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mes et celui des portraits; mais elle ne puisa ses maximes que clans l'ëtude du cœur humain , et ses portraits furent toujours dessines d'après nature : on peut en juger par celui de madame de Sëvigné , son amie , dont les traits et le coloris sont également frappans de vérité.
Quelques années après le mariage de madame de La Fayette , lorsque l'hôtel Rambouillet était dans toute sa splendeur, et que les beaux-esprits de la Place Royale avaient acquis la plus haute renommée , Molière traduisit sur la scène ce langage bizarre connu sous le nom de jargon de ruelles et livra les précieux et les précieuses à la risée publique. Le châtiment était sévère , mais il était mérité. Le succès que Molière obtint à la cour décida la révolution ; les puissances de l'hôtel Rambouillet et du Marais perdirent leur crédit -, le mauvais goût fut détrôné ; on revint de toutes parts à la raison et à la vérité. Nous verrons bientôt quel caractère la situation morale de la société imprima à la littérature.
Madame de La Fayette devint célèbre
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comme madame de Sévigne, sans aspirer à la célébrité. Ses deux principaux ouvrages, ceux qui fout le plus d'honneur à son esprit et à son talent, parurent sous le nom du poëte Segrais. Cette indifférence pour la renommée littéraire peut nous étonner aujourd'hui, mais elle était conforme aux mœurs du temps oii vivait madame de La Fayette. On trouvait encore quelque chose de servile dans la profession des lettres. Ce préjugé, que le cardinal de Richelieu avait voulu détruire par la création de l'Académie française, s'était affaibli ; mais il n'était pas éteint , surtout à legard des femmes distinguées par le rang et la naissance. On leur permettait d'aimer les beaux-arts , de protéger ceux qui les cultivaient , de juger les ouvrages nouveaux ^ on leur permettait même la composition , mais comme une espèce de bonne fortune dont la confidence devait être dérobée au public ; les titres de femme auteur et de femme de qualité paraissaient incompatibles. Les La Suze, les Deshoulières , les Scudéry perdaient en considération dans le
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monde ce qu'elles gagnaient par leurs écrits en célébrité.
La société, en prenant cette expression dans le sens le plus étendu , n'exerçait aucune influence sur les lettres et les arts. C'était la partie la plus élevée et la moins nombreuse de la nation ; c'était la cour de Louis XIV, à son époque brillante , dont la littérature représentait le goût, les mœurs et les opinions. Ce goût tendait au perfectionnement; ces mœurs, sans être pures, conservaient de la dignité; ces opinions étaient contenues dans des bornes étroites par l'autorité religieuse ; on raisonnait sur la religion et non contre la religion. Sous un gouvernement devenu absolu , sans être encore précisément tyrannique ', l'ordre, la règle, le respect des bienséances, servaient de barrière aux mouvemens excentriques des passions et à l'impétuosité des
' La révocation de ledit de Nantes fut une des calamités de la vieillesse de Louis XIV ; il fallut le tromper et faire intervenir la religion pour obtenir de sa caducité cet acte solennel de lyiannic.
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imaginations exaltées. De cette contrainte générale devait naître Thypocrisie ; les tartuffes naissent en foule sur les sociétés , régulières en apparence , et où il n'y a de réalité que la corruption.
La littérature reçut, comme la haute société, l'empreinte de l'ordre et le joug de la règle ; et ce qu'on nous présente comme l'imitation de l'antiquité ne fut que le résultat nécessaire des circonstances. Les classes élevées, sortant d'une longue et pénible agitation^ cherchaient le repos dans la soumission aux lois établies ; la littérature , emportée depuis la trivialité la plus vulgaire jusques aux dernières limites de l'extravagance , demandait aussi des lois à la raison et au goût. Le génie qui les dicta en reconnut lui-même l'empire , et la France vit briller ses plus beaux jours de gloire littéraire. Les grands écrivains de cette époque sont ceux qui indiquèrent au talent la route qu'il devait suivre , moins par leurs préceptes que par leur exemple. Ce n'est pas Fimitation des anciens qu'ils demandaient , mais l'étude de leurs ouvra-