TOME II. Q
en donner avis à la cour; Quand il eut dit à M. de Lausun ce qu'il allait faire , celui-ci lui répondit qu'il s'en donnât bien de garde, et qu'il allait tout gâter, parce qu'elle ne voulait pas de ces honneurs. Il se fâcha presque contre M. de Charost, qui, ne voulant pas entendre raison -, dit qu'il faisait son devoir, et que -tout ce qu'il pouvait lui accorder, c'était de lui donner le temps d'écrire. Il fit ensuite fermer la porte de la ville , ordonna que l'on ne donnât point de chevaux de poste, et donna avis de ^arrivée de la reine et du prince de Galles.
Quand le patron du yacht vint demander permission de s'en retourner, M. de Lausun dit encore, au duc de Charost qu'il fallait absolument le retenir. M. de Charost répondit qu'il avait ordre de ne faire aucune violence aux Anglais ; que tout ce qu'il pouvait faire serait Vie l'amuser et de lui conseiller de ne pas s'en retourner;, mais qu'il ne l'arrêterait pas autrement; et il arriva que le patron ne voulut point adhérer aux conseils du duc.
. Pendant tout le temps que la reine demeura à Calais , M. de Charost fit servir trois tables pour elle et pour sa suite , et lui rendit toujours tous les honneurs qui étaient dus à une majesté. .Cependant , après l'arrivée de M. de Lausun ,. le bruit se répandit ici que M. de Charost avait
très-mal rempli son devoir à cet égard ; que le service du roi se faisait fort mal à Calais, et que la place n'était pas seulement gardée ; mais il s'en justifia , et , à son retour , il fut fort bien traité du roi. Lorsque le courrier de M. de Charost arriva ici , ce fut une fort grande joie à la cour, où Ton attendait avec impatience des nouvelles du roi d'Angleterre. On savait qu'il devait se sauver peu de temps après la reine ; mais on n'avait point de nouvelles de son arrivée, et les ports d'Angleterre étaient fermés. Il vint un bruit que le roi avait été arrêté à Rochester, déguisé , en se voulant sauver. Ce bruit vint , sans que l'on sût par où : à celui-là, succédèrent d'autres bruits , comme il arrive toujours dans les événemens extraordinaires; enfin , on eut des nouvelles sures , qui étaient que le roi, s'étant déguisé en chasseur, comme il allait entrer dans un bateau qui le devait conduire à des bâtimens français répandus sur la côte, et cachés dans des rochers, des paysans ivres l'avaient arrêté , disant que des catholiques s'enfuyaient; et, sous ce prétexte, ils l'avaient conduit dans les prisons de Rochester. Il y fut reconnu , et la noblesse des environs vint l'en retirer, lui baiser la main , et lui rendre les soumissions qu'ils devaient à leur roi. Ces gentilshommes se plaignirent à Sa Majesté de ce
qu'elle voulait les abandonner. Comme Fou conduisait le roi à Rochester, il se souvint d'un certain milord du voisinage de cette ville, et il lui manda la peine où il était. Le milord lui fit réponse que Sa Majesté pouvait se tirer d'affaire comme elle jugerait à propos ; mais que , puisqu'il ne lui était bon à rien , il ne Tirait pas trouver. Le roi fut reconduit à Londres , et logé , comme à l'ordinaire , dans son palais de Windsor, où ses peuples se vinrent plaindre à lui de ce qu'il les voulait abandonner.
