‹ Œuvres complètes de Mme. CottinChapitre 22 sur 188 · DES CONVERSATIONS · texte numérisé non relu

DES CONVERSATIONS

Durant le dîner seulement, mistriss Birton apprit que la mort de la bonne Norton avait causé l'entrevue de sir Edmond et de Malvina; elle ne savait seulement pas que cette femme fût malade. Comme elle ne s'intéressait à personne, personne ne lui venait raconter ses maux; et les vassaux, qu'elle se vantait de protéger, souffraient et mouraient le plus souvent sans qu'elle en fût informée. Dévorée par l'ambition , elle entretenait une correspondance active avec milord Stafford, afin qu'il restât fidèle à leurs engagements , et pressait vivement son neveu d'aller les remplir; mais, chaque jour, sir Ed mond trouvait de nouveaux prétextes pour éluder son départ. Jamais il n'a vait fait un si long séjour à Birton-Holl : miss Melmor s'en faisait tous les hon neurs ; mais mistriss Birton , qui entre voyait la vérité, était dans des transes continuelles , et ne rêvait qu'aux moyens d'éloigner son neveu , ou de se brouiller avec Malvina ; mais avec un caractère indépendant comme celui du premier, il fallait user de persuasion et non d'autorité, et le caractère despotique de mistriss Birton se prêtait peu à ce moyen. D'un autre côté , avec le carac-' tère doux de Malvina, comment parvenir à se brouiller avec elle sans lui!

donner de justes sujets de plainte quij la rendraient plus intéressante aux yeux d'Edmond ? et d'ailleurs , en l'éloignant qu'y gagnait-elle? Malvina n'élait-elle pas libre de se fixer où elle voulait? Pourrait-elle empêcher que son neveu ne la vît avec plus de liberté peut-être qu'à Birton-Ilall , et qu'il ne vînt à dé couvrir alors les ruses qu'elle avait env ployées pour l'éloigner de Malvina?

Dans cette perplexité, elle se détermina

à s'ouvrir à sa cousine sur les projets d'alliance qu'elle nourrissait avec tant d'ardeur; elle lui peignit sir Edmond comme un jeune homme très-dissipé , sans mœurs, amoureux d'intrigues , et qui ne fuyait l'honorable mariage qui lui était proposé que parce qu'il le regardait comme un frein à ses débordements. « Voyez quelle est ma peine, ma chère cousine, lui disait-eile avec une feinte confiance : malgré les écarts sans nombre de mon neveu , je l'aime tendrement; et, pour lui procurer un établissement qui l'élève aux dignités et l'arrache à ses misérables intrigues , je lui assurais tous mes biens, je m'en dépouillais en sa faveur. Plein de reconnaissance pour mes dons , il avait souscrit à ma volonté, et, sûre de son aveu, j'avais engagé ma parole et répondu de la sienne; et, c'est après m'étre avancée à ce point , lorsque lady Sumerhill vient de refuser, à cause de lui, les plus grands partis d'Edimbourg, qu'il me donnera peut-être l'inexprimable humiliation de manquer à une promesse dont j'ai assuré la validité!

îse ra'aiderez-vous pas, bonne cousine, à lui faire sentir ses torts , ainsi que la nécessité oii il est de se rendre à Edimbourg.'— Mon Dieu! madame, répondit Malvina , quelle influence puis-je avoir sur les volontés et les opinions de sir Edmond? — Fort j>eu, je le crois; car j'ai remarqué qu'il avait moins d'attrait et d'attention pour vous que pour toutes les femmes qu'il a connues, parce qu'apparemment vous n'êtes pas une de ces jeunes folles vives et brillantes qui l'amusent et qui hii ressemblent; mais enfin, s'il n'a pas de goût, du moins a-t-il beaucoup d'estime pour vous; je ne serais pas étonnée qu'il ne fit quelques sacrifices pour acquérir la vôtre ; et, au surplus, si vos réflexions sont sans succès , du moins ne peuvent-elles pas nuire. — Je vous assure , madame , répliqua Malvina , que je me trouve fort embarrassée pour vous obliger : il semblera tiès-singulier à sir Edmond que je pie mêle d'une affaire à laquelle je suis

absolument étrangère, et que je lui donne des conseils quand il ne m'en demande point. — Aussi , ma chère , n'est-ce que d'idées générales qu'il faut s'entretenir devant lui : répétez qu'un homme qui a donné des espérances de mariage à une femme est inexcusable de les tromper; qu'une union ne peut être heureuse que par l'opulence et les dignités.... Mais le voici : n'ayons pas l'air de nous entendre, et ayez soin d'appuyer ce que je dirai, à moins, ajoutât-elle en voyant l'incertitude de Malvina et la fixant d'un air significatif, que quelques causes particulières ne vous en éloignent. »

Le soupçon que cette dernière phrase renfermait n'échappa point à Malvina :

l'appuierait-elle en se taisant, ou parlerait-elle d'un lien qui lui semblait bien plus propre à contenter l'ambition de mistriss Birton qu'à faire le bonheur de sir Edmond ? Dans cette incertitude , elle se tut, et attendit ce que la suite de la conversation pourrait lui fournir de convenable à dire.

