‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littérairesChapitre 4 sur 37 · IV NOTICE · texte numérisé non relu

IV NOTICE

désignait, chez les Romains, la déesse des voleurs. Cette rencontre malheureuse lui valut une ëpigramme supérieure à ses madrigaux. Pour bien l'entendre, il faut se rappeler ces vers que Trissotin adresse à Vadius :

it Va , va restituer tous les nombreux larcins )» Que réclament sur toi les Gx'ecs et les Latins !

« Lesbia miUn tibl est , nul/a tibi tlicla Corinna , » Carminé laudntur Cintliia iiulla tuo ;

)) Sed, ciini dociorum cnmpUcs scrinin vatiirn , » Nil mirum si sit cidta Lnverna tibi. »

Cette épigrainme a ëtë traduite en vers faibles, mais où le trait est assez bien conserve.

« Est-ce Corinne , est-ce Lesbie, M Est-ce Pliilis , est-ce Cintbie , » Dont le nom est par toi cbanté ?

M Tu ne la nommes pas , écrivain plagiaire , " Sur le Parnasse vrai corsaire , » Laverne est ta divinité. »

<( Madame de La Fayette savait le latin , dit Segrais ; mais elle n'en faisait rien paraître^ c'était afin de ne pas attirer sur elle la jalousie des autres dames. )> C'était sans doute aussi pour ménager l'amour-propre

NOTICF. V

des hommes qui , en g(;neral , pardonnent difiicilement une supériorité d'instruction clans les femmes. La prudence de madame de La Fayette doit servir de modèle aux personnes de son sexe, dont l'esprit est enrichi de connaissances d'un ordre élevé. Ce sont des trésors qu'elles doivent garder pour elles-mêmes*, c'est le seul cas où l'avarice ne soit pas un défaut. Le temps viendra peut-être où des idées plus saines régneront dans la société , où les femmes pourront franchir impunément le cercle des occupations frivoles et renouveler l'antique alliance de Minerve avec les Grâces. Jusqu'à cette époque , celles qui peuvent lire dans la langue originale une ode d'Anacréon ou une élégie de Properce doivent cacher ces jouissances avec autant de pudeur que madame de La Fayette.

Mademoiselle de La Vergue était âgée de vingt-deux ans lorsqu'elle épousa en i655 , François, comte de La Fayette, frère de mademoiselle de La Fayette , (ille d'honneur d'Anne d'Autriche. Mademoiselle de La Fayette avait inspiré à Louis Xlll les scn-

VJ IVOTICE.

timens les plus tendves qu'il fut susceptible d'éprouver. Le P. Caussin, confesseur du roi, qui redoutait peu ses emporteniens amoureux, approuvait et dirigeait cette innocente passion dont il voulut se servir pour supplanter le cardinal de Piiclielieu. Celui-ci, encore plus rusé que le jésuite, s'aperçut aisément de ses manœuvres , exigea son renvoi , et sépara le roi de sa maîtresse. Mademoiselle de La Fayette prit le voile dans un couvent de Cliaillot. Son mérite et ses vertus lui acquirent une considération qui rejaillit sur sa famille.

Ce fut donc avec tous les avantages de la naissance , des grâces extérieures et de l'esprit, que madame de La Fayette entra dans la société. Cette société différait beaucoup de celle que nous voyons aujourd'hui ; les rangs n'étaient pas confondus ; on aimait les richesses, non comme but d'ambition , mais comme moyen de jouissance. L'humble bourgeoisie connaissait bien sa position; les anoblissemens ne faisaient que des plébéiens privilégiés et non des gentilshommes : le haut clergé lui-même appar-

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tenait à la noblesse de race , et quelques rares exceptions ne font que constater la règle. Ainsi; une séparation complète existait entre le corps de la nation et Faristocratie. Rien alors de plus ridicule qu'un citadin affectant des airs nobles; c'est ce qui lit la fortune du Bourgeois Gentil^ homme ; ce n'est qu'à la lin du dernier siècle qu'on eût pu trouver le modèle du gentilhomme bourgeois.

Molière, en i655 , n'avait pas encore compose ses Précieuses Ridicules y et ce qu'on nommait le bel-esprit avait envahi la société ; il semblait qu'on voulût opposer une langue privilégiée à une langue roturière. La conversation perdit l'aisance qui en fait le charme ; il ne fut plus permis d'exprimer simplement sa pensée ; il fallut chercher des tournures nouvelles et d'ambitieuses périphrases. Les senlimens les plus naturels tombèrent dans l'exagération du langage , et la littérature même fut attaquée de cette épidémie. Les écrivains , voyant que la galanterie était à la mode , voulurent faire les galans eu prose

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et en vers ; de là celle inondalion de ballades , de madrigaux el de sonnels qui occupaient la cour; la ville n'avait pas encore d'opinion; on cabalait contre un sonnet comme on avait cabale contre le cardinal Mazarin. De là encore ces romans interminables, dont les personnages sont toujours prêts à disserter sur la métaphysique de l'amour, et où tout est de convention , les mœurs , les caractères et les sentimens. Comment expliquer aujourd'hui la vogue d'ouvrages tels que V Illustre Bas sa , Clélie , Pharainondet Cléopâtr e ?Citersi-t-oii les vingt éditions du Renégat et du Solitaire ; mais ces romans sont des chefsd'œuvre de raison et de goût , si on les compare à ceux de Scudëry et de La Calprenède. D'ailleurs le Solitaire et le Renégat n'amusent ou n'intéressent qu'une classe inférieure de lecteurs, tandis que les grands coups d'épée de Pharamond et d'Artaban plaisaient à madame de Sévigne'. 11 faut qu'il y ait quelque chose de séduisant même dans les extravagances de l'imagination.

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