CHAPITRE XXXII
Tandis que le sultan ordonne les préparatifs de cette solennelle ambassade , si lents au gré de Ma;ek Adhel , quoiqu'il les presse avec toute l'activité que le plus violent amour peut inspirer au caractère le plus bouillant , la nouvelle précipitée de la prise de Césarée vient d'arriver au camp des Croisés.
Quand le prince de Tarente y rentra , au bruit des clairons et des trompettes, et entouré de la foule de captifs qu'il ramenait, Mathilde était seule dans son oratoire : elle entend ce signal du retour de l'armée, et il porte dans son cœur un mortel effroi ; elle va savoir dans quel parti s'est rangé Malek Adhel; toute sa destinée est là, c'est l'arrêt de sa vie, et les espérances qu'elle avait nourries jusqu'à cet instant, se dissipent pour faire place à la crainte; elle oublie l'amour du prince, les serments du désert , tout ce qui peut la rassurer enfin , pour ne se souvenir que du courage avec lequel il s'est séparé deux fois d'elle : si sa pensée lui retrace l'impression que la foi du Christ fit sur l'âme du héros, ce n'est que pour reprocher à cette foi
d'avoir manqué de ces lumières vives et pénétrantes qui ne permettent pas d'hésiter; cependant le moment du reproche se perd bientôt dans celui du repentir; elle s'accuse, s'agite, se prosterne, se relève; au plus léger bruit, son sang se porte vers son cœur, l'étouffé, la brûle; bientôt il se glace avec le silence qui succède, et elle est prête à défaillir. Pour être plus tôt instruite, elle voudrait s'élancer au-devant de l'armée ; mais au même instant, épouvantée de la nouvelle qui s'avance, elle fuit dans le lieu le plus reculé de son appartement. Cependant une main bien connue vient de frapper à sa porte ; c'est l'archevêque de Tyr ;'elle ne sait si elle ouvrira : deux fois elle s'avance et deux fois elle retombe sans force sur son siège. Enfin, rassiu^ée par sa faiblesse même , qui ne lui permet pas de croire qu'elle pourra survivre à la perte de ses espérances , elle se sent le courage d'apprendre le malheur que la mort doit suivre , et d'une main tremblante, les yeux baissés, elle ouvre à l'archevêque, semblable à une victime qui se détourne pour ne pas lire sur le front de son juge l'arrêt qui va la condamner. « Réjouissez-vous, ma fille, lui dit Guillaume , les Chrétiens sont vainqueurs. » Elle le regarde ; son front chauve rayonne d'un doux contentement, elle recommence à espérer ; mais avant de se réjouir, elle attend que l'archevêque lui apprenne quelque chose de plus. « Votre frère a vaincu les Infidèles , ajoute-t-il , et à cet instant Césarée est à nous. « La vierge ne répond point encore; l'archevêque ne lui a point dit sous quels drapeaux a combattu IMalek Adhel. Elle se tait :
elle craindrait de montrer trop d'amour en prononçant le nom dont son cœur est plein , et qui seul va faire la joie ou la douleur de la nouvelle qu'on vient de lui annoncer; mais malgré la pudeur de son silence, ses regards ont parlé : l'incertitude , l'anxiété qu'ils peignent , ont révélé à l'archevêque que la victoire des Chrétiens n'est rien pour elle s'ils ne la doivent à Malek Adhel, Guillaume blâme sa faiblesse, et ne veut point y compatir;
cependant , puisque son bonheur dépend d'un mot , et que ce mot dépend de lui , il ne le fera pas attendre; mais voulant purifier, pour ainsi dire, la joie de MaihildeenlarattachantàlapeuséedeDieu, il ajoute : « Oui, ma fille, Richard est maître de Césarée, et TEtemiel a touché le coeur de Malek Adhel ; ces deux grandes conquêtes nous montrent sa puissance , sa miséricorde , et nous prouvent que de lui seul procèdent tous les biens, et que lui seul doit être notre fin et notre espérance. « Matliilde baisse son voile; elle sent que les transports de félicité qui remplissent son cœur , vont éclater dans ses yeux, et sa modestie rougit de les laisser voir. L'archevêque continue : « Quand le prince de Tai'ente s'est éloigné de Césaree, Tarraée de Saladin séparait encore ]\Ialek Adhel et Richard; mais celui-ci, vainqueur sur tous les points, se préparait à percer avec ses troupes à ti-avers celles du sultan , et ne doutait pas qu'aussitôt qu'il serait parvenu à joindre Malek Adhel , ils ne combattissent de concert , et ne parvinssent à mettre le sultan en fuite, et à arborer, le jour même, Tétendard triomphant de la croix sur les murs de Césarée. . — IMon Dieu ! s'écria la princesse, puis-je croire ce que j'entends?