Mistriss Birton n'avait encore fait que quelques questions insignifiantes , lorsque miss Melmor entra , une gazette à la main. « Ah! bon Dieu! s'ecria-t-elle, quelle superbe fête on va donner à Edimbourg, chez milord Stanholpe ! — Chez milord Stanholpe, frère de lady Sumerhill? demanda mistriss Birton à son neveu. — Oui , répondit-il assez négligemment. — Ah! quelle serait ma joie si je pouvais y assister! s'écria miss Melmor. — Sans doute, vous ne vous dispenserez pas de vous y rendre, Edmond.' demanda assez sévèrement mistriss Birton. — Eh quoi! madame, vous croyez que je pourrais quitter la société où je me trouve, et braver le temps qu'il fait, pour courir à une de ces fêtes que l'oisiveté rend nécessaires peut-être, mais que l'habitude rend insipides?—Si ce n'est pour la fête, Edmond , ce sera pour y faire partie de cette société brillante et choisie qui s'y réunira. — Ah! madame, si vous connaissiez la fastidieuse n;ionotonie qui rè-

MALVINA

gne à présent dans le grand monde ! Malvina leva la tête , le regarda fixe-

— Mais les femmes, Edmond; se peut-il ment : il parut embarrassé, s'agita sur

que vous oubliiez cette charmante moitié du monde ? — Les femmes , madame , ne «e donnent plus la peine de l'embellir; elles sont devenues si nonchalamment frivoles, que tout ce qui ne les berce pas les fatigue. — Vous êtes devenu bien difficile , reprit mistriss Birton en contenant son humeur; et je serais curieuse de connaître la cause d'un changement aussi inattendu. » A ces mots , miss Melmor se rengorgea avec orgueil, comme pourdireque c'était elle; Malvina , qui se croyait bien loin d'être intéressée dans tout cela, continua son ouvrage sans changer d'attitude; sir Edmond ne répondit point à sa tante , et celle-ci ajouta , après un morhent de réflexion : « Au reste , s'il est vrai que les plaisirs vous fatiguent, et que les femmes vous ennuient , j'en tire un heureux augure pour votre réforme; dès l'instant que le monde déplaît, et que la solitude a des charmes , on cherche à l'embellir en y appelant une compagne , et je dois croire qu'enfin vous n'êtes pas sa éloigné d'un hen sérieux, et que vous allez penser à tenir la parole que vous

avez donnée — Dites donc que vous

me conseillez de donner, madame. — Vous faites là une subtile chicane, Edmond ; car, sans vous être positivement engagé, vous savez bien que la famille de lady Sumerhill regarde votre mariage comme une affaire arrangée : et , je vous le demande , n'êtes-vous pas sûr que cette jeune personne vous attend à la fête de son frère; et, si vous lui avez donné lieu d'y compter, n'êtesvous pas coupable de tromper ses espérances ? — Ma foi , madame , réponditil vivement , je ne lui ai jamais adressé que de ces galanteries qu'on distribue au hasard à toutes les femmes , sur lesquelles on surfait par habitude comme on rabat par expérience : c'est une monnaie dont tout le monde connaît la valeur; et, lorsqu'on s'y trompe , c'est bien plus la faute de celle qui la reçoit que de celui qui la donne. »

sa chaise, et mistriss Birton reprit « Peut-être n'accuseriez -vous pas lady Sumerhill d'avoir cru trop facilement a vos protestations, si vous vouliez vous rappeler l'air dont vous les avez faites ; et , puisque vous êtes si profond dans l'art de tromper les femmes , il n'est pas généreux de les blâmer lorsqu'elles sont victimes de vos dangereux artifices. — En vérité , madame , interrompit - il , troublé de s'entendre faire de pareils reproches devant Malvina, je ne fus jamais ni faux ni perfide : sans doute j'usai souvent de finesse auprès des femmes ; mais, tel usage que j'en aie pu faire , j'ai toujours été en reste avec elles ; et dans ce monde , où leur coquetterie nous tient sans cesse en état de guerre, il faut bien, pour s'en défendre, se servir de leurs propres armes : d'ailleurs, lorsqu'elles se font une gloire de la finesse , pourquoi m'en feraient-elles un crime, et appelleraient - elles chez moi un tort du cœur ce qu'elles nomment chez elles un avantage de l'esprit ?

— Je crois, répondit assez sérieusement Malvina , que , si la finesse est regardée avec indulgence chez les femmes , c'est qu'il semble que la nature leur permette ce moyen de dérober quelques instants à la dépendance où elle les condamne : mais les hommes ne s'abaissent-ils pas en usant de cette arme des êtres faibles? Eux, libres et indépendants, pourquoi ne sont-ils pas sincères ? Quand le besoin ne commande pas l'adresse, on ne l'emploie que pour tromper : ainsi je crois que , lorsqu'ils dissimulent , ce n'est pas pour sam er du mal , mais pour en faire aux autres.

