XIV NOTICE
ges. En proscrivant la licence , ils garantissaient la liberté^ ils savaient qu'il n'y a point de chef-d'œuvre, dans quelque art que ce soit , sans ordre et sans proportions. Que ces doctrines soient empruntées à l'antiquitë, qu'importe, pourvu qu'elles soient conformes à la raison de tous les temps. Faut-il re*^udier les lois de la m^orale , parce qu'elles « été trouvées dans le berceau des nations ?
Les fictions romanesques , qui sont regardées , peut-être à tort , comme un genre secondaire en littérature , n'avaient encore produit que de fausses imitations des mœurs, que des caractères sans type rëel, que des peintures infidèles des passions. On avait pris la vaine pompe des mots pour la noblesse de l'expression , la subtilité pour la finesse , et l'exagération pour la vérité. « Avant madame de La Fayette, )> dit Voltaire , on écrivait d'un style am- )) poule des choses peu vraisemblables. Sa » Princesse de Clh>es et sa Zayde furent » les premiers romans où l'on vit les » mœurs des honnêtes gens , et des aven-
NOTICK. XV
.) tures naturelles décrites avec grâce. » Cet ëloge est parfait dans sa simplicité. Nous devons à madame de La Fayette la réformation d'un genre dont les productions sont une partie de nos richesses littéraires. 11 faut plus que du talent pour arriver, sans modèles, à cette exactitude d'observation , à cette connaissance intime du cœur, à cette félicité d'expression qui classent les ouvrages de ce genre dans les littératures modernes , et leur assurent une longue durée. Sous ce point de vue , madame de La Fayette n'a peut-être point été suffisamment appréciée. C'est là ce qui la met hors de ligne parmi les femmes qui se sont exercées dans le même genre , et qui ont obtenu , à leur tour, de légitimes succès ] elles ne sauraient prétendre à la gloire de l'invention.
L'apparition de Zayde fit un effet merveilleux dans le monde , c'est-à-dire dans la haute société. On ne ievi(?nt au naturel que par un effort de raison ; mais le premier exemple entraîne tout. Zayde était le tableau de la société , vue de son côté