AMÉLIE A M. GRANDSON
Da château de Grandson , 1 2 août , dix heures du soir.
Combienj'aurais voulu épargner à mon bienfaiteur , à mon ami , à mon second père, la douleur que je vais lui causer!... je ne le puis , le ciel sait que je ne le puis... Je pai-s, je vous laisse mon enfant... je suis sure que vous le protégerez... consolez-le, s'il se peut, du malheur de m'avoir eue pour mère ; apprenez à cette innocente créature à pardonner, même à celui qui cause ma mort. O mon oncle ! quand je m'arrache des bras de mon fils , quand je vous abandonne , quand je parais ingrate et dénaturée , croyez qu'une fatalité plus forte que moi m'entraîne.
Adieu, mon oncle! il sera peut-être
long cet adieu.... Ah! je vous en conjure, ne me haïssez pas.
P. S. N'instruisez point Albert de mon départ avant d'avoir eu de mes nouvelles ; promettez-le-moi , mon oncle , c'est la dernière grâce que j'implore; cette preuve d'amitié que vous me donnerez est du plus grand intérêt pour moi ; mais si dans un mois je ne vous ai point écrit, vous serez libre alors de révéler ma fuite à mon frère.
P. S. Mon frère prendra soin de mon fils , et lui apprendra à vous aimer comme sa mère vous aimait.