La reine d'Angleterre vint de Calais à Boulogne, où elle demeura quelque temps, pour savoir des nouvelles de son époux. On peut croire qu'elle apprit ce qui se passait avec un déplaisir mortel. On le lui avait caché d'abord; mais, étant à la fenêtre, die reconnut un des domestiques du roi , qui s'était sauvé , et , qui se devait sauver avec lui. À l'égard de la cour de France , tout y était comme à l'ordinaire. Il y a un certain train qui ne change point ; toujours lés mêmes plaisirs, toujours aux mêmes heures, et toujours avec les mêmes gçns. M. de Lausun avait écrit de Calais une lettre au roi, où ii lui avait mandé qu'il avait fait serment au roi d'Angleterre de ne remettre la reine sa femme , et le prince de Galles , qu'entre ses mains ; que, comme il n'était pas assez heureux pour vofr
Sa Majesté britannique , il le priait de vouloir bien le dispenser de son serment, et de lui ordonner entre les mains de qui il remettrait la reine et le prince de Galles. Le roi fit réponse, de sa main, à M. de Lausun, lui manda qu'il n'avait qu'à revenir à la cour, envoya un lieutenant des gardes , un exempt , quarante gardes, M. le premier avec des carrosses, des maîtres d'hôtel , et ce qui était nécessaire pour la reine fugitive. Le roi dit ensuite qu'il venait d'écrire à un homme qui avait beaucoup vu de son écriture, et qui serait bien aise d'en recevoir encore. Cette attention du roi pour M. de Lausun en donna une grande aux ministres , qui ne l'aimaient pas , et les mit dans une furieuse appréhension que le goût du roi pour M. de Lausun ne recommençât. Sa Majesté envoya M. de Seignelay à Mademoiselle, pour lui dire, qu'après les services que M. de Lausun venait de lui rendre, il ne pouvait s'empêcher, en aucune façon , de le voir. Mademoiselle s'emporta , et dit : C'est donc là la reconnaissance de ce que j ai fait pour les enfans du roi ! Enfin , elle fut dans une rage si épouvantable, qu'elle lie h put cacher à personne. Un des amis de M. de Lausun fut chargé de lui présenter une lettre de sa part. Elle la prit et la jeta dans le feu en sa présence ; mais cet ami la retira , et
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représenta à Mademoiselle que du moins elle la devait lire ; mais Mademoiselle alla s'enfermer > et revint, un moment après, dans la chambre, dire qu elle l'avait brûlée sans la lire.
On fit alors des chevaliers du Saint-Esprit avec Le moins de cérémonies que Ton put, le roi ayant une aversion naturelle pour tout ce ce qui le contraint : on les : fit en deux fois, parce qu'autrement il eût fallu trop de temps. La moitié fut faite à vêpres la veille du jour de Fan , et l'on commença par les gens titrés. Le lendemain , on acheva le reste à la messe : il ne s'y passa rien de considérable. Deux jours auparavant, il y avait eu une grande dispute entre les ducs de La Rochefoucauit et de Chevreuse. Le duc de Luynes, père du dernier, s'était défait de son duché en faveur de son fils , et ce duché était plus ancien que celui de La Rochefoucauit : par conséquent , il prétendait passer à la cérémonie, M. de La Rochefoucauit soutint qu'il n'était pas reçu duc de Luynes , mais seulement de Chevreuse , qu'ainsi il ne passerait qu'au rang de Chevreuse. Us se disputèrent. Enfin le dernier obtint du roi un ordre pour que le premier président le fit recevoir sans que les chambres fussent assemblées . et il fut reçu le jour même de la cérémonie.. Le duohé de Chevreuse fut cédé au comte ^le Mont for t. On ea-
voya porter l'ordre par des courriers aux gens éloignés que le roi avait honorés du cordon bleu. Je ne puis m'empécher de dire ici la manière dont cet honneur fut reçu par deux personnes de différent caractère, dont Tune était M. de Boufflers , et l'autre lé marquis d'Huxelles. Le premier le reçut en remerciant bien humble* ment Dieu et le roi des grâces continuelles dont ils le comblaient, et, dans ses actions de grâces , il cherchait les termes de la plus profonde reconnaissance pour le roi et pour M; de Louvois, L'autre ne remercia que M. de Louvois , et recommanda au courrier de lui dire en même temps que, si Tordre l'empêchait d'aller au cabaret et tels autres lieux, il le lui renverrait. Je dois ajouter ici que ces deux hommes , de caractère si différent, sont tous deux trèshonnêtes gens. Voilà une petite digression un* peu burlesque.
