablé le prince d'Orange, si elle eût été aussi fidèle qu'elle était belle; mais beaucoup de lords l'abaddonnèrent et allèrent trouver le prince d'Orange : entre autres , un nommé Churchill , capitaine des gardes du roi, son favori , et qu'il avait élevé d'une

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très -petite noblesse à de hautes dignités, ne s'était pas contenté de vouloir aller joindre le prince d'Orange, mais voulait lui'livrer aussi le roi. Un saignement de nez, qui prit au roi en allant dîner chez lui, empêcha l'effet de la trahison. Le prince de Danemarck, qui avait épousé la princesse Anne , seconde fille du roi , l'abandonna aussi; sa fille même suivit son mari; et le roi fut obligé de s'en revenir à Londres, de peur qu'il n'y eût quelque émeute, et qu'il ne fut plus le maître dans la ville.

Ces nouvelles étonnèrent fort la cour de France ; car , comme on avait vu que peu de personnes s'étaient déclarées d'abord pour le prince d'Orange à son arrivée , on avait presque compté qu'il avait pris de fausses mesures. Sa Majesté déclara , dans ce temps-là , au moment que l'on s'y attendait le moins, qu'elle avait résolu de faire des cordons bleus. La promotion fut grande ; elle ftit de soixantetreize. Les gens de guerre y eurent beaucoup de part, parce qu'on voyait bien que l'on allait avoir besoin d'eux, et que les autres récompenses eussent été plus chères t[ue celles-là. Il parut aussi que M. de Louvois seul avait décidé de 4»eux qui seraient frits cordons bleus. Madame de Maintenon eut , pour sa part , soi* frère et M. de Monchevreuil , et contribua peut-

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être à faire Vilàrceau chevalier de Tordre. Il y eut trois officiers de la maison du roi qui ne le furent pas , le grand prévôt , le premier maître d'hôtel , et Cavois , grand maréchaldes- logis. Le premier avait , par -dessus sa charge , sa naissance , et son père qui l'avait été ; mais les deux autres n'avaient que leurs charges. A la vérité , l'on en fit quelques-uns chevaliers dont la naissance , aussi-bien que la leur, faisait grand tort à Tordre;, mais c'est où paraît le plus la grandeur des rois , d'égaler, les gens de peu aux grands seigneurs d'un royaume. Des ducs , il y en eut trois qui ne furent pas faits cordons bleus, MM. de Rohan, de Ventadour et de Brissac. Ces trois-là. étaient très-peu souvent à la cour , n'allaient point à la guerre , et étaient , chacun en leur espèce , des gens extraordinaires , quoique de caractères très - différens l'un de l'autre. M. de Soubise et le comte d'Auvergne refusèrent l'ordre, parce qu'on leur proposa de passer parmi les gentilshommes , puisqu'ils n'avaient pas de duché. Les princes lorrains avaient consenti de passer après M. de Vendôme; mais ils précédèrent tous, les ducs. M. le comte de Soissons , que le roi avait nommé pour remplir une place , lui fit demander permission de ne la pas accepter,, parce que son père n'avait pas voulu passer

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après feu M. de Vendôme, et que, comme il était mal avec la princesse de Carignan , sa grand' mère , outre que M. de Savoie ne laimait pas, cela les aigrirait encore contre lui. Le roi eut la bonté d'entrer dans ces raisons ; mais il fut piqué contre le comte d'Auvergne et contre M. de Soubise. La gloire des Bouillon , à qui il avait donné le rang de princes , quoique naturellement ils ne fussent que des gentilshommes de très - bonne maison d'Auvergne , avait été la cause de leur malheur. Le roi fit mettre dans les archives que le comte d'Auvergne avait refusé le cordon bleu , de peur de passer après les ducs , quoique ses grandspères n'eussent été qu'au rang des gentilshommes ; et que M. de Soubise avait aussi refusé cet honneur, quoiqu'un homme de sa maison , appelé le comte de Rochefort , n'eût fait aucune difficulté de l'accepter aux conditions proposées. Pour M. de Monaco , qui a le même rang , il le reçut avec toute la soumission que l'on doit quand on reçoit des grâces de son maître , et il dit qu'il se contentait de marcher au rang de son duché. Peut-être le fit-il parce qu'il ne se trouvait pas à la cérémonie , et qu'il ne se devait trouver à aucune. Il y eut bien des lieutenans de roi des grandes provinces qui comptaient que cet honneur leur était presque

