I.A. NOURRICE
Sans en attribuer la cause à personne en particulier, Malvina sentait bien que cette soirée n'avait point été sans attrait pour elle; elle croyait même y avoir montré assez de plaisir pour que mistriss Birton ne dût pas craindre de la gêner en l'engageant à reprendre l'iiabitude de descendre tous les jours. En conséquence, elle attendit le lendemain avec une curiosité mêlée d'inquiétude , pour voir si sa cousine ne lui ferait rien dire à cet égard ; mais elle n'en entendit point parler. Son dîner lui fut servi comme à l'ordinaire; et le soir, tentée de joindre la société , elle ne l'osa point, précisément parce qu'elle en avait envie ; elle se disait bien qu'elle ne le désirait que par l'espoir de distraire sa tristesse ; mais , si elle n'avait eu que ce motif, elle n'aurait pas tant réfléchi pour descendre : elle n'hésitait que parce qu'au fond elle en vivait un autre, et
que.
MALVINA
sans le démêler elle-même, l'in- dans ma chambre, nous avons toujours
stinct lui faisait craindre que les autres ne le divinassent.
La voilà donc encore solitaire; les jours se passent : mistriss Birton vient la voir souvent , dans le but secret de lui ôtertout prétexte de descendre; elle évite de lui parler d'une réunion que Malvina n'ose pas proposer, et feint, auprès de son neveu , de ne jamais monter chez sa cousine sans employer les sollicitations les plus puissantes pour l'engager à l'accompagner, mais infructueusement.
Les choses en étaient là , lorsqu'un dimanche matin la petite Fanny entra, en sautant, dans la chambre de sa mère, et lui dit, tout essoufflée : « Azoleta est en bas, maman; comme l'école est fermée aujourd'hui , elle vient jouer avec moi : veux-tu que nous allions faire ensemble des boules de neige dans la cour? — Et qu'est-ce qu' Azoleta , mon enfant? — C'est la petite fille si jolie qui chante si bien , et qui parle comme nous. — La filleule de sir Edmond? reprit IMalvina en rougissant un peu. — Oui , maman ; mais est-ce que cela empêche qu'elle ne puisse être bonne ? — Non, mon enfant ; au contraire, sir Edmond est fort bon luimême, je crois. — Eh bien ! maman, imagine-toi que ma bonne dit toujours que non , que c'est un menteur, et qu'il fait semblant d'être aimable pour attraper les autres , et puis encore tout plein de choses que j'ai oubliées.— Tu fais bien, ma Fanny, d'oublier ie mal qu'on te dit des autres; mais va joindre ta petite .compagne, j'irai vous trouver dans un instant. » La petite sortit, et IMalvina, se tournant aussitôt vers miss Tomkins, lui dit : « Pourquoi répétez-vous à cet enfant des propos, des contes que vous ne devriez pas écouter vous-même? — Je peux bien assurer madame, que ce ne sont pas des contes, et que très-certainement je ne dis pas la moitié de ce que je sais. — Mais j'espère, en effet, que ce n'est |)as Fanny que vous prendriez pour confidente de tous les rapports qu'on s'amuse à vous faire. — Assurément, madame; car, lorsque mistriss Tass vient
soin de nous entretenir à voix basse.
Ah ! si madame savait la manière dont sir Edmond se conduit ici ! — Dispensez-vous de me ledire, Tomkins, réponditelle, je ne suis point curieusede le savoir. »
Malvina sortit alors de sa chambre, non sans éprouver un léger mouvement de curiosité sur la manière dont sir Edmond se conduisait; mais, eiît-ii été plus fort encore, elle aurait rougi de le satisfaire par le rapport d'un domestique, ou le bavardage d'une femme-de-chambre.
