‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littérairesChapitre 21 sur 37 · I) LS ROM A .N S. J · texte numérisé non relu

I) LS ROM A .N S. J

les provinces de France eurent leurs romanciers, jusqu'à la Picardie, où Ton composait des servantois, pièces amoureuses, et quelquefois satiriques : et de là nous sont venus tant et tant de vieux romans, dont une partie est imprimée, une autre pourrit dans les hihliothéques , et le reste a été consumé par la lon(jueur des années. L'Espagne môme, qui a été si fertile en romans, et l'Italie, tiennent de nous l'art de les composer : Mi par di poier dire clic questn sorte dl poesia ( ce sont les paroles de Giraldi, parlant des romans ) abbia aviita In prima origine e il primo siio principio dd Fraiicesi , dai qnali a forse auco avulo il nome. Dd Francesi poi è passata questa maniera di poeteggiare agli SpagTiuoU , e idtimamente è stata accetiata dagli Italiani ^

Feu M. de Saumaise , dont la mémoire m'est en singulière vénération , et pour sa grande érudition , et pour l'amitié qui a été entre nous , a cru que l'Espagne , après avoir appris des Arabes l'art de romaniser, l'avait enseigné par son exemple à tout le reste de l'Europe. Pour

' '< Jeciois pouvoir dire que celle sorte de poésie est née » chez les Français, qui peut-être aussi lui ont donné son » nom ; des Français elle a passé aux Espagnols , et enfin )' elle a été adoptée par les Italiens. »

soutenir cette opinion, il faut dire que Thelesiii etMelkin, l'un et l'autre Anglais, et Hunibaldus Francus , que l'on croit avoir composé tous trois leurs histoires romanesques vers l'an 55o , sont plus récens , du moins de près de deux cents ans, que l'on ne s'imagine; car la révolte du comte Julien , et l'entrée des Arabes en Espagne , n'arriva que l'an gi de l'hégire, c'està-dire, l'an 712 de Notre-Seigneur ; et il fallut quelque temps pour donner cours aux romans des Arabes en Espagne, et à ceux que l'on prétend que les Espagnols firent, à leur imitation , dans le reste de lEurope. Je ne voudrais pas défendre l'antiquité de ces auteurs , quoique j'eusse quelque droit de le faire , puisque l'opinion commune et reçue est pour moi. Il est vrai que les Arabes étaient fort adonnés à la science gaie , comme je vous l'ai fait voir ; je veux dire à la poésie , aux fables , aux fictions. Cette science étant demeurée dans sa grossièreté parmi eux , sans avoir reçu la culture des Grecs, ils la portèrent dans l'Afrique avec leurs armes , lorsqu'ils la subjuguèrent. Elle était toutefois déjà parmi les Africains; carAristote, et après lui, Priscien , font mention des fiibles libyques; et les romans d'Apulée et de Martianus Capella , Africains, dont je vous ai parlé, montrent quel était l'esprit de ces peuples. Cela fortifia les

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Arabes victorieux dans levir iiuliiiation : aussi apprenons-nous de Léon d'AI'iiijue et de Murmol , que les Arabes africains aiment encore la poésie romanesque avec passion; qu'ils cbantcut en vers et en prose les exploits de leur Bubalul , comme on a célébré parmi nous ceux de Renaud et de Roland ; que leurs morabites font des chansons d'amour; que dans Fez, au jour de la naissance de Mahomet , les poètes font des assemblées et des jeux publics, et récitent leurs vers devant le peuple, au jugement duquel celui qui a le mieux réussi est créé prince des poètes pour cette année ; que les rois de la maison de Benimerinis, cjui régnaient il y a trois cents ans, et que nos vieux écrivains appellent (h Bellemarine , assemblaient tous les ans, à un certain jour, les plus savans de la ville de Fe/, et leur faisaient un splendide festin , après quoi les poètes récitaient des vers en l'honneur de Mahomet; que le roi donnait au plus habile une somme d'argent, un cheval , un esclave et ses propres habits, dont il était vêtu ce jour-là , et qu'aucun ne s'en retournait sans récompense. L'Espagne ayant ensuite reçu le joug des Arabes , elle reçut aussi leurs mœurs, et prit d'eux la coutume de chanter des vers d'amour, et do célébrer les actions des grands hommes , à la manière des bardes parmi les Gaulois ; mais ces