M. de Lausun,, après avoir reçu du roi la permission de le saluer, vint à la cour. Dans les transports d'une joie extraordinaire , il jeta ses gants et son chapeau aux pieds du roi , et tenta toutes les choses qu'il avait autrefois mises en usage pour lui plaire. Le roi fit semblant de> s'en moquer. Quand Lausun eut vu le roi, il s'en retourna trouver la reine d'Angleterre , qui venait se rendre à la cour, n'ayant point de nou-
velles de son époux. On dit d'abord qu'on la logerait à Vincennes; mais le roi jugea plus à propos de lui donner Saint-Germain. Fendant qu'elle était en chemin , la nouvelle arriva que le prince d'Orange avait fait arrêter le roi d'Angleterre. L'exemple de la mort tragique de Charles I er ., son père, fit trembler pour lui; mais, le soir même, le roi dit, en s'en allant à son appartement, qu'il avait des nouvelles que ce prince était en sûreté. Un valet de garderobe français , que Sa Majesté britannique avait depuis long-temps , l'avait vu s'embarquer proche de Rochester. De là ce prince était venu repasser à Douvres, et ensuite avait passé à Ambleteuse, petit port auprès de Boulogne. Le valet de chambre était venu devant, et avait rapporté qu'il avait entendu tirer le canon à Calais; qu'apparemment c'était son maître qui y arrivait. Toute la soirée se passa, sans que l'on fût étonné de n'avoir point d'autres nouvelles de l'arrivée du roi d'Angleterre ; mais , le lendemain , on fut au lever fort consterné , quand on vit qu'il n'y en avait point encore. On trouvait que la nuit était trop longue pour que , si le canon qu'on avait entendu tirer à Calais OÛt été pour lui, le courrier n'en fût pas. arrivé. Ou commença à raconter le matin que milord Fevexsham, fçèredç M. de Duras, avait été ar-
rété par le prince d'Orange , comme il venait lui parler de la part du roi d'Angleterre j que le prince d'Orange avait mandé au roi d'Angleterre qu'il fallait qu'il sortît de Windsor, parce que, tant qu'il y serait, on rie pouvait pas travailler aux choses nécessaires pour le bien de l'état. Le roi en fit quelque difficulté; mais, peu de momens après, le prince d'Orange lui renvoya dire qu'il le fallait, et qu'il se retirât à Hâmptohcour, qui est une maison des rois d'Angleterre. Le roi manda qu'il n'y pouvait pas ' aller, parce qu'il n'y avait aucun meuble; mais que, s'il le lui permettait, et qu'il le jugeât à propos, il irait à Rocbester. Le prince d'Orangé y consentit , et lui manda en même temps que , pour sa sûteté, il lui donnerait quarante de ses gardes pour l'y conduire. Il fallut en passer par où le prince d'Orange voulut, et le roi sortit ainsi en peu de momens de Windsor. Sa Majesté britannique fut gardée très-étroitement. Le premier jour, le prince d'Orange lui avait donné presque tous gardes catholiques et un officier : ils entendirent la messe avec lui. Quand le roi fut à Roches ter, on le garda moins. Il y avait des portes de derrière à son palais ; un domestique , qui était au roi, lui fit trouver des chevaux, dont il se servit. Il partit à l'entrée de la nuit , et se rendit à un endroit où l'attendait un petit
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bateau, pour le conduire à un plus grand bâtiment. En arrivant à la petite barque, il y trouva des paysans ivres, qui l'obligèrent de boire à la santé du prince d'Orange. Sa Majesté leur donna de l'argent pour y boire encore. On contait aussi toutes les particularités qu'avait dites le valet de garde-robe le matin , et chacun raisonnait selon sa portée. Les uns croyaient que le prince d'Orange lui avait fourni les moyens de s'embarquer, afin de le faire ensuite jeter dans la mer; les autres, afin de le faire transporter en Zélande , où il le retiendrait prisonnier. Enfin, chacun donnait pour bon ce qui lui passait par la tête. Le roi était triste , les ministres fort embarrasses.
Le roi était à la messe, n'attendant plus que des nouvelles de la mort du roi d'Angleterre , quand M. de Louvois y entra, pour dire à Sa Majesté que M. d' Au mont venait de lui envoyer un courrier qui lui annonçait l'arrivée du roi d'Angleterre à Ambleteuse. La joie fut extrême à la cour, et égale entre les gens de qualité et les domestiques. On dépêcha aussitôt un courrier à la reine d'Angleterre, qui était en chemin. M. Le Grand était parti dès le Wtin pour aller la recevoir à Beaumont. Pour le roi d'Angleterre, à ce que conta le courrier, il était dans un très-petit bâtiment, où il avait quel-