Sans savoir précisément quels étaient les torts dont on accusait sir Edmond , elle devinait assez de quelle espèce ils pouvaient être, et, malgré son indulgence ordinaire , elle ne se sentait pas disposée à leur en accorder. Tout en rêvant ainsi, elle se trouva dans la cour. Azoleta vint se jeter à son cou avec une tendre ingénuité, et Fanny ne tarissait pas sur les bonnes qualités de sa nouvelle petite compagne. Tandis que, pour s'échauffer, Malvina s'amusait à courir avec les enfants, sir Edmond parut à quelque distance; il marchait fort vite : en la voyant, il la salua , mais passa son chemin sans s'arrêter. Malvina ne s'attendait pas à le voir, et, dans la disposition où elle était à son égard, peut-être n'en avait-elle pas envie; mais elle s'attendait encore moins au peu d'attention qu'il lui marquait. Surprise de ce procédé, elle le suivait des yeux en silence, lorsque Azoleta vint lui dire tout bas à l'oreille : « Je parie que je devine où va mon parrain.— Peut-être ne veutil pas qu'on le sache, Azoleta. — Assurément, car il ne veut jamais qu'on dise quand il fait plaisir à quelqu'un : mais venez avec moi , et vous verrez si je me trompe. «
La petite fille se mit à courir; Fanny la suivit et Malvina aussi, non pour aller surprendre sir Edmond , mais pour retenir les enfants et les empêcher de commettre une indiscréMcn : elle les appelait, ils n'en tenaient .'oinpie et couraient toujours. Arrivés a a porte d'une petite maison basse qu' se trouvait dans une des basses-cours les plus reculées , Azo-
MALVINA
leta s'arrêta , et mettant le doigt sur la bouche : « Paix ! dit-elle à Malvina , il va vous entendre; » et puis, poussant doucement la première porte, marchant sur la pointe du pied, et prenant Malvina par la main, elle lui montra, à travers une porte vitrée, dans le fond d'une chambre assez propre, sir Edmond appuyé sur le dos d'un fauteuil où était étendue une vieille femme pâle et souffrante. « C'est la bonne >'orton , la nourrice de mon parrain, dit tout bas Azoleta : elle s'est trouvée bien mal ce matin ; sans doute on aura été le dire au château; c'est pour cela que mon parrain accourait si vite, car il est si bon! et elle l'aime tant! »
Attendrie au dernier point de voir ce jeune homme, qu'on lui avait peint comme si frivole, remplissant de pieux devoirs auprès d'une femme misérable et inflrme, Malvina ne pouvait assez se reprocher l'opinion désavantageuse qu'elle avait été au moment de prendre de lui. Oh! combien elle lui pardonnait de ne s'être pas arrêté auprès d'elle! Que son motif lui semblait respectable, et combien elle eut été fâchée de le lui avoir fait oublier! CarlMalvina n'était point de ces femmes superbes qui ne sont satisfaites qu'autant que tout cède à leur pouvoir; c'est la vanité seule qui prétend à cet empire : l'amour, quelque violent qu'il soit, quand il règne dans un cœur honnête, rougirait que ses droits l'emportassent sur ceux de l'humanité.
Ce n'est pas que Malvina aimât sir Edmond; je dis seulement que, l'eût-elle aimé , lui ou tout autre, il était dans son caractère, sans doute, de vouloir être préférée à tout, mais que la vertu le fût à elle; et, pour ce cœur insensible jusqu'alors , et déx'idé à l'être toujours , la vue d'une belle action qu'elle admirait sans défiance était bien plus dangereuse que des expressions passionnées contre lesquelles sa raison aurait su l'armer.
