‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littérairesChapitre 23 sur 37 · J1 D E 1. O II I G I >' E · texte numérisé non relu

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honnête et sainte ; ce qui est si vrai , que l'expérience fait voir que celles qui connaissent moins l'amour en sont plus susceptibles, et que les plus ignorantes sont les plus dupes. Ajoutez à cela que rien ne dérouille tant l'esprit, ne sert tant à le façonner et le rendre propre au monde, que la lecture des bons romans. Ce sont des précepteurs muets, qui succèdent à ceux du collège, et qui apprennent à parler et à vivre d'une méthode bien plus instructive et bien plus persuasive que la leur, et de qui on peut dire ce qu'Horace disait de 1 Iliade d'Homère, qu'elle enseigne la morale plus fortement et mieux que les philosophes les plus habiles.

M. d'Urfé fut le premier qui les tira de la barbarie et les remit dans les règles en son incomparable Astrée, l'ouvrage le plus ingénieux et le plus poli qui eût jamais paru en ce genre, et qui a terni la gloire que la Grèce, l'ïfalie et l'Espagne s'y étaient acquise. Il n'ôta pourtant pas le courage à ceux qui vinrent après lui d'entreprendre ce qu'il avait entrepris , et n'occupa pas si fort l'admiration pr.ljlique , qu'il n'en restât encore pour tant de beaux romans qui parurent en France après le sien. L'on n'y vit pas sans élonnemcnt ceux (ju'une fdie , autant illustre par sa modestie que par son mérite , fivait mis au jour sous \\\\ nom emprunté, se

privant si généreusement de la gloire qui lui était due, et ne chercliant sa récompense que dans sa vertu ; comme si , lorsqu'elle travaillait ainsi à la Moire de notre nation , elle eût voulu épargner cette honte à notre sexe. Mais enfin le temps lui a rendu la justice qu'elle s'était refusée , et nous a appris que l'illustre Bassa, le grand Cyrus , et Clélie , sont les ouvrages de mademoiselle de Scudéry , afin que désormais l'artde faire les romans, qui pouvait sedéfendre contre les censeurs scrupuleux, non-seulement par les louanges que lui donne le patriarche Photius , mais encore par les grands exemples de ceux qui s'y sont appliqués , put aussi se justifier par le sien, et qu'après avoir été cultivé par des philosophes , comme Apulée et Athénagoras, par des préteurs romains, comme Sisenna, par des consuls, comme Pétrone, par des prétendans à l'empire , comme Clodius Albinus, par des prêtres , comme Théodorus Prodromus, par des évèques , comme Iléliodore et Achillès-Tatius , par des papes, comme Pie II, qui avait écrit les amours d'Euriale et de Lucrèce, et par des saints, comme Jean Damascène, il eût encore l'avantage d'avoir été exercé par une sage et vertueuse fille. Pour vous , monsieur , j)uisqu'il est vrai , comme je l'ai montré, et coninie Plutarque l'assure, qu'un

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des plus grands charmes de Tesprit humain, c'est le tissu d'une fable bien inventée et bien racontée , quel succès ne devez-vous pas espérer de Zayde, dont les aventures sont si nouvelles et si touchantes , et dont la narration est si juste et si polie. Je souhaiterais , pour l'intérêt que je prends à la gloire du grand roi que le ciel a mis sur nos têtes , que nous eussions l'histoire de son règne merveilleux écrite d'un style aussi noble, et avec autant d'exactitude et de discernement. La vertu qui conduit ses belles actions est si héroïque , et la fortune qui les accompagne est si surprenante , que la postérité douterait si ce serait une histoire ou un roman.

Honor pulcherrima mcrces ipsc sibi.

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