se peut-il que Malek Adhel ait combattu contre son frère , et que l'amour ait eu tant de puissance dans son cœur? — Ma fille, reprit l'archevêque d'un ton sévère, s'il l'a fait, gardez-vous de l'attribuer à l'amour : les passions humaines ne font point de tels prodiges , la cause en est plus haut; et si j'ai voulu vous annoncer moi-inême cette miraculeuse conversion , c'était pour empêcher votre cœur de s'égarer dans une folle joie, et l'avertir de ne pas s'attacher si fortement aux biens qui lui sont promis, qu'il ne soit pas tout résigné à les perdre s'il plaisait à Dieu de les lui ôter. '. C'est ainsi que, d'une main sage, la religion contient les passions dans leurs justes bornes, et défend l'excès même aux plus légitimes : bienfaisante jusque dans la sévérité, elle permet le plaisir et
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n'en proscrit que le délire ; et si elle tempère la jo;e, elle sait mieux encore calmer les douleurs. Ah ! qu'elle est bien ce qu'il faut au cœur de l'homme ! qu'elle en connaît bien toutes les faiblesses et les misères , cette religion qui nous empêche de trop aimer les jouissances fugitives , qu'il nous faut perdre tôt ou tard ! Dans les temps de prospérité, quand tout nous rit , que les jeunes espérances et les vaines illusions enflent notre cœur d'une folâtre allégresse; enfin, lorsque nous sonnnes prêts à oublier que les félicités humaines ont un terme, la religion . pour nous sauver du désespoir où nous plongerait un si dangereux oubli , ne cesse de nous rappeler que tout passe, et de nous montrer comment tout finit; mais si elle est ainsi utile et salutaire aux jours du bonheur, aux jours plus nombreux de l'adversité, qu'elle est tendre et touchante! C'est là qu'elle déploie toute sa puissance; c'est là qu'elle trouve, contre le malheur, des paroles et des promesses devant lesquelles il s^ulissipe; c'est là qu'elle s'élève jusqu'au ciel pour y puiser , dans le sein me me de Dieu , des consolations pour l'homme; et celui qu'elle a pu laisser insensible quand , prudente et sage, elle prévenait les longs regrets en arrêtant les fougues delà joie , ne peut lui résister quand çlle console, lui refuser son amour quand elle montre tout le sien, ni s'empêcher de pleurer avec elle quand elle pleure avec l'infortune. Guillaume était chrétien , lorsqu'hier encore il mêlait ses larmes à celles de Mathilde ; il ne l'est pas moins aujourd'hui , quand il lui recommande de ne pas s'abandonner immodérément à l'avenir flatteur qui s'ouvre devant elle; « et maintenant , ma fille, lui dit-il, vous pouvez passer chez la reine; elle vous attend et vous désire : vous trouverez chez elle le prince de Tarente ; il vous instruira , avec plus de détail, de ce que vous désirez savoir, et préviendra les quesiionsquevotretimide modestie , n'oserait pas hasarder. »
Aussitôt Mathilde rattache ses voiles épars; elle répare le désordre de sa parure , sèche la trace de ses pleurs , et se
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présente chez la reine, les yeux baissés et les joues brûlantes d'émotion. A l'instant où elle parut, le prince de Tarente s'avança respectueusement vers elle, et Bérengère, lui prenant vivement la main, lui dit : «Ma soeur c'est à vous qu'il faut rendre grâces d'une victoire à jamais fameuse dans les annales de la chrétienté soumis à votre empire, le noble INIalek Adhel embrasse notre culte , notre parti ; le bruit s'en répand déjà dans tout le camp ; déjà on n'y attribue qu'à vous la gloire de sa conversion , et vos deux noms sont si bien unis dans toutes les bouches , qu'ils semblent ne pouvoir plus se séparer. — Oui, Madame, s'écria le prince de larente : aidés de Malek Adhel, les Chrétiens vont marcher de conquêtes en conquêtes; celle de l'Orient entier ne sera pas trop vaste pour leur ambition ; mais ils n'y aspirent que pour avoir le droit de vous l'offrir : c'est là le seul trône digne de vous; c'est là qu'ils vous placeront avec le héros que vous leur avez donné; c'est là que, souveraine de ces immenses provinces oii règne maintenant l'empire du démon , vous ferez découler sur elles , du haut de votre trône, des torrents de cette lumière divine dont l'Eternel a rempli votre cœur. — De si hautes destinées , reprit la princesse avec un trouble extrême , sont trop au-dessus de mes espérances. — Et quelles destinées, quelles espérances peuvent être au-dessus de ce que votre merveilleuse beauté vous donne le droit d'attendre ! interrompit leprincede Tarente avec enthousiasme ; quels coeurs n'embraserait-elle pas? quels empires ne peut-elle pas conquérir? où fut-il jamais d'armes plus invincibles? Ah! pour être vaincu par elle , pour tomber à vos pieds , vous offrir son trône, et croire à votre Dieu , il n'a manqué à Saladin que de vous avoir vue un instant. » De pareilles louanges blessaient l'humble modestie de Mathilde ; par sa contenance im|)osanteoi grave, ellefit entendre au prince de Tarente, qu'elle désirait qu'il changeât de langage : alors , craignant de l'avoir offensée , il se tut , et ce ne fut qu'à la prière de la reine , qu'il reprit la parole pour ra-
conter à INTnthilde comment les dispositions de Malek Adhel devant Césarée, et le combat de ses troupes avec celles du sultan, avaient dil faire présumer aux Chrétiens qu'il favorisait leurs projets ; et en l'écoutant l'innocente Mathilde se confirma dans des espérances bien chères, et qui devaient, hélas! si peu durer. Le lendemain, toute la cour se réunit chez la reine d'Angleterre: là, les rois de Jérusalem et d'Antioche, les comtes de Tripoli et de Jaffa , et tous les vaillants chevaliers demeurés au camp , délibéraient entre eux , impatients de gloire, s'ils n'iraient pas joindre Richard à Césarée, aQn de cueillir aussi leur part de lauriers. Les héros surtout qu'enflammaient les charmes de IMathilde, brûlaient du désir de combattre; car ils ne pouvaient endurer la pensée que xMalek Adhel, remportant seul l'honneur de la Aictoire, en méritât seul le prix. Dévoré de jalousie , d'orgueil , et de haine , Lusignan s'écria que, quelle que fût la conduite de Malek Adhel, soit qu'il demeurât fidèle à ses lois, soit qu'il soutînt les Chrétiens et trahît pour eux sa patrie et son frère, il était également indigne du prix qu'il osait demander; « et je ne crois pas , IMadame, ajouta-t-il en regardant Mathilde, que la noblesse de votre sang et la pureté de votre âme, vous permettent de jamais accepter pour époux un homme dont le culte est horrible à Dieu, et dont la conversion serait une perfidie. « Mathilde ût un geste de surprise et d'indignation ; Bérengère voulait répondre, Guillaume ne lui en donna pas le temps : « Qu'osez-vous avancer, sii'e! s'écria-t-il ; quelles paroles impies venez-vous de faire entendre? Quoi ! vous regarderiez conmie un traître celui que Dieu daignerait éclairer, et qui , détestant son faux prophète, pour recevoir l'eau du baptême.... — Je vous demande pardon, mon père, interrompit brusquement Lusignan ; mais ici il s'agit d'honneur et non de religion , et sur ce point, permettez-moi de le dire, je me crois meilleur juge que vous : les lois de la chevalerie ne sont pas toujours confor-
