‹ Œuvres complètes de Mme. CottinChapitre 144 sur 188 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

En se séparant de Bérengère, Mathilde s'était retirée au Ibnd de son oratoire , et, sans songer à prier pour elle-même, ses lèvres ne s'ouvraient que pour demander au ciel de veiller sur les jours de la reine, lorsqu'Herminie , comtesse de Leicester , et la plus fidèle amie des princesses, inquiète de savoir sa souveraine livrée dans la solitude à toute l'amertume du désespoir, se hasarda à entrer dans l'oratoire où elle la croyait eaifermée; Mathilde l'entend , la reconnaît , lui fait signe de fermer la porte, et se découvre; Herminie jette un cri : « Paix, lui dit Mathilde, que rien ne transpire de ce grand secret , car , si j'étais reconnue aujourd'hui, un léger vaisseau pourrait être envoyé après celui de la reine, l'atteindre, et la ramener ici ; un tel malheur serait sans doute le dernier qu'aurait à souffrir ma déplorable soeur : comtesse de Leices\ ter, empêchez donc tous les regards de pénétrer jusqu'à moi ; dites que la reine est malade, on le croii-a facilement, et demain , si le prince revient à Damiette et demande à me voir , j'espère qu'il sera trop tard pour avoir à craindre pour la reine; et quant à moi, ô mon Dieu ! appuyée sur la force de votre bras invincible , mon âme s'élève au-dessus de toute crainte. » Elle avait raison,jamais la vertu ne paraît plus facile qu'au moment où on vient de lui faire un grand sacrifice , tant elle se hâte de donner ses récompenses, en remplissant d'une force nouvelle le coeur qui a eu la force de la préférer à tout. Cependant Mathilde réfléchit sur sa situation ; elle ne peut se dissimuler la violente impression que sa vue fera

MATHILDE

sur le prince. Pour en détourner l'effet , elle cherche à en prévoir les suites ; mais il y a dans cette pensée quelque chose de vague, de confus, d'inquiétant, dont sa pudeur se détourne, et sur quoi la prudence la ramène toujours. Jamais tant d'idées nouvelles ne se présentèrent à son esprit ; car maintenant, loin de les rejeter, elle les accueille et les exan)ine. Le temps n'est plus oij elle croyait devoir écarter tout ce qui pouvait éclairer son ignorance; puisqu'elle est entourée de dangers et qu'elle est seule pour s'en défendre, il faut bien qu'elle apprenne à les connaître. C'est dans cette longue suite de méditations et de rêveries qu'elle passe tout le jour et une partie de la nuit , tantôt rougissant de trop approfondir des mystères inconnus à l'innocence, tantôt s'effrayant de les comprendre trop peu pour savoir s'en garantir. Si quelquefois elle sent son ame se troubler à la vue des maux prêts àfondre sur elle, plus souvent encore elle attend d'un cœur résigné l'avenir que Dieu lui réserve. 11 y a tant d'espérances et de soumission au fond d'une conscience tranquille, que la princesse encore pure, même d'une pensée répréhensible , se sent comme dans Theureuse impossibilité de perdre jamais la paix et la confiance dont elle jouit.

Deux jours se sont écoulés depuis le ''départ de la reine , et le prince n'est point revenu encore; chacun est persuadé dans le palais que Alathilde vogue vers Ptolémaïs , et la joie habite dans le cœur d'Agnès ; mais cette joie devait être aussi fiigitive que l'avaient été les heures de son bonheur passé : déjà le troisième jour vient de commencer , le bruit des armes , les instruments de guerre se font entendre; c'est Malek Adhel qui entre dans Damiette avec les troupes qu'il ramène : ce héros ne veut pas perdre un jour , car il sent bien que c'est dans les moments où il s'abandonne au repos, que l'image de Mathilde reprend dans son cœur un empire contre lequel ses forces ne pourraient pas lutter longtemps : il ordonne que sa grande galère soit prête le lendemain pour remonter le fleuve jus-

qu'au Caire, et envoie demander à la rfeinè un instant d'audience.