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dû, mais qui en furent privés, entre autres les trois de Languedoc. C'était leur faute d'y compter; car, depuis long-temps, on leur avait donné tant de dégoûts > et eux l'avaient souffert avec tant d'humilité , que l'on crut pouvoir encore leur donner celui-là. M. de La Trimouille fut trés-favorisé , car il s'en fallait un an tout entier qu'il n'eût l'âge. Il y en eut beaucoup qui ne vinrent pas à la cérémonie , parce qu'ils étaient employés pour le service du roi dans les provinces ; et d'autres que le roi dispensa , parce que , comme il les avait déclarés tard , et qu'à peine mêpie ceux qui étaient à Paris avaient eu le temps de faire faire leurs habits, ceux qui seraient venus de si loin ne les eussent pu avoir ; par exemple , M. de Monaco , qui n'était parti pour aller chez lui que dix jours auparavant que l'on déclarât la promotion, et M. de Richelieu, qui s'était fait un exil- volontaire à Richelieu , parce qu'il avait perdu eh une fois plus de cent mille francs , qu'il n'était pas en état de payer. •

Le roi paraissait assez chagrin. Premièrement , il était fort occupé , et l'était de choses désagréables ; car le temps qu'un peu auparavant il passait à régler ses bâtimens . et ses fontaines, il le fallait employer à trouver les moyens de soutenir tout ce* qui allait tomber

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sur lui. L'Allemagne fondait toute entière ; il n'avait aucun prince dans ses intérêts , et il n'en avait ménagé aucun : les Hollandais , on leur avait déclaré la guerre ; les affaires d'Angleterre allaient si mal que l'on craignait tout au moins qu'il n'y eût un accommodement entre le roi et le prince d'Orange , qui retomberait entièrement sur nous ; et on trouvait même que c'était le mieux qui nous pût arriver. Les Suédois, qui avaient été nos amis de tout temps , étaient devenus nos ennemis. Le roi d'Espagne disait qu'il voulait conserver la neutralité; mais celui-là , par-dessus les autres , ne faisait rien , et l'on s'attendait qu'il ne conserverait cette neutralité que jusqu'au temps que nous serions bien embarrassés ; ainsi , le roi voulait , ou que les Espagnols se déclarassent , ou qu'ils lui donnassent deux villes , qui étaient Mons et Namur , comme otages de leur foi. La proposition était dure ; mais aussi nous ne pouvions avoir d'avantage considérable qu'en Flandre ; et Namur nous était absolument nécessaire , parce que c'était le seul passage qu'eussent les Hollandais et les Allemands pour venir à notre pays. Nos côtes étaient fort mal en ordre : M. de Louvois , qui a la plus grande part au gouvernement , n'avait pas trouvé cela de son district. Il savait l'union qui était entre les deux

rois, et cela lui suffisait. Les vues fort éloignées ne sont pas de son goût. Il fallait nécessairement que la Hollande et l'Angleterre se joignissent pour nous faire du mal. Cette jonction ne se pouvait imaginer chez lui ,• et Dieu seul avait pu prévoir que l'Angleterre serait en trois semaines soumise au prince d'Orange ; tout cela faisait qu'on avait négligé nos cotes.

Le dedans du royaume n'inquiétait pas moins le roi. Il y avait beaucoup de nouveaux convertis , qui gémissaient sous le poids de la force , mais qui n'avaient ni le courage de quitter le royaume , ni la volonté d'être catholiques. Leurs ministres, qui étaient dans les pays éloignés , les avaient toujours flattés de se voir délivrer de la persécution dans l'année 1689. M s voyaient l'événement d'Angleterre, qui- commençait dans ce temps ; ils recevaient tous les jours des lettres de leurs frères réfugiés, qui les fortifiaient encore davantage, et , quand ils songeaient que tout le monde était contre le roi , ils ne doutaient point du tout qu'il ne succombât , et qu'il ne fût obligé de leur accorder le rétablissement de leur . religion. Outre les nouveaux convertis, il y avait beaucoup d'autres gêna mal contens dans le royaume, qui se joindraient à eux si la fortune penchait plus du côté des ennemis que du notre «

Le roi voyait tout cela aussi-bien qu'un autre , et Ton eût été inquiet à moins. Il ne fallait pas une moindre grandeur d'âme et une moindre puissance que la sienne , pour ne pas se laisser accabler : le moyen d'avoir assez de troupes pour résister , en même temps , à tout cela.