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chants, qu'ils nommaient romances, étaient bien dififërens de ce qu'on appelle romaiis. C'étaient des poésies faites pour être chantées, et par conséquent fort courtes. On en a ramassé plusieurs , entre lesquelles il s'en trouve de si anciennes, qu'à peine peuvent-elles être entendues , et elles ont quelquefois servi à éclaircir l'histoire d'Espagne , et à remettre les événemens dans l'ordre de la chronologie. Leurs romans sont beaucoup plus nouveaux, et les plus vieux sont postérieurs à nos Tristans et à nos Lancelots, de quelques centaines d'années. Miguel de Cervantes, un des plus beaux esprits que l'Espagne ait produits, en a fait une fine et judicieuse critique dans son Dom Quichotte; et à peine le curé de la jManche et maitre Nicolas le Barbier en trouvent-ils dans ce grand nombre six qui méritent d'être conservés : le reste est Livré au bras séculier de La servante, pour être mis au feu. Ceux qu'ils jugent dignes d'être gardés, sont les quatre livres d'Amadisde Gaule, (ju'ils disent être le premier roman de chevalerie qu'on ait imprimé en Espagne , le modèle et le meilleur de tous les autres; Palmerin d'Angleterre , que l'on croit avoir été composé par un roi de Portugal, et qu'ils trouvent digne d'être mis dans un cofTret semblable à celui de Darius, où Alexandre enferma les œuvres d'Ho-

racrc; Dom Kelianis, le Miroir de chevalerie; Tirante-lc-Blanc ; et Kyrie-eleyson de Montaubaii (car au bon vieux temps on croyait que Kyrie-elevson et Paralipomenon étaient les noms de quelques saints), où les Subtilités de damoiselle Plaisir-de-ma-vie , et les Tromperies de la veuve reposée sont fort louées. INIais tout cela est récent , en comparaison de nos vieux romans, qui vraisemblablement en furent les modèles, comme la conformité des ouvrages et le voisinage des nations le persuadent. 11 fait aussi la censure des romans en vers, et des autres poésies qui se trouvent dans la bibliothèque de Don Quichotte : mais cela est hors de notre sujet.

Si Ton m'objecte que , comme nous avons pris des Arabes l'art de rimer, il est croyable aussi que nous avons pris d'eux l'art de romaniser, puisque la plupart de nos vieux romans étaient en rimes , et que la coutume qu'avaient les seigneurs français de donner leurs habits aux meilleurs trouverres, et que Marmol dit avoir été pratiquée par les rois de Fez, donne encore lieu à ce soupçon. J'avouerai qu'il n'est pas impossible que les Français, en prenant la rime des Arabes, aient pris d'eux aussi l'usage de l'appliquer aux romans. J'avouerai même que l'amour (juc nous avions déjà pour

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les fables a pu s'augmenter et se fortifier par leur exemple, et que notre art romanesque s'enrichit peut-être par le commerce que le voisinage de l'Espagne et les guerres nous donnèrent avec eux ; mais non pas que nous leur devions cette inclination , puisqu'elle nous possédait longtemps avant qu'elle se soit fait remarquer en Espagne. Je ne puis croire non plus que nos princes aient pris des rois arabes la coutume de se dépouiller en faveur des trouverres; je crois plutôt que les uns et les autres , touchés de l'excellence des ouvrages qu'ils entendaient réciter, cherchaient avec empressement à satisfaire sur l'heure leur libéralité, et que, ne trouvant rien de plus présent que leurs habits, ils s'en servaient au besoin , comme nous lisons que quelques saints s'en sont servis envers des pauvres , et que , ce qui arrivait souvent en France par hasard, se faisait tous les ans à Fez, par une coutume, qui vraisemblablement y fut aussi d'abord introduite par le hasard.

Il est assez croyable que les Italiens furent portés à la composition des romans par l'exemple des Provençaux , lorsque les papes tinrent leur siège à Avignon, et même par l'exemple des autres Français, lorsque les Normands, et ensuite Charles, comte d'Anjou, frère de saint Louis, prince vertueux, amateur do la poésie, el poêle

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lui-même, firent la guerre en Ualie : car nos jNormancIs se mêlaient aussi de la science gaie , et l'histoire rapporte qu'ils chantèrent les laits de Roland , avant que de donner cette mémorable bataille qui acquit la couronne d'Angleterre a GuiIlaume-le-J>àtard. Toute l'Europe était en ce temps -là couverte des ténèbres d'une épaisse ignorance, mais la France, l'Angleterre et l'Allemagne moins que l'Italie, qui ne produisit alors qu'un petit nombre d'écrivains, et presque point de faiseurs de romans. Ceux de ce pays qui voulaient se faire distinguer par quelque teinture de savoir, la venaient prendre dans l'université de Paris, qui était la mère des sciences et la nourrice des savans de l'Europe. Saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure, le poète Dante, et Bocace y vinrent étudier; et le président Fauchet montre que le dernier a pris la plupart de ses Nouvelles des romans français, et que Pétrarque et les autres poètes italiens avaient pillé les plus beaux traits des chansons de Thibauld , roi de Navare, de Gaces Brussez , du châtelain de Coucy, et des vieux romanciers français. Ce fut donc, selon mon avis, dans ce mélange des deux nations , que les Italiens apprirent de nous la science des romans, qu'ils reconnaissent nous devoir , aussi-bien que la science des rimes.