Herminie se hâte d'aller prévenir la princessequeMalek Adhel marchesur ses pas; la princesse tressaille; dans le désordre de son esprit, elle oublie ce qu'elle avait projeté de dire, elle ue sait plus ce qu'elle doit faire: cet isolement où elle se trouve la frappe de terreur; il est si effrayant pour une jeune fille de regarder en vain autour d'elle sans trouver un ami qui lui prête un secours et lui donne un conseil ! Mathilde pense du moins à s'entourer de toutes les images que Dieu permet d'avoir de lui sur la terre ; elles seront sa force et son appui : rarimée par cette espérance , c'est dans son oratoire qu'elle va attendre le prince : elle couvre sa tête d'un voile épais , et , prosternée devant le prie-dieu de la reine, elle élève ses regards vers le divin Fiis de Marie. Étendu devant elle sur la croix de douleur, il semble lui dire qu'il n'y a point de vertu sans épreuves, de victoire sans combat , et qu'un vrai Chrétien doit supporter avec courage des souffrances toujours légères, en comparaison des grands opprobres et des horribles blasphèmes dont le monde a couvert celui qui n'y était venu que pour le sauver.

Pendant que Mathilde réussit à calmer ses frayeurs par ces actes pieux d'oraison intérieure, le prince arrive dans le palais, traverse le salon de jaspe et la chambre de la reine : tous ces lieux où il a vu Mathilde , et où il a été si heureux , maintenant qu'elle s'en est éloignée pour toujours , lui semblent vides d'espérance de bonheur, et muets comme les tombeaux.

Ces images d'un bien à jamais perdu affaiblissent le héros , et l'amour reprend possession d'un cœur dont il avait été banni avec tant de courage ; la comtesse de Leicester le conduit en silence vers l'oratoire : il n'y était point entré encore. « Où me menez-vous ? » demandet-il. Herminie, trop émue pour pouvoir parler, ne répond rien ; et le prince, trop agité luirmême pour s'apercevoir de l'émotion de la comtesse , ne pense pas à l'iiilerroger une seconde fois : il est à

la porte de l'oratoire; Herminie l'ouvre , nomme le prince; Mathilde, prosternée devant le prie-dieu et la tête couverte , fait signe qu'il peut entrer ; Malek Adhel paraît , la comtesse se retire , ferme la porte ; ils restent seuls. Le prince ne reconnaît point Mathilde vêtue des habits de la reine , et entièrement couverte d'un voile long et épais ; il s'assied à quelque distance, et dit : « Je vois avec plaisir, Madame, que votre piété vous a préservée du désespoir : vous devez croire qu'il m'en a beaucoup coiîté pour vous affliger ; mais votre peine. Madame, ne sera que passagère ; vous êtes sûre de revoir bientôt l'objet de votre tendresse; vous n'en êtes pas séparée pour toujours; votre douleur, à vous , ne sera pas éternelle. » En achevant ces mots, le jeune Arabe ne peut retenir quelques larmes ; Mathilde les voit à travers la gaze qui est devant ses yeux; elle voit aussi le profond abattement qui est empreint sur les traits du prince, et l'affliction qu'il éprouve redoublant ses craintes sur le moment où il la reconnaîtra, l'intimide à tel point, qu'elle ne se sent point encore la force (le répondre. Il continue : « Ne parlons que de vous , Madame , ne pensons qu'aux peines qui peuvent finir : je vais vous conduire au Caire dans le palais des califes, où vous serez aussi libre qu'ici. En un instant je rassemble mes troupes , je pars , je suis auprès du sultan , j'en obtiens l'ordre de votre liberté, je vous l'envoie; alors vous partez, vous allez rejoindre votre époux , vous allez revoir

celle que je ne dois plus revoir Lui

parlerez-vous de moi , IMadame ? daignera-t-ellevous entendre? Dites-lui que son départ a rempli mon ame de dégoûts et d'amertumes; dites-lui que bientôt les combats, les chagrins surtout, medélivreront de ce reste de vie, image anticipée de l'enfer , comme lui pleine de regrets déchirants, de douleurs sans terme, comme lui éternellement fermée à l'espérance Hélas! elle ne sait pas quel

culte j'aurais voulu lui rendre! jamais je n'ai osé lui dire à quel excès je l'adorais.... Je le dis maintenant à tout ce qui