ques gens armés avec lui, et quelques grenadiers. Il aperçut de loin un vaisseau plus gros que le sien ; il donna ses ordres pour se défendre, en cas qu'il fût attaqué; mais, quand ils s approchèrent , il reconnut que c'était un vaisseau français ; la joie fut grande de part et d'autre. Il se mit dans ce vaisseau , et arriva fort heureusement, mais pourtant très-fatigué, car il y avait bien du temps que ses nuits n'étaient pas bonnes*
Le roi alla de Versailles à Ghatou , au-devant de la reine d'Angleterre et du prince de Galles. Il y attendit , avec une fort grosse cour à sa suite, cette reine, qui arriva un moment après. Elle fut reçue parfaitement bien. Sa Majesté britannique parla avec tout l'esprit et toute la politesse que Ton peut avoir, plus même que les femmes ordinaires n'en peuvent conserver dans des malheurs aussi grands qu'étaient les siens. Le roi la conduisit à Saint-Germain , et fit ce qu'il put pour adoucir ses peines , qui étaient extrêmement diminuées par la joie d'avoir appris que le roi son époux était en France, et en bonne santé. Après cela, le roi s'en retourna à Versailles, et envoya le lendemain chez la reine une toilette magnifique , avec tout ce qu'il lui fallait pour l'habiller, et tout ce qui était nécessaire pour le prince de Galles; le
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tout travaillé sur le modèle de ce que Ton avait fait pour M. de Bourgogne. Avec cela, Ton mit une bourse de six mille pistoles sur la toilette de la reine : on lui en avait déjà donné quatre mille à Boulogne. Le lendemain, jour que le roi d'Angleterre arrivait, le roi l'alla attendre à Saint-Germain , dans l'appartement de la reine. Sa Majesté y fut une demi-heure ou trois quarts d'heure avant qu'il arrivât. Comme il était dans la garenne , on le vint dire à Sa Majesté , et puis on vint avertir quand il arriva dans le château. Pour lors, Sa Majesté quitta la reine d'Angleterre , et alla à la porté de la salle des gardes au-devant de lui. Les deux rois s'embrassèrent fort tendrement, avee cette différence, que celui d'Angleterre, y conservant l'humilité d'une personne malheureuse, se baissa presque aux genoux du roi. Après cette première embrassade, au milieu de la salle de» gardes , ils se reprirent encore d'amitié; et puis, en se tenant la main serrée, le roi le conduisit à la reine , qui était dans son lit. Le roi d'Angleterre n'embrassa point sa femme, âpparem* ment> par respect.
Quand la conversation eut duré un quartd'heure f le roi mena le roi d'Angleterre à l'appartement du prince de Galles. La figure du roi d'Angleterre n'avait pas imposé aux
courtisfln$ : ses discours, firent encore moins d'effet que sa figure. Il conta au roi, dans la chambre du prince de Galles, où il y avait quel-» qvies courtisans , le plus gros des choses qui lut étaient arrivées, et il les conta si mal, que les courtisans ne voulurent point se souvenir qu'il était Anglais , que par conséquent il parlait fort mal français, outre qu'il bégayait un peu , qu'il était fatigué, et qu'il n'est pas extraordinaire qu'un malheur aussi considérable que celui oà il était diminuât une éloquence beaucoup plus parfaite que la sienne.
Après être sortis de chez le prince de Galles y les deux rois s'en revinrent chez la reine. Sa Majesté y laissa celui d'Angleterre, et s'en revint à Versailles. Presque tous les honnêtes gens Curent attendris à l'entrevue de ces deux grands princes. Le lendemain au matin, le roi d'Angleterre eut à son lever tout ce qui lui était nécessaire , et dix mille pis tôles sur sa toilette. L'a-* près-dinée , ce prince vint à Versailles voir le roi, qui fut le recevoir à l'entrée de la salle des gardes, et le mena dans son petit appartement. Ensuite , il fut voir madame la dauphine, Monseigneur, Monsieur et Madame. Il demeura trèslong-temps avec le roi. Monseigneur et Monsieur furent rendre la visite à Saint-Germain. Il y eut de grandes contestations pour tes cérémonies : le
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roi voulût que le roi d'Angleterre traitât Mcwseigneur d'égal , et le roi d'Angleterre y consentit, pourvu que le roi traitât le prince de Galles de même. Enfin , il fut décidé que le dauphin n'aurait qu'un siège pliant devant le roi <T Angleterre , mais qu'il aurait un fauteuil devant la reine» Les princes du sang avaient aussi leurs prétentions , disant que,, comme ils n'étaient pas sujets du roi d'Angleterre , ils devaient avoir aussi d'autres traitemens. A la fin, tout cela se passa fort bien ; mais , quand il fut question des femmes , cela ne fut pas si aisé. Les princesses du sang furent trois ou quatre jours sans aller chez Sa Majesté d'Angleterre , et , quand elles y furent, les duchesses ne les suivirent pas.