mes à celles de l'Eglise, et souvent les unes autorisent la même action que les autres réprouvent. — Le héros qui a peutêtre le mieux connu les saintes lois de la chevalerie, reprit la princesse un peu émue, le grand Montmorency, pensait autrement que votre majesté; si Malek Adhel eût été Chrétien , il l'aurait estimé au-dessus de tous les rois du monde; en mourant, il priait pour sa conversion, et si cette conversion eût été criminelle, sa belle âme ne l'aurait pas demandée à Dieu. — Je ne prends l'opinion de personne pour règle de la mienne, répliqua fièrement le roi de Jérusalem, et surtout les dernières pensées d'un mourant. Il se peut que, quand le monde s'efface, et que tout va changer d'aspect , on change aussi de sentiment; mais soyez assurée, Madame , que si Montmorency vivait encore, il ne porterait pas un autre jugement que le mien , et qu'en voyant Malek Adhel combattre avec les Chrétiens, il ne verrait en lui qu'un traître qui a déshonoré la gloire de ses armes en les tournant contre sa patrie et son légitime souverain ; sa voix , comme la mienne, le déclarerait lâche et perfide à la face de tout l'univers ; et mon épée , comme la sienne , saura bien soutenir ces paroles. » Bérengère, blessée de la manière dont il parlait du bienfaiteur qui l'avait rendue à son époux, mêla, pour la première fois de sa vie , un peu d'armertume à ses paroles , et répondit que, quelque formidable que fût son épée, elle ne pensait pas que le héros, surnommé à si juste titre \q foudre de guerre de tout l'Orient, pût s'en effrayer beaucoup. A ces mots, Lusignan contraignit avec peine la violence de son dépit, et, sans répondre à Bérengère, il se tourna vers Mathilde, et lui dit : « Je suis étonné, je l'avoue, de voir la reine d'Angleterre professer des sentiments si contraires à ceux de son illustre époux ; mais je le serais bien plus , je l'avoue, s'ils étaient approuvés par votre altesse. — ■ Sire , reprit-elle avec une fière dignité, si je me suis toujours honorée de penser comme la reine ma sœur , je ne cesserai point dem'unir à elle lorsqu'elle
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avoue hautement son estime pour le héros qui vous a ravi votre empire, et qui vous le rendra peut-être. « Elle achevait à peine, que des cris tumultueux s'élevèrent dans le camp et rompirent la discussion. Au même moment, la porte s'ouvrit; Richard parut tout armé et couvei-t de poussière : sa contenance était sombre, farouche, et il ne daigna pas répondre à la reine , qui s'était précipitée près de lui. « O mon frère! mon frère! » s'écria Mathilde d'une voix altérée; et elle jetait des regards inquiets derrière lui, pour voir si Malek Adhel ne le suivait pas. Tous les princes et les chefs, saisis d'une extrême surprise , lui demandèrent la cause de son retour, et comment il revenait à Ptolémaïs quand ils le croyaient maître de Césarée? « J'ai été vaincu, reprit Richard d'un air consterné, et jurant dans son âme une haine implacable à celui qui le forçait à un pareil aveu. — Eh quoi ! reprit le prince de Tarente, votre majesté a-t-elle donc été repoussée avant d'avoir pu joindre Malek Adhel? — Que parlez-vous de l\Ialek Adhel? interrompit brusquement Richard, c'est lui seul qui nous a perdus, qui a causé notre défaite et ruiné notre entreprise. J'avais enfoncé toute l'amjiée de Saladin ; ses escadrons rompus , fiappés de terreur, dispersés dans la plaine , ne pouvaient éviter les Chrétiens; ils fuyaient de tous côtés; de tous cotés ils trouvaient l'esclavage ou la mort; et si je n'avais eu que le sultan à combattre , il serait prisonnier à Ptolémaïs, et dans peu de jours peut-être nous serions à .Térusalem ; mais Malek Adhel est venu m'arracher la victoire : tel qu'un astre malfaisant, il a paru tout-à-coup, et le désordre de l'armée ennemie a cessé, les troupes ont été ralliées , les Chrétiens ont été vaincus , et , ponr la première fois de sa vie, Richard a f;n.... O honte insupportable ! continua le fier monarque ea irappant son front contre ses deux poings armés de gantelets; ô superbe Malek Adhel! ton nom sera toujours mon opprobre; tant que tes yeux seront ouverts à la lumière, il existera un homme qui