On avait compté sur les Suisses; mais on se brouilla avec eux : ils ne voulaient pas nous permettre de levées dans leurs états ; au contraire , ils en permettaient à l'empereur. Il y avait un traité avec feu AL de Savoie, pour avoir trois mille hommes , qui étaient un petit secours : celui-ci fit le difficile ; le roi se dépita , et dit qu'il n'en voulait plus. Enfin , M. de Savoie fut obligé de le prier de les prendre ; mais ce fut un très-médiocre secours. Il fallait donc que le roi tirât tout de son seul État. On délivra des commissions jusqu'au premier de janvier, et le roi fit une ordonnance pour la levée de cinquante mille hommes, dé milices dans toute»

ses provinces , qui se transporteraient où l'on le jugerait à propos , et cela fut divisé par régimens. On mettait pour officiers tous gens qui eussent servi ; et les dimanches et les fêtes , on exerçait cette milice à tirer. Enfin , le roi devait se trouver , au printemps , plus de trois ^ent mille hommes , sans ses milices , et c'était infiniment. Tout le mois de décembre s'était

passé, en Allemagne, à tirer des contributions, qu'on avait poussées jusque dans les états de Télecteur de Bavière; et Feuquières, qui commandait dans Heilbron , et qui avait marché avec un gros détachement , avait fait trembler tous ces pays. On s'était fait donner cinquante mille francs du côté de la Hollande , c'est-àdire, dans le Brabant hollandais. Baloride y avait marché et avait brûlé un village au prince d'Orange , nommé Rosenthal , auprès de Breda , qui avait refusé de payer la contribution. Elle était établie aussi dans les pays de Liège et de Juliers, et tout cet argent servait très-utilement. Les troupes , à la vérité , en tiraient un très - médiocre avantage ; car on ne leur en donnait rien : mais c'est une habitude que l'on a prise en France , et dont on se trouve fort bien. On fut obligé, à la fin de décembre, de retirer les troupes que l'on avait au delà du Rhin ; mais on pilla et démolit les places, comme Heilbron , Stuttgard , Zinsheim et beaucoup d'autres. On travailla à fortifier Pfortsheim , qui est une place à l'entrée du Wirtemberg , et dont la situation est bonne , parce qu'elle est dans les montagnes. On travaillait aussi à la fortification de Mayence.

On fut quelque temps à la cour sans entendre parler des affaires d'Angleterre : il n'en venait

aucune nouvelle sûre; on savait seulement que les affaires du roi de cette île allaient très-mal. Il en arriva un gentilhomme de M- de Lausun , qui s en était allé en Angleterre, au commencement de toutes ces affaires : on eut par lui des nouvelles; mais le bruit île se répandit point de ce que c'était. Peu de jours après, on sut que la reine d'Angleterre était passée en France, avec le prince de Galles, sous la conduite de M. de Lausun , et qu'ils étaient arrivés à Calais. On jugea que ce courrier avait été dépéché pour apporter au roi le projet de sa fuite; et pour savoir s'il l'approuvait. On dit aussi que le roi d'Angleterre devait arriver vingt-quatre heures après; mais on attendit son arrivée inutilement. Deux jours se passèrent sans que l'on dît rien du tout que le projet de sa fuite. On débitait que les ports d'Angleterre étaient fermés. Enfin, il se répandit un bruit qu'il avait été arrêté à Rochester, en se voulant sauver. IL n'avait voulu dire ni à la reine , ni à M. de Lausun , le projet de sa fuite. A 1 égard de la reine, la chose avait été et bien projetée et bien exécutée. Le roi d'Angleterre avait eu envie de faire sauver le prince de Galles, et l'avait fait sortir de Londres , de peur de n'en être plus le maître. Il l'avait confié à milord d'Ormojid, qu'il avait cru entièrement dans ses intérêts, et qui comman-