Celles-ci prétendirent avoir les deux traitemens , celui de France , qui est de s'asseoir devant leur souveraine, et celui d'Angleterre, qui est de la baiser.. La reine d'Angleterre, qui, quoique glorieuse, ne laisse pas d'être fort raisonnable, dit au roi qu'il n'avait qu'à ordonner, qu'elle ferait tout ce qu'il voudrait, et qu'elle le priait de choisir lui-même le. cérémonial qu'elle observerait. Enfin, il fut décidé que les duchesses s'en tiendraient à celui de France. Quand la reine d'Angleterre vint à Versailles, la magnificence l'en surprit, et surtout la grande galerie, qui, sans contredit, est la plus belle chose
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de Punivers en son genre; aussi la loua-t-ellè extrêmement , mais dans les termes qui convenaient, et qui pouvaient faire plaisir au roi. Elle fit les mêmes visites qu'avait faites le roi son époux , et s'en retourna à Saint-Germain avec de très-grands applaudissemens.
Pendant ce temps-là, il arrivait toujours des troupes du côté du Rhin : les contributions diminuaient , et il fallait abandonner les villes où nous nous étions étendus. On commença par Heilbron et par le pays de Wirtemberg. On le pilla bien auparavant; mais, dans le temps que l'on sortit d'Heilbron par une porte, les ennemis, qui y entraient par l'autre, donnèrent sur une petite arrière- garde , tuèrent des malades que Ton avait laissés dans la ville, et que l'on n'avait pas encore pu retirer. Toutes les troupes qui étaient de ce côté -là se retirèrent à Pfortsheim, et celles qui étaient un peu plus avancées de l'autre côté se retirèrent à Heidelberg. On y rassembla une forte garnison : celle de Manheim fut aussi renforcée. La précipitation avec laquelle il fallut quitter tout cela ne fit honneur ni à la France , ni à ses troupes , ni aux généraux qui avaient eu la conduite de cette retraite. On en donna le tort au comte de Tessé ; et , entre autres choses , on trouva mauvais qu'un homme qui a servi ne sût pas que ,
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quand on se retire d'une place , on en ferme les portes , hors celles par où l'on sort. *
Le roi d'Angleterre était à Saint-Germain, recevant les respects de toute la France : les ministres y furent des premiers; l'archevêque de Reims , frère de M. de Louvois , le voyant sortir de la messe , dit , avec un ton ironique : Voilà ztnfort bon homme; il a quitté trois royaumes pour une messe : belle réflexion dans la bouche d'un archevêque! On njgla pour la matson du roi d'Angleterre six cent mille francs., et , pendant le premier mois , il eut toujours les officiers du roi pour le servir. Tous les jours, il arrivait beaucoup de cordons bleus anglais. Le roi voulut lever deux régimens, de deux mille hommes chacun , qu'il donna aux deux enfans du roi d'Angleterre.
Malgré les fâcheuses circonstances de son état, Sa Majesté britannique ne laissait pas d'aller courageusement à la chasse avec Monseigneur, et piquait comme eût pu faire un homme de vingt ans , qui n'a d'autre souci que celui de se divertir. Cependant, ses affaires allaient fort mal ; car le prince d'Orange avait été reçu dû peuple de Londres avec de très-grandes acclamations : presque tous les grands étaient pour lui. Il n'était question que de trouver la maniéré d'assembler un nouveau parlement; car le roi ,
qqi , un peu avant que de quitter so& royaume , avait convoqué le parlement, lavait cassé en partant, et avilit jeté les sceaux du royaume dans la mer. On rit beaucoup en France , en sopgeant à cet expédient que Sa Majesté Britannique avait trouvé, et cependant cela ne laissait pas de faire quelque embarras en Angle* terre , à cause de leurs lois. A la vérité , l'embarras fut bientôt levé. On apprit ici que tout se disposait à faire une élection du prince d'Orange à la royauté , bien qu'on ne laissât pas de proposer d'autres milieux ; mais ils ne convenaient pas au prince , qui voulait être roi , quoi qu'il en pût être. L'Irlande tenait toujours ferme pour son premier roi ; seulement il y eut un petit parti de protestans irlandais qui s'éleva contre; mais il fut abattu en très-peu de temps par Tirconel , qui était vice-roi d'Irlande , et avait amassé beaucoup de milices , généralement mal disciplinées , sans armes et sans munitions. Cela ne témoignait que de la bonne volonté. Tirconel pria le roi de passer en Irlande , et l'assura que ce voyage lui serait trèsavantageux- Le roi fut quelque temps à se résoudre; et, pendant ce temps-là, Ton envoya un. homme de confiance , nommé Pointis , capitaine de vaisseau , pour rendre compte de l'é-