ILt>E

l'a vue ici, à ces murs silencieux, à ces bois muets, à toute la nature, à vous, Madame.... mais rien ne répond, tout est désert, tout est mort depuis que Mathilde est partie. » Il dit, et toujours plus faible à mesure qu'il appuie davantage sa pensée sur le souvenir de celle qu'il aime, il penche sa tête sur ses deux mains, et pousse de profonds gémissements. La princesse, troublée jusqu'au fond de l'âme, se relève, et retenant avec effort les larmes qui la gagnent, d'une voix inarticulée elle dit: «Il n'est plus temps de feindre, seigneur.... » Malek Adhel a reconnu cet accent; frappé au cœur, il se lève avec un cri terrible, il doute de ce qu'il entend, il n'ose croire ce qu'il voit, il ne sait quelle terre il habite, il ne sait même s'il habite la terre ; c'est le ciel qui s'ouvre , et dans le désordre d'une imagination enflammée, il se promène à grands I)as , son âme s'égare et se perd dans le délire du ravissement et du bonheur, ]\Iathilde, les yeux baissés, reprend d'un ton doux et humble : « La reine allait mourir, seigneur, il fallait la sauver à tout prix ; elle est partie sous mes habits; je suis restée à sa place; ouvrezmoi sa prison : trop heureuse d'y vivre loin du monde, innocente et sans tache, ignorée des hommes et connue de Dieu • seul ; ma destinée sera encore assez belle, je ne m'en plaindrai point. » Depuis le moment qu'elle avait commencé à parler, Malek Adhel s'était arrêté tout-àcoup, immobile devant elle, respirant à peine; il la regardait dans une muette extase , hors d'état de prononcer un mot ; une joie trop impétueuse, trop subite, vient de tomber sur son cœur ; embrasé , éperdu , en proie à un sentiment vif et délicieux, mêlé d'un tourment capable d'arracher la vie, il croit qu'il ne résistera pas à ce qu'il éprouve. A la fin , il tombe à genoux , et élevant les bras vers elle, il s'écrie : « Se peut-il, ô beauté adorée! se peut-il que tu n'aies pu te résoudre à me donner la mort "} tu es donc restée pour sauver mes jours? — Seigneur, interrompit-elle, je vous ai déjà dit que ce n'était qu'à cause de la reine

que j'avais pu m'imposer un si grand sacriûce. » Le prince la regarde avec un mélange de mélancolie, d'amour, et de plaisir. « Tu veux en vain, lui dit-il, t'efforcer de m'ôter mon bonheur par tes discours, ta présence est plus puissante qu'eux ; au moment oià je croyais t'avoir perdue pour toujours et où je te retrouve, tu pourrais me parler de ton indifférence et presque de ta haine ; tu ne m'empêcherais pas d'être heureux. — Seigneur, reprend la princesse avec autant de sévérité qu'elle en put mettre dans son maintien , je me plais à croire que vous n'abuserez pas de l'éloignement où je suis de tous les miens, pour me parler sans cesse d'un sentiment que je ne puis entendre sans honte ; quoiqu'isolée en apparence , Dieu et mon courage me restent; avec eux je ne suis pas seule au monde, et ils ne m'abandonneront pas. » A ces mots, Malek Adhel se lève , il approche d'elle , et lui prenant une main qu'elle s'efforce en vain de retirer, il dit : « ÎMathilde, je puis vous promettre de vous respecter toujours, mais non de ne plus vous aimer et de cesser de vous le dire; au contraire, désormais je ne veux plus mettre de bornes à ma passion . car l'indispensable nécessité qui préside à nos destinées , en vous forçant à rester ici malgré ivous et même malgré moi , nous apprend qu'elle ne nous permet plus de nous quitter, et que notre sort étant de vivre toujours ensemble, notre devoir doit être de nous aimer toujours. — Qu'osezvous penser! s'écria Mathilde effrayée. — J'ose penser, continua-t-il en pressant contre son coeur la main qu'il tenait, qu'à force de soins, d'amour, et de prières, je vous attendrirai un jour, et qu'un jour vous consentirez à prendre le nom de mon épouse. — Votre épouse ! moi ! interrompit la princesse en reculant de quelques pas ; horrible blasphème ! ô mon Dieu! pardonnez-lui, car il ne sait ce qu'il dit. — Ecoute , reprit Adhel , je t'aime à un tel excès , que tu ne peux pas plus le comprendre que je ne puis l'exprimer ; maintenant tes armées, ta famille, ton pieu, et mon frère lui-même, ne sont rien