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«lait sa flotte. On conte qu'il lui ordonna de le faire sauver, que milord d'Ormond ne le voulut pas, et qu'il lui dit qu'il en serait responsable à toute l'Angleterre, ajoutant que tout ce qu'il pouvait faire , c'était de lui renvoyer le prince , dont Sa Majesté ferait après ce qu'elle voudrait. Le roi d'Angleterre fut désolé de voir que tout le monde lui manquait; car il douta que milord d'Ormond lui remit le jeune prince entre les mains, et il ne sut que le jour d'après qu'il l'avait renvoyé. Le roi de la Grande-Bretagne avait proposé à la reine son épouse de partir sans le prince de Galles ; mais elle n'y avait pas voulu consentir : enfin, on lui apporta la nouvelle qu'il était arrivé ; on le laissa trois jours dans un faubourg de Londres. La reine, avec deux femmes , dont l'une était gouvernante du prince de Galles , appelée madame Fiden , son mari , M. de Lausun et Saint-Victor , partirent à l'entrée de la nuit. D'abord, le roi se coucha, comme à son ordinaire, avec la reine sa femme, et ils se relevèrent une heure après. Le roi s'étant habillé, la fit descendre par un degré dérobé , et la remit entre les mains de M. de Lausun, qui avait publié, depuis plusieurs jours , qu'il s'en retournerait en France, et, à cet effet, avait retenu un yacht et un carrosse de louage pour les conduire. Quand il fut arrivé à son

carrosse , le cocher jura qu'il ne voulait poinl marcher; cependant, le temps pressait : M. de Lausun lui donna de l'argent , qui lui fit entendre raison ; mais , dans le temps qu'il montait sur son siège , il vint une émeute , sur ce qu'on disait que des catholiques se sauvaient, qui les remit encore en danger d'être arrêtés ; mais le cocher, qui eut peur, se dépêcha par le moyen de l'argent que lui donna encore M. de Lausun ; ainsi, ils se sauvèrent de ce danger, et arrivèrent heureusement au yacht. On fit entrer le prince de Galles sans que le patron s'en aperçût ; la reine se cacha extrêmement , et remit son voyage entre les mains de Dieu. Cependant, tous les périls n'étaient pas évités , car l'armée navale de Hollande croisait dans la Manche , et le vent les pouvait rejeter en Angleterre. Quand le yacht se mit en mer, le vent était excellent; mais il changea peu de temps après. La nuit venue , le vent fut si fort qu'il fallut plier toutes les voiles. Le patron ne savait où il en était; il entendit du bruit , il crut être auprès de quelque port ; mais , peu de temps après, il entendit les cloches dont on se sert pour appeler à la prière dans les vaisseaux. Alors , il jugea qu'il était au milieu de la flotte de Hollande , et jugea vrai. Le vent s'étant un peu abaissé , on mit les voiles , et le yacht arriva enfin heureusement à Calais ,

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yen les neuf heures du matin. La gardé du port; qui vit arriyer ce yacht, envoya* avertir le gouverneur, qui était M. de Charost. Il envoya deux chaloupes pour reconnaître , selon la coutume. L'affaire de M. de Charost et de M. de Lausun a fait trop de bruit pour ne la pas rapporter ici. Quand on fut revenu de reconnaître, on vint dire à M. de Charost que c'était M. de Lausun. Ils. étaient amis. Le duc de Charost alla au-devant de lui et l'embrassa. M. de Lausun le pria de lui donner un logement pour deux dames de ses amies , qui s'étaient sauvées d'Angleterre avec lui. Le duc de Charost lui répondit qu'il était bien fâché de ne les pouvoir loger chez lui , parce que sa maison était toute percée et qu'il y pleuvait; mais qu'il lui allait donner le meilleur logement de la ville. En même temps, il pressa M* de Lausun de lui dire qui étaient ces femmes. Celui-ci en fit quelque difficulté ; enfin , il lui dit que c'était la reine d'Angleterre , mais qu'elle ne voulait pas être reconnue ; qu'il ne fallait lui rendre ni honneur, ni marque de distinction, et qu'autrement on la mettrait au désespoir. M. de Charost ne crût point M. dé Lausun, et s'en alla au-devant d'elle ponj* lui rendre, à ce qu'il dit, tous les honneurs qu'il put. 11 lui envoya chez elle des gardesf, reçtit le* ordres xLe Sa Majesté , et se retira ensuite, pour

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