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pourra se dire, J'ai fait reculer Richard ; et, ce qui met le comble à mon injure, j'ai perdu le pouvoir de t'ôter la vie. — Mon frère, s'écria Lusignan en lui ser- Tant la main avec force , pourquoi l'astu perdu? Le malheur a-t-il abattu ta grande âme , et te déûes-tu de ta valeur ? — Emporté par mon courage, répondit Richard avec sa loyale franchise, j'allais tomber entre les mains de l'armée entière des Musulmans; IMalek Adhel l'a vu, et m'a sauvé ; je lui dois la liberté, peut-être la vie : fatale obligation, qui redouble la honte de mon affront en me défendant de m'en venger! — Eh! u'as-tu pas ici ton frère qui périra pour te venger ? répliqua Lusignan , les yeux étincelants d'ardeur et de joie; suis-je même le seul qui soit sensible à tes outrages , au point de payer de tout mon sang l'honneur de les effacer? jN'es-tu pas entouré d'amis qui te chérissent, et qui tous vont jurer avec moi de ne poser les armes qu'après que la mort de Malek Adhel aura délivré ta gloire du seul homme qui puisse se vanter de t'avoir vu fuir. » Ces mots , dits à dessein , animèrent d'une telle fureur le ressentiment de Richard , que sa générosité ordinaire en fut étouffée ; et , pressant sou frère d'armes contre sa poitrine, il s'écria : « Brave Lusignan , je t'entends, et je promets la main de ma sœur au vainqueur de Malek Adhel. » A l'instant, tous les chevaliers et les rois qui aspiraient à l'hymen de la princesse, se réunirent autour du roi , et élevant leurs épées d'un commun accord , ils jurent la mort de Malek Adhel.... Mais à l'aspect de tous ces fers étincelants destinés à percer le cœur qu'elle adorait, l'infortunée Mathilde pâlit, ses yeux se fermèrent, et elle tomba sans mouvement sur le plancher.
En la voyant évanouie, Bérengère fît un cri et accourut vers elle : R^ichard tressaillit , mais il ne s'approcha point de sa sœur, et, faisant un geste, il dit à la reine : « Faites appeler vos femmes , Madame, qu'elles emportent cette jeunefîlle loin d'ici; j'excuse les frayeurs d'une vierge timide, et je me plais à croire
qu'il n'y a pas d'autre motif à son saisissement. Mon père, continua-t-il en s'adressant à l'archevêque, veuillez la suivre, je vous prie; quand elle sera eu état de vous entendre , dites-lui que vous m'avez assuré que son devoir lui était plus cher que sa vie, et que son premier devoir est de m'obéir ; qu'elle sache bien que si jamais , sans égard pour sa gloire , elle osait tenir un autre langage, la mienne ne me permettrait pas de le souffrir. » Avant de suivre les feramesqui emmenaientMathilde, Guillaume s'inclina avec respect devant le roi , et répondit : « Je connais la princesse d'Angleterre, sire; j'ai lu souvent dans ce cœur pieux , soumis , tel qu'il n'en existe pas un autre sur la terre ; il n'y a point de sacrifice qu'elle ne fasse à la religion, il n'y en a point qu'elle ne lui ait fait, et peut-être chercheriez-vous en vain autour de vous quelqu'un qui en put dire autant : je réponds donc à votre majesté que la conduite de la princesse Mathilde honorera toujours le sang dont elle sort. — Qu'elle n'oublie donc pas, répliqua le roi d'un air mécontent, que, pour en être digne , il faut que la faiblesse qu'elle a montrée aujourd'hui soit la dernière de sa vie ; car quiconque est faible n'est pas du sang de Richard. »