ILDE. iOl

devant mon amour, et ne pourraient t'empêcher d'être à moi. Cependant demeure Chrétienne, si tu le veux, je respecterai ta foi, je ne prétends pas changer ta croyance ; mais il faut que tu m'aimes, beauté céleste, il faut que tu m'appartiennes avec ton doux maintien , tes modestes grâces, surtout avec ta pudeur, pudeur divine qui me désole et que j'adore , et qui , dans un moment où les mondes croulant sur ma tète n'enchaîneraient pas mes transports , a le pouvoir de les arrêter. » il dit, et retombe à ses pieds. Tant d'amour étonne Mathilde; elle aurait eu des forces contre la violence de la passion, elle n'en a point contre un sentiment si tendre; ses larmes coulent avec abondance, ses yeux ont perdu leur sévérité, jamais elle n'éprouva de telles émotions; leur douceur l'entraîne, mais leur nouveauté l'alarme, et lui donne le besoin d'être seule afin de les montrer à Dieu , et de lui demander si elles sont coupables. « Seigneur, ditelle, demain je serai prête à partir pour le Caire; mais s'il est vrai que mes prières aient quelque pouvoir sur vous , je vous en conjure , quittez-moi en ce moment. » Il la regarde. « Vous le voulez, IMathilde ? » demanda-t-il. Elle fait signe qu'elle le veut. Il se lève, il marche vers la porte, et, prêt à sortir, il s'arrête, et dit : « Ecoutez , IMathilde , vous avez vu quel désespoir m'accablait en entrant, quelle joie m'a saisi quand je vous ai reconnue, quels ardents transports allaient m'égarer, quel respect les a retenus ; tant de vives et tumultueuses agitations ont dû vous prouver que jamais passion n'égala la mienne, et si vous m'êtes assez chère pour qu'il me soit doux de vous préférer à moi-même, pensez du moins, quand je ne serai plus ici, que vous chercheriez inutilement dans tout l'univers un mortel qui vous aimât comme moi. »

Il sort, et Mathilde ne peut s'empêcher de lui obéir ; si elle ne songe qu'avec effroi aux nœuds que le prince espère, elle revient avec attendrissement sur les sentiments qu'il exprime, et croit en effet quejamais mortel n'aima comme lui. Qu'il

MATHILDE

y a de dangers dans cette pensée! et qu'il est diflicile au cœur le plus humble, le plus pur, de se défendre d'un tendre orgueil à l'idée d'être l'objet d'une passion profonde, unique, telle que jamais nul homme sur la terre n'en conimt de semblable! La princesse soupire, pleure, mais il y a de l'amour dans ses larmes, et déjà elles lui cachent les périls qui l'entourent , et qui le matin même l'épouvantaient encore. La soumission, la prompte obéissance de Malek Adhel la frappent ; elle croit pouvoir y fonder de grands motifs de sécurité; pour l'éloigner, à peine a-t-elle eu besoin d'une prière ; un regard , un signe ont sulû -, que peut-elle donc craindre d'un prince si docile et si respectueux? et pourquoi redouter l'approche de celui pour lequel un seul mot est un ordre? Ainsi Mathilde, satisfaite de se conserver chaste, va donc oublier de se conserver pure , et pourvu que sa vertu demeure inébranlable, elle ne songera plus que ces entrevues avec un homme , ces discours passionnés qu'elle écoute, sont autant d'atteintes à son innocence; que ces mêmes choses, qu'elle veut regarder comme peu importantes aujourd'hui, lui eussent paru criminelles à son arrivée à Damiette ; elle ne songera point que c'est ainsi qu'en négligeant de compter tous les pas qu'on fait dans la carrière de la séduction, et que se rassurant sur tous ceux qu'on fait encore, par la certitude de ne pas aller plus avant , on est entraîné par une pente insensible jusqu'au fond de ce gouffre des passions humaines , où il n'y a de choix qu'entre la mort et la honte.