Tandis que toute son attention était captiv-ée par le touchant tableau qu'elle avait devant les yeux, Fannv, glacée par le froid et s'ennuyant de l'immobilité de sa
mère, la tira par son jupon en la priant de s'en aller. Malvina, préoccupée, ne l'entendait pas ; l'enfant éleva la voix : à ce bruit , sir Edmond tourna la tête et s'avança vers la porte pour voir ce qui le produisait. Malvina, alarmée d'être surprise par lui, épiant, pour ainsi dire, sa conduite, aurait voulu fuir, mais il n'était plus temps. Elle sentit qu'avoir l'air de se cacher semblerait plus déplacé encore que d'être vue ; et , quoi qu'il lui en coûtât , elle resta à sa place. En la voyant, sir Edmond fit un cri, et Malvina, les yeux baissés, les joues colorées du plus vif incarnat, lui dit timidement : « Prenez-vous-en à la tendresse de votre filleule de mon indiscrétion; c'est elle qui m'a amenée ici , sans doute pour me faire voir son parrain dans toute sa gloire. — Entrez, madame, entrez, répondit sir Edmond très-énm; ce spectacle, tout affligeant qu'il est, ne vous effraiera pas : venez fortifier ma pauvre nourrice contre les terreurs de la mort; elle implore la miséricorde divine, et y croira sans doute davantage en vovant un ange auprès d'elle. — Est-elle donc si mal.' dit Malvina en s'avanrant; peutêtre serait-il à propos d'envoyer chercher ]M. Prior. » La bonne femme l'entendit, et élevant avec peine sa faible voix : « ?^^on, non, dit-elle, c'est inutile; ses belles paroles me soulageraient bien moins que la bonne amitié de mon cher fils. » Combien, aux yeux de Malvina, ce nom , cet éloge étaient honorables ! combien ils couvraient les torts du volage Edmond ! De grosses larmes inondaient ses joues ; et prenant la main desséchée de la malade : « Vous souffrez donc beaucoup, ma pauvre mère.' » lui dit -elle. Malvina avait un accent si excessivement doux , qu'il suffisait de l'entendre pour être ému. La nourrice, la regardant aussitôt, lui dit : « Vous êtes, je crois, la dame que mistriss Birton a menée voir les pauvres et les malades il y a quelque temps : ils m'ont tous parlé de vous ; vous leur avez fait distribuer des secours ; chacun vous bénit : je remercie le diel de ne m'avoir pas
retirée à lui avant de vous avoir vue. — Ke parlez pas tant, ma mère, interrompit sir Edmond , qui paraissait uniquement occupé de l'état de la malade, n'épuisez pas vos forces; prenez quelques gouttes de ces cordiaux ; et voyez si vous souhaitez la présence de M. Prior. — Azoleta a été le chercher, dit Fanny, qui se cachait sous la robe de sa mère, n'osant pas regarder la vieille Norton, de peur de la voir mourir. — Mais je ra'étonne que lorsque quelqu'un est malade, M. Prior n'en soit pas le premier instruit, demanda Malvina à une femme qui paraissait être une parente de la vieille Norton.— Oh ! madame , réponditelle , il est si occupé, qu'on craint de le déranger : on le trouve toujours à écrire
dans son cabinet de beaux discours,
assurément , mais qui ne lui laissent pas
le temps de venir nous voir Ce n'est
pas qu'il ait jamais refusé personne,
lorsqu'on a été le chercher Non , je ne
puis pas dir.e cela , et alors il sait dire
de bien belles choses » L'entrée de
M. Prior interrompit le discours de cette femme. Le premier objet qui le fixa fut moins la malade que Malvina; et, s'approchant de celle-ci , il lui dit : « Vous êtes donc venue être témoin de ce moment terrible , de ce moment critique oii l'ame inquiète et tremblante arrive sur les frontières d'un monde inconnu ? — M. Prior, lui dit sir Edmond tout bas et en montrant la nourrice, tâchez de trouver quelques paroles de paix à la portée de son intelligence, et qui raffermissent son cœur. »
Malvina se leva, et, cédant à M. Prior la place qu'elle occupait auprès de la malade , elle s'appuya sur le dos du fauteuil auprès de sir Edmond. « Eh bien ! ma pauvre Norton, lui dit M. Prior, votre cœur et votre chair défaillent; mais que Dieu soit votre force, et il sera votre portion à jamais; dussiezvous marcher dans la vallée de la mort , ne craignez aucun mal tant qu'il sera avec vous ; que son bâton et sa houlette vous rassurent^. — Ah ! monsieur , que
' Ps. XXIII, V. 4-
MALVINA
