‹ Œuvres complètes de Mme. CottinChapitre 112 sur 188 · LETTRE LXXXV · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXV

MADAME DE WOLDEMAR A ADOLPHE

Woldemar, i4 août.

J'apprends que mon fils vous envoie in exprès , et j'en profite pour vous inforaer de mes résolutions, afin que vous a'aidiez dans mes projets.

Ernest se sera hâté , sans doute , de eus apprendre que j'avais cédé à ses ceux; je l'avoue, la terreur m'a poussée u-delà de toute mesure, et le sang de aon fils est toujours devant mes yeux : ï me repens d'autant moins d'avoir paru ouscrire à ses prières , que ma rigueur , a achevant d'égarer sa tête, l'aurait

reur quand il sera rendu a lui-même.

Je sais bien , Adolphe , que vous n'avez pas répondu , comme vous le deviez , aux ordres que je vous ai donnés relativement à votre conduite avec mon fils, et que je n'ai point trouvé en vous la soumission que vous deviez peut-être à mes bontés; mais j'ai lieu de croire pourtant que vous ne les oublierez pas au point d'encourager Ernest dans ses erreurs : s'il était possible que vous en fussiez capable, soyez assuré que cette main, qui ne s'étendait sur vous que pour vous combler de bienfaits , saurait vous atteindre pour punir votre ingratitude. Si, au contraire, vous n'employez votre influence sur votre ami que pour le rendre à ses devoirs , il n'est point de prix que je ne regarde au-dessous d'un pareil service, ni de récompense que vous ne deviez attendre de la reconnaissance d'une mère.

Voici ce que j'exige de vous : soit en écrivant à Ernest, ou en conversant avec lui, paraissez consterné de ma faiblesse ( et vous devriez l'être si vous aimiez sincèrement votre ami), dites-lui qu'il serait odieuxd'abuser d'un consentement donné dans un moment de terreur ; montrez-lui toujours ma tombe près de l'autel où il s'unirait a Amélie, et les torches funéraires lui servant de flambeau d'hyménée: peignez-lui mon dépérissement , la reconnaissance qu'il me doit , les remords qui l'accableront , le mépris

public qui le poursuivra; menacez-le de la perte de votre estime et de votre amitié", accablez de votre mépris la malheureuse qui le séduit, et qu'il a peut-être déjà déslionorée; enfin , attaquez à la fois son cœur, son imagination et son orgueil : rendez-moi mon fils, Adolphe, et vos droits à ma tendresse seront aussi puissants que les siens.

Jesais qu'Ernest s'étant servi de votre Boni pour tromper Amélie, c'est à vous qu'elle adresse ses lettres , et que vous >"ous êtes chargé de les rendre à mon fils ; je laisse à votre conscience le soin de "VOUS dire tout ce qu'un pareil ministère a de honteux : elle vous dira aussi , sans doute, que vous ne pouvez réparer cette faute qu'en ne remettant qu'à moi toutes les lettres qui vous arriveront désormais, me laissant le soin déjuger si je dois ou non les montrer à mon fils.

Ne croyez point, Adolphe, que les soupçons que je forme contre l'honneur d'Amélie soient le fruit d'une aveugle colère ; jje la connais bien ; je sais quel empire J'amour a sur son cœur; je ne sais que itrop aussi combien elle est aimable et séduisante : il est impossible que mort fils, impétueux comme il l'est, ait passé quatre mois auprès d'elle sans avoir tout obtenu de sa tendresse; et ce n'est pas dans la seule connaissancede leurs caractères que je puise cette conviction, mais dans l'extraordinaire résistance de mon fils : s'il ne se croyait pas lié à Amélie, la vue d'une mère expirante aurait vaincu sa passion : et comme je sais qu'il ne l'a point épousée, pourquoi se croirait-il ;lié, si elle ne s'était pas donnée?

Adolphe , dans notre dernière conversation , vous m'avez dit que , si Amélie avait été faible, vous la jugeriez plus indigne de la main de mon fils que je ne le fais moi-même : souvenez-vous de cela , pesez les motifs de mon opinion; tâchez de pénétrer la vérité en vous insinuant dans le cœur d'Ernest ; et si j'ai vu juste , et que vous soyez l'homme vertueux pour lequel vous vous donnez , vous saurez sans doute ce qui vous reste à faire.

AMÉLIE MANSFIELD

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