IMais c'était la première fois que Mathilde tentait de justifier ses fautes , et la première fois qu'on est coupable, la conscience est bien prompte à en avertir. Aussi, tout en se persuadant qu'elle devait être tranquille, elle ne l'était point , et cette confiance dont elle s'efforçait de remplir son âme, y apportait plus d'agitation que de calme; car ce n'est pas en obéissant à ses passions, c'est en leur résistant qu'on se procure la vraie paix du cœur. Etonnéedecette secrète inquiétude

qui la dévore, quand illuisemblequetout autour d'elle tend à la rassurer , elle cherche dans les divines Ecritures la cause et le remède de son mal. Mille fois l'archevêquelui a recommandé d'y avoir recours, les comparant à des prairies saintes et mystérieuses, dont les herbes ravissantes et salutaires nourrissent l'âme et la fortifient contre les langueurs et les amertu • mes delà vie ; mais c'est en vain qu'elle s'efforce de lire, longtemps elle en est incapable, l'amour ne le lui permet pas. Cependant ses yeux distraits se fixent sur ce passage qui la frappe : « La sécurité des « méchants naît de leur orgueil, mais à « la fin ils s'y trouvent trompés. » — « 0 mon Dieu! s'écrie-t-elle , est-ce à moi que vous parlez ? Ma sécurité aussi n'estelle que vanité, et m'annoncez-vous que j'y serai trompéeun jour ? » La page s'est tournée, elle lit encore : « Les occasions « ne nous rendent pas fragiles , elles nous « font voir seulement combien nous le << sommes. » Elle s'arrête tout-à-coup : cette émotion qu'elle a sentie auprès du prince , ce secret penchant qui lui persuadait de se rassurer contre do tels torts et de tels dangers, tout cela revient à la fois à sa pensée , et lui découvre jusqu'à l'évidence qu'il n'y a point de si grands périls que ceux qu'on f st tenté de ne pa^»voir. Elle reprend son livre, et lit:

« Après la colère des rois, les abîmes de « la mer, et l'éclair des tempêtes, ce que « tu dois le plus redouter, c'est ton pro- « pre cœur. » Elle ne s'arrête point ici, elle ne veut pas descendre dans son cœur, elle craindrait trop d'y trouver l'image d' Adhel, et c'est pour fuir cette humiliante frayeur qu'elle passe promptement aux lignes suivantes : « Il est bien plus « aisé de vaincre l'ennemi lorsqu'on lui « ferme toutes les avenues de l'àme , et « qu'on le repousse au moment où il se « présente pour entrer. » Elle s'interrompt alors , quitte son livre , et s'écrie : « Oui , mon Dieu ! je jure de le repousser de tous mes efforts, cet ennemi fatal, qui,sous les formes les plus douces, les plus séduisantes, a jeté un trouble si nouveau dans mon cœur; mais je jure que,

quelle que soit ma faiblesse, il ne la découvrira pas ; toujours repoussante et sévère, je fermerai mon oreille à ses plaintes et mon cœur à son amour; seulement que je voie bientôt le terme de mes épreuves. Ah ! plût au ciel que lejour de la mort fût venu , et que tout ceci , qui doit finir , fût déjà passé ! »

Elle dit, et cette âme repentante s'efforce de satisfaire à la justice divine, par les mortifications et les pénitences qu'elle s'impose; mais de si légères blessures ne peuvent apaiser le feu intérieur. 0 chaste vierge! qu'es-tu devenue ? Se peut-il que l'ennemi ait vaincu ton courage? et cet amour contre lequel tu te débats , s'est-il accru à un tel point que tu ne trouves déjà plus dans ta modestie assez de voiles pour te le cacher.'

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