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Ainsi l'Espagne et l'Italie reçurent de nous un art qui était le fruit de notre ignorance et de notre grossièreté , et qui avait été le fruit de la politesse des Perses , des Ioniens , et des Grecs. En effet, comme, dans la nécessité, pour conserver notre vie , nous nourrissons nos corps d'herbes et de racines, lorsque le pain nous manque; de même, lorsque la connaissance de la vérité, qui est la nourriture propre et naturelle de l'esprit humain, vient à nous manquer, nous le nourrissons du mensonge, qui est l'imitation de la vérité : et comme, dans l'abondance, pour satisfaire à notre plaisir, nous quittons souvent le pain et les viandes ordinaires, et nous cherchons des ragoûts; de même, lorsque nos esprits connaissent la vérité , ils en quittent souvent l'étude et la spéculation , pour se divertir dans l'image de la vérité, qui est le mensonge; car l'image et l'imitation, selon Aristote, sont souvent plus agréables que la vérité même. De sorte que deux chemins tout-à-fait opposés , qui sont l'ignorance et l'érudition, la rudesse et la politesse, mènent souvent les hommes à une même fm , qui est l'élude des fictions , des fables et des romans : de là vient que les nations les plus barbares aiment les inventions romanesques, comme les aiment les plus polies. Les origines de tous les sauvages de l'Amérique , et

particuliôrcment celles du Pérou , ne contiennent que (les fables, non plus que les orif^ines des Gotlis, qu'ils écrivaient autrefois en leurs anciens caractères runiques, sur de grandes pierres , dont j'ai vu quelques restes en Danemarck; et s'il nous était resté quelque chose de ces ouvrages que composaient les Bardes, parmi les anciens Gaulois, pour éterniser la mémoire de leur nation , je ne doute pas que nous ne les trouvassions enrichis de beaucoup de fictions.

Cette inclination aux fables, qui est commune à tous les hommes, ne leur vient pas par raisonnement, par imitation, ou par coutume; elle leur est naturelle, et a son amorce dans la disposition même de leur esprit et de leur àme ; car le désir d'apprendre et de savoir est particulier à l'homme, et ne le distingue pas moins des autres animaux que sa raison. On trouve même en quelques animaux des étincelles d'une raison imparfaite et ébauchée; mais l'envie de connaître ne se remarque que dans l'homme. Cela vient, selon mon sens , de ce que les facultés de notre àme étant d'une trop grande étendue et d'une capacité trop vaste pour être remplie par les objets présens , l'àme cherche dans le passé et dans l'avenir, dans la vérité et le mensonge , dans les espaces imaginaires et dans l'impossible même, de quoi les occuper et les exercer. Les bê-

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tes trouvent dans les objets qui se présentent îi leurs sens de quoi remplir les puissances de leur âme, et ne vont guère au delà; de sorte que l'on ne voit point en elles cette avidité inquiète , qui agite incessamment l'esprit de l'homme, et le porte à la recherche de nouvelles connaissances, pour proportionner, s'il se peut, l'objet à la puissance , et y trouver un plaisir semblable à celui qu'on trouve à apaiser une faim violente, ou à se désaltérer après une longue soif. C'est ce que Platon a voulu exprimer par la fable du mariage de Portus et de Pénie, c'est-à-dire, des Richesses et de la Pauvreté, d'où il dit que naquit le Plaisir. L'objet est marqué par les richesses, qui ne sont richesses que dans l'usage, et autrement demeurent infructueuses et ne font point naître le plaisir. La puissance est exprimée par la pauvreté, qui est stérile, et toujours accompagnée d'inquiétude, tant qu'elle est séparée des richesses; mais quand elle s'y joint, le plaisir nait de cette union. Cela se rencontre justement dans notre âme : la pauvreté , c'est-à-dire l'ignorance, lui est naturelle, et elle soupire incessamment après la science, qui est sa richesse; et quand elle la possède, cette jouissance est suivie de plaisir. Mais ce plaisir n'est pas toujours égal : il lui coûte quelquefois du travail et des peines, comme quand elle s'applique aux spécu-