sa volonté soit faite, et non la mienne ; je m'y soumets sans murmurer; et puisse notre divin Sauveur intercéder pour moi! — Confiez-vous dans la clémence du Très-Haut, bonne Norton, car c'est un bon père qui sait de quoi nous sommes faits, qui se rappelle que nous ne sommes que poudre, et avec lequel il y a pardon, afin qu'il puisse être aimé autant qu'il est craint. — Et pourquoi douterais-je de sa miséricorde? Il est témoin que je n'ai jamais fait de mal à personne; mais, si je regrette la vie, c'est à cause de ma pauvre famille, qui reste dans la misère : tant que j'ai vécu , j'ai partagé avec elle les bienfaits de mon fils Seymour; mais, en me perdant, que lui restcra-t-il ? — Moi , ma bonne mère , moi , reprit vivement sir Edmond : soyez sûre qu'elle ne manquera jamais de rien tant que je posséderai quelque chose. — Je sais que mon Edmond a un excellent cœur , reprit la vieille nourrice en versant ses dernières larmes , et je compte sur ses promesses ; mais il n'est presque jamais ici , et alors — Moi, j'y serai toujours, interrompit Malvina, et je tâcherai de suppléer à ce que l'éloignement de votre fils ne lui permettra pas de faire. — Oui, ma mère, ajouta sir Edmond, ému et satisfait de pouvoir prendre un engagement de concert avec Malvina; nous vous jurons tous deux de nous entendre et de nous réunir pour veiller à la prospérité de vos enfants. » Malvina avança la main pour prouver qu'elle était de moitié dans le serment, et sir Edmond, la saisissant avec vivacité, la posa entre les siennes sur les genoux de la malade; celle-ci , touchée de leur action , et tranquille sur le sort de sa famille, articula faiblement ces paroles: i^ Laissez -moi désormais, Seigneur, aller en paix ^, « et expira au bout de quelques minutes.
En s'en retournant au château, la physionomie de M. Prior était plus grave, celle de Malvina plus recueillie ; sir Edmond lui-même était plus sérieux ;
' Cantique de Siiuéoii.
MALVINA
I niais , reprenant sa vivacité à mesure I qu'il s'éloignait de ce triste et funèbre spectacle, il s'écria : « Les gens d'église auront beau faire , ils ne me persuade- I ront jamais comment il est utile à l'oridre général qu'une honnête créature qui a passé sa vie dans le travail la termine dans la misère sans avoir joui Je son existence. — Eh ! qui vous dit qu'elle n'en a pas joui ? reprit M. Prior : e bonheur n'appartient-il pas bien plus m\ disciples de la vertu qu'aux favoris le la fortune? et, à ce titre, mistriss Norton n'a-t-elle pas dû vivre plus saisfaite que.... que vous peut-être? — Ma loi , cela se peut bien , repartit sir 1.(1 mond ; de la manière dont les choses it arrangées ici-bas, je conviens que -^ conditions, pour être brillantes, len sont pas plus heureuses : aussi , lans le cours d'une vie qu'on regarde ;omme fortunée, et oii j'ai compté bien )lus d'heures d'ennui que de plaisir, li-je souvent eu occasion de douter de a bonté d'une puissance qui nous donne ù peu de biens pour tant de maux. »
3es paroles irritèrent M. Prior; et, regardant sir Edmond avec indignation , 1 lui dit d'un ton véhément : « Et qui îs-tu , fils de l'homme , toi qui n'es iorti de la poussière que du jour d'hier, )our élever une voix téméraire contre on Créateur ? Où sont tes titres pour Titiquer l'arrangement de l'univers , ci dont le partage est si fort au-dessus le ce que tes vertus te donnent le droit l'attendre? — Je vous assure, M. Prior, épondit sir Edmond en souriant, que e sens fort bien le peu que je vaux, et [ue j'ai une très-failile idée de mon méite; mais, si Dieu me voulait sans tache, [ue ne m'a-t-il créé parfait? Pourquoi n'envoie-t-il d'aimables tentations , s'il loit me punir d'y avoir cédé? et de quoi )uis-je être coupable, quand je ne fais [u'user de ce qu'il me donne ? — Peut- (tre l'êtes-vous, reprit Malvina avec un égard touchant , si vous avez été averti )ar la conscience en même temps que enté par les passions , si vous avez vu ebien en faisant le mal, et si, en suc-
combant, vous avez senti que vous pouviez résister. » Sir Edmond rougit , et se retournant du côté de IM. Prior :
« Écoutez bien , lui dit-il , voilà ce qu'il faut dire et comment il faut dire , lorsque , dans votre chaire apostolique , vous voulez réveiller la conscience du pécheur et ouvrir les yeux de l'impie ; mais il faudrait y joindre ce regard , cet accent et ces lèvres charmantes où les grâces reposent près de la sagesse^. »
En parlant ainsi , ils arrivaient au château; M. Prior les quitta, et :\Ialvina se préparait à monter chez elle , lorsque sir Edmond la retint et lui dit : « Eh quoi, madame, toujours nous fuir!
toujours inaccessible à nos vœux et aux instances de mistriss Birton! — Quelles instances? reprit-elle un peu surprise.
