‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littérairesChapitre 29 sur 37 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

luORSQi E Consalve se trouTa dans le palais de Léon, la vue d'un lieu où il avait été si heureux lui redonna les idées de sa fortune , et renouvela sa haine pour dom Gareie. La douleur d'avoir perdu Zayde céda pour quelques momens aux sentimens impétueux de la colère, et il ne fut occupé que du désir de faire connaître à ce prince qu'il méprisait tous les mauvais traitemens qu'il pouvait recevoir de lui.

Comme il était dans ces pensées, il vit entrer Hermencsilde suivie seulement du prince de Léon. La vue de ces deux personnes ensemble, dans un lieu si particulier et au milieu de la nuit, lui causa une telle surprise, qu'il lui fut impossible de la cacher. Il recula quelques pas , et son étonnement fit si bien voir sur son visage toutes les pensées qui se présentaient en foule à son imafjination , que dom Gareie, prenant la parole :

2/fi Z A Y D E ,

Ne me trompc-je point, mon cher Consalvc? lui dit-il; ne sanriez-vous point encore les cliangemens qui sont arrivés dans cette cour , et douteriez-voiis que je ne fusse légitime possesseur de îlermenesilde? Je le suis, ajouta-t-il , et il ne manque rien à mon bonheur, sinon que vous V consentiez , et que vous en soyez le témoin. Il l'embrassa en disant ces paroles; îlermenesilde fit la même chose, et Fun et l'autre le prièrent de leur pardonner les malheurs qu'ils lui avaient causés. C'est à moi, seigneur, dit Consalvc en se jetant aux pieds du prince, c'est à moi à vous demander pardon d'avoir laissé paraître des soupçons dont j'avoue que je n'ai pu me défendre; mais j'espère que vous accorderez ce pardon au premier mouvement d'une surprise si extraordinaire, et au peu d'apparence que je voyais «à la grâce que vous avez faite à ma sœur. Vous pouviez tout espérer de sa beauté et de mon amour, répliqua dom Garcie , et je vous conjure d'oublier ce qu'elle a fait, sans votre aveu, pour un prince dont elle connaissait les sentimens. Le su-ccès , seigneur, a si bien justiHé sa conduite, répondit Consalvc, que c'est à elle à se plaindre de l'oljstacle que je voulais apporter à son bonheur.

Après ces paroles, dom Garcie dit à îlermenesilde qu'il était déjà si tard , qu'elle serait

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peut-être bien aise de se retirer, et qu'il serait bien aise aussi de demeurer etieorc (juelques moniens avee Consalve.

Lorsqu'ils furent seuls , il l'embrassa avec beaucoup de témoignages d'amitié. Je n'oserais espérer, lui dit-il, que vous oubliiez les cîioses passées; je vous eonjure seulement de vous souvenir de l'amitié qui a été entre nous, et de penser que je n'ai manqué à celle que je vous devais , que par une passion qui ôte la l'aison à ceux qui en sont possédés. Je suis si surpris , seigneur, repartit Consalve, que je ne puis vous répondre; je doute de ce que je vois, et je ne j)uis croire que je sois assez heureux pour re~. trouvei' en vous cette même bonté que j'y ai vuo. autrefois. Mais, seigneur, permettez-moi de vous demander à qui je dois cet heureux retour. Vous me demandez bien des choses, répondit le prince; et, bien que j'eusse besoin d'un plus long temps pour vous les apprendre, je vous les dirai en peu de paroles, et je ne veux pas retarder d'un moment ce qui peut servir à me justiiier auprès de vous.

Alors il voulut lui raconter le commencement de sa passion pour lîermenesilde, et la part qu'y avait eue dom Rainire; mais, pour lui en épargner la peine, Consalve lui dit (|u ii avait appris tout ce qui s'élai? passé jusqu'au joirr

qu'il était parti de Léon , et qu'il ne lui restait à savoir que ce qui était arrivé depuis son départ.

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