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lalions clifliciles et aux sciences cacliécs, dont la matière n'est pas présente à nos sens, et où l'imagination, qui agit avec facilité, a moins de part que l'entendement, dont les opérations sont plus laborieuses : et parce que naturellement le travail nous rebute, l'àme ne se porte à ces connaissances épineuses que dans la vue du fruit , ou dans l'espérance d'un plaisir éloigné, ou par nécessité. Mais les connaissances qui l'attirent et la flattent davantage, sont celles qu'elle acquiert sans peine, et où l'imagination agit presque seule , et sur des matières semblables à celles qui tombent d'ordinaire sous nos sens, et particulièrement si ces connaissances excitent nos passions, qui sont les grands mobiles de toutes les actions de notre vie. C'est ce que font les romans : il ne faut point de contention d'esprit pour les comprendre; il n'y a pointde grands raisonnemens à faire ; il ne faut point se fatiguer la mémoire; il ne faut qu'imaginer. Ils n'émeuvent nos passions que pour les apaiser; ils n'excitent notre crainte ou notre compassion , que pour nous faire voir hors du péril ou de la misère ceux pour qui nous craignons, ou que nous plaignons; ils ne touchent notre tendresse que pour nous faire voir heureux ceux que nous aimons ; ils ne nous donnent de la haine que pour nous faire voir misérables ceux que nous haïssons;

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enfin, toutes nos passions s'y trouvent agréablement excitées et calmées. C'est pourquoi ceux qui agissent plus par passion que par raison , et qui travaillent plus de l'imagination que de l'entendement, y sont les plus sensibles, quoique les derniers le soient aussi , mais d'une autre sorte. Ils sont touchés des beautés de l'art et de ce qui part de l'entendement; mais les premiers, tels que sont les enfans et les simples, le sont seulement de ce qui frappe leur imagination et agite leurs passions ; et ils aiment les fictions en elles-mêmes, sans aller plus loin. Or, les fictions n'étant que des narrations vraies en apparence, et fausses en effet, les esprits des simples , qui ne voient que l'écorce , se contentent de cette apparence de vérité, et s'y plaisent; mais ceux qui pénètrent plus avant et vont au solide, se dégoûtent aisément de cette fausseté; de sorte que les premiers aiment la fausseté , à cause de la vérité apparente qui la cache, et les derniers se rebutent de cette image de vérité, à cause de la fausseté effective qu'elle cache, si cette fausseté n'est d'ailleurs ingénieuse, mystérieuse et instructive, et ne se soutient par l'excellence de l'invention et de l'art ; et saint Augustin dit en quelque endroit que ces faussetés , qui sont significatives et enveloppent un sens caché, ne sont pas des mensonges, mais des fi-

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gures de la vc-iité, dont les plus sages et les plus saints personnages , et notre Seigneur même , se sont servis.

Puisqu'il est donc vrai que l'ignorance et la grossièreté sont les e,randes sources de mensonge , et que ce dëhordement de barbares , qui sortit du septentrion , inonda toute 1 Europe, et la plongea dans une si parfaite ignorance, qu'elle n'en est sortie que depuis environ deux siècles, n'est-il pas bien vraisemblable que cette ignorance produisit dans l'Europe le même effet qu'elle a toujours produit partout ailleurs , et n'est-ce pas en vain que l'on cherche dans le hasard ce que nous trouvons dans la nature? 11 n'y a donc pas lieu de contester que les romans français , allemands , anglais , et toutes les fables du nord , sont du cru du pays , nées sur les lieux , et n'y ont point été apportées d'ailleurs; qu'elles n'ont point d'autre origine que les histoires remplies de faussetés qui furent faites dans les temps obscurs, pleins d'ignorance , où l'industrie et la curiosité manquaient pour découvrir la vérité des choses, et l'art pour les écrire; que ces histoires, mêlées du vrai et du faux , ayant été bien reçues par des peuples demi-barbares , les historiens eurent la hardiesse d'en faire de purement supposées , qui sont les romans. C'est même

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une o})inion reçue, que le nom de roman se donnait autrefois aux histoires, et qu'il s'appli- ([ua depuis aux fictions; ce qui est un témoignage invincible que les unes sont venues des autres. Romanzi , dit le Pigna, secundo la connnune opinione , in Jrancese detti erano fiji annali : e pcrcib le guerre di parte i/i parte notate sotto questo nome uscirono. Poscia alcuni dalla verita partendosi y quantunque Javole^giassero , cosi apunto chiamarono glî scritti loro... '. Strabon , dans un passage que j'ai déjà allégué , dit que les histoires des Perses , des Médes et des Syriens , n'ont pas mérité beaucoup de créance , parce que ceux qui les ont écrites, voyant que les conteurs de fables étaient en réputation , crurent s'y mettre aussi en écrivant des fables en forme d'histoires , c'est-à-dire , des romans. D'où l'on peut conclure que les romans, selon toutes les apparences, ont eu parmi nous la même origine qu'ils ont eue autrefois parmi ces peuples.