— Mais vous n'ignorez pas, sans doute, que votre cousine se désespère de l'obstination (passez-moi ce mot, c'est elle qui le dit) avec laquelle vous refusez de vous joindre à nous. » Malvina sourit.
« Vous plaisantez , sir Edmond ; assurément ma cousine ne porte point de pareilles plaintes contre moi.— Je vous assure, madame, que, comme il n'y a point de jour otj je ne lui demande plusieurs fois pourquoi nous ne vous voyons jamais, il n'y en a pas où elle ne me réponde que tous ses efforts pour vous attirer dans le salon sont aussi répétés qu'inutiles.» Malvina, voyant l'intention de sa cousine sans en comprendre le motif, répondit avec assez d'embarras :
« ]\[ais, s'il était vrai que j'eusse résisté aux prières de mistriss Birton , comment supposez - vous ? . . . . — Qu e vous cédiez aux miennes, interrompit-il vivement: non, madame, je ne suis pas si présomptueux ; mais , comme vous ne viviez pas aussi solitaire avant mon arrivée, c'est me dire assez que ma présence vous rend ce séjour désagréable , et que vous désirez me le voir quitter.
— Vous interprétez mal ma conduite, monsieur, répondit-elle un peu troublée; ce n'est pas vous, mais de bien chers souvenirs, qui me retiennent dans
' Dryden.
MALVINA
ma solitude; et, si je croyais que mon éloifinement affligeât mistriss Birton , je pourrais bien.... — Ma tante! ma tante ! s'écria sir Edmond en prenant la main de Malvina et l'entraînant dans l'appartement de mistriss Birton , voilà madame de Sorcy qui prétend que je plaisante lorsque je l'assure que vous vous désolez d'être privée de sa société: joignez vos prières aux miennes , ma chère tante, et peut-être l'emporteronsnous. » Mistriss Birton rougit, mais prenant son parti sur-le-champ : « Ma cousine sait , dit-elle , combien sa présence m'est chère : si je n'ai point voulu gêner son goût extrême pour la retraite, elle aura apprécié, j'espère, le désintéressement qui me faisait préférer son repos à mon plaisir; mais, puisqu'elle commence à se lasser de cette vie retirée, je suis prête à accueillir son changement avec une grande joie. » La réponse équivoque de mistriss Birton laissait Malvina incertaine, lorsque sir Edmond, impatient d'en avoir une positive, s'écria : « Je vois assez clairement, ma tante, qu'il faut me décider à vous quitter; tant que je serai près de vous , madame de Sorcy n'y viendra qu'à contre -cœur.... — J'adopte votre l)rojet , Edmond , interrompit vivement mistriss Birton, vous perdez votre temps ici : des devoirs , des engagements vous appellent à Edimbourg; retournezy ; alors , du moins , ma belle cousine sera libre.... — Ce ne sera point monsieur qui pourra gêner ma liberté, interrompit Malvina à son tour avec un peu de gravité; qu'il reste ou qu'il parte, mon goût ne m'en portera pas moins à rester seule, de même que sa présence ne m'empêchera pas de céder à votre désir, s'il est vrai, ma cousine, que vous attachiez quelque prix à ma société. » Mistriss Birton n'avait aucun motif de se refuser à cette ouverture; d'ailleurs, elle songea que, puisqu'elle ne pouvait éviter que sir Edmond ne vît Malvina , il valait encore mieux que ce fût en sa présence; et, de ce mo- Tuent, il fut convenu que Malvina se
réunirait à la société , comme elle avait fait avant l'arrivée de sir Edmond.