' « Selon l'ojjiiiion conimuuc, les annales s'appelaient » en fi'ançais lîomans. Aussi les relations des difFéientes » guerres parurent sous ce nom. Par la suite, quelques il écrivains , s'écartant de la vérité et donnant dans la fic- » tion, appelèrent éf^alement leurs ouvi-ages du nom de » Romans. »

DES KOMA.NS. 67

Mais, pour revenii' aux troubadours ou trouverres de Provence, qui furent, en France, lus princes de la romancerie , dès la fin du dixième siècle , leur métier plut à tant de gens, que toutes les provinces de France, comme je l'ai dit , eurent aussi leurs trouverres. Elles produisirent , dans le onzième siècle et dans les suivans, une multitude non pareille de romans en prose et en vers, dont plusieurs, malgré l'envie du temps, se sont conservés jusqu'à nous. De ce nombre étaient les romans de Garinle Lolieran, de Tristan, de Lancelot du Lac, de Bertain, de Saint-Gréal, de Merlin , d'Artus , de Perceval , de Perceforest , et de la plupart de ces cent vingt-sept poètes qui ont vécu devant l'an i5oo, dont le président Faucliet a fait la censure. Je n'entreprendrai pas de vous en faire la liste, ni d'examiner si les Amadis de Gaule sont originaires d Espagne , de Flandre ou de France ; et si le roman de Tiel Ulespiègle est une traduction de l'allemand ; ni en quelle langue a premièrement été écrit le roman des sept sages de Rome ou de Dolopatlios , qu'on dit qui a été pris des paraboles de Sandaber , Indien, qu'on dit même qui se trouve en grec dans quelques bibliothèques, qui a fourni la matière du livre italien intitulé Erastiis, et

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de plusieurs des Nouvelles de Bocace, comme le même Fauchct l'a remarqué, qui fut écrit en latin par Jean , moine de Tabbaye de Hauteselve , dont on voit de vieux exemplaires, et traduit en français par le Clerc ilébert vers la fin du douzième siècle, et en allemand , depuis près de trois cents ans , et d'allemand en latin, depuis cent ans, par un savant bomme , qui ignorait que cet allemand venait du latin , et qui en cbangea les noms. Il me suffira de vous dire que tous ces ouvrages, auxquels l'ignorance avait donné la naissance, portaient des marques de leur origine, et n'étaient qu'un amas de fictions grossièrement entassées les unes sur les autres , et bien éloignées de ce souverain degré d'art et d'élégance où notre nation a depuis porté les ^romans. Il est vrai qu'il y a sujet de s'étonner qu'ayant cédé aux autres le prix de la poésie épique et de Tbistoire , nous ayons emporté celui-ci avec tant de hauteur, que leurs plus beaux romans n'égalent pas les moindres des nôtres. Je crois que nous devons cet avantage à la politesse de notre galanterie , qui vient, à mon avis, de la grande liberté dans laquelle les hommes vivent en France avec les femmes. Elles sont presque recluses en Italie et en Espagne, et sont séparées des

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hommes par tant d'obstacles qu'on les voit peu, et qu'on no leur parle presque jamais: de sorte que l'on a négligé l'art de les cajoler agréablement , parce que les occasions en étaient rares; l'on s'applique seulement à surmonter les diflicultés de les aborder; et cela fait, on profite du temps , sans s'amuser aux formes ,mais, en France, les dames vivant sur leur bonne foi , et n'ayant point d'autres défenses que leur propre cœur, elles s'en sont fait un rempart plus fort et plus sûr que toutes les clefs , que toutes les grilles et que toute la vigilance des duèprnes. Les hommes ont donc élé obligés d'assiéger ce rempart par les formes, et ont employé tant de soin et d'adresse pour le réduire , qu'ils s'en sont fait un art presque inconnu aux autres peuples. C'est cet art qui distingue les romans franeais des autres romans , et qui en a rendu la lecture si délicieuse , qu'elle a fait négliger des lectures plus utiles. Les dames ont été les premières prises à cet appât ; elles ont fait toute leur étude des romans , et ont tellement méprisé celle de l'ancienne fable et de l'histoire, qu'elles n'ont plus entendu des ouvrages qui tiraient de là autrefois leur plus grand ornement. Pour ne rougir plus de cette ignorance , dont elles avaient si souvent occasion da

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