— Madame de Sorcy a raison, ajouta mistriss Birton, et ce n'est que pour déchirer le cœur de lady Sumerhill que vous avez cherché à vous en faire aimer. — Ah ! mon Dieu , ma tante ! trêve de pitié, reprit sir Edmond ; les femmes, à présent, n'ont plus le cœur si faible ; comment le déchirerait-on P on ne le touche même pas ; la vanité le tient sous

MALVINA

sa garde , c'est un rempart inexpugnable qui empêche tout autre sentiment d'y pénétrer. — Est-ce vous , Edmond , qui osez faire un semblable reproche? vous qui n'avez séduit lady Sumerhill que par vanité, qui ne restez ici que pour affliger cette intéressante personne , et augmenter son penchant en excitant son inquiétude ; et cela , je vous le dirai , est une bien pitoyable vanité. Qu'en pensezvous, ma cousine? me trouvez -vous trop sévère? — Pas dans votre jugement , madame , répondit Malvina , mais dans votre supposition; car vous ne devez pas metti'e en doute que sir Edmond , l'excellent fds de la digne mistriss JSorton , ne se hâte d'aller mettre fin aux tourments de , Vintéressante femme dont il est aimé. >> A ces mots, miss Melmor jeta sur ^Malvina un regard de colère et de reproche ; et se levant , elle marcha dans la chambre, comme ne pouvant plus commander à son impatience. « La distinction de madame est très-pressante, répondit sir Edmond d'un ton piqué , et sans doute je m'y serais rendu , si je ne voyais , par l'annonce de cette fête, qu'elle doit avoir lieu dans trois jours , et par conséquent il n'est plus temps de partir. — En vérité? ajouta mistriss Birton en parcourant la feuille d'un air inquiet; mais du moins , Edmond , si ce n'est plus pour le fête que vous retournerez à Edimbourg , que ce soit par considération pour la jeune personne ; elle doit être si surprise de ne vous avoir pas vu chez son frère, qu'il y aurait de la barbax'ie

à la faire souffrir plus long-temps

]\e le pensez-vous pas aussi , cousine ? — Je ne sais , madame , jusqu'à quel point les affections de cette jeune personne sont engagées ; mais , pour peu qu'elles le soient, et que sir Edmond s'avoue à lui-même y avoir volontairement contribué, je l'estime trop pour croire qu'il se fasse un jeu des peines

qu'on souffre pour lui, et — Ma

chère , interrompit vivement miss jMelmor, n'entendez-vous pas votre petite Fanny qui crie? sans doute elle s'est

fait grand mal. — Je n'entends rien , dit Malvina en se levant et prêtant l'oreille. — Oh ! je suis bien sûre de ne me pas tromper , et je vais y aller voir. » Malvina , inquiète , sortit avec miss Rlelmor;mais à peine furent-elles hors du salon, que la dernière s'arrêta, et dit : « Je n'ai feint d'entendre crier Fanny que pour rompre une conversation qui m'était insupportable, et pour vous demander, ma chère, quel intérêt vous excite à éloigner sir Edmond. Si c'est pour faire votre cour à mistriss Birton , je vous dirai que cela ne répond pas à ce caractère de grandeur et de générosité qu'on vous attribue, et dont M. Prior nous rebat sans cesse les oreilles. — Pour votre propre intérêt , ma chère , reprit Malvina avec un souris presque dédaigneux , je vous engage à ne pas former des soupçons qui tournent plutôt au détriment de celui qui les conçoit que de celui qui en est l'objet ; et quant à ce qui regarde sir Edmond , il me semble que ce que j'ai dit est si naturel et si simple , que je m'étonnerais , au contraire, que vous n'ayez pas ap- "puyé mon avis. — En vérité , je dois en être fort tentée , reprit miss Melmor, lorsque sir Edmond ne reste ici qu'à cause de moi ; quand il m'aime passionnément, que son intention est de m'épouser, et qu'il m'a promis d'abandonner lady Sumerhill en ma faveur! INlais ceci est un secret , et je ne vous le confie que pour vous faire sentir combien vos sermons doivent nous être insupportables à tous deux. — Mais, si les choses en sont à ce point , reprit trèsfroidement Malvina, qu'avez -vous à craindre? Supposez -vous que l'opinion d'une femme qui est aussi étrangère que moi à sir Edmond puisse l'emporter sur la passion qu'il a pour vous? — Kon , pas précisément , madame , reprit miss Melmor; mais il pourrait peut-être se laisser troubler par de grandes phrases , des airs sentencieux ; et , à moins que vous ne vouliez lui faire impression pour votre propre compte, je vous serai obligée de ne plus vous char-

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ger du soin de le prêcher. « En achevant ces mots, elle rentra précipitamment dans le salon , sans attendre sa réponse.

IMalvina, dépositaire des confldences de mistriss Birton et de celles de miss Melmor, déjà en butte aux malignes interprétations de toutes deux, se serait trouvée dans une véritable perplexité, si la droiture de ses intentions et la pureté de sa conscience ne l'eussent mise au-dessus des difficultés de sa situation. Ne connaissant point assez la vérité des choses dont on lui parlait, pour savoir de quel côté était la justice, elle se résolut à rester absolument neutre sur tous les intérêts qui s'agitaient autour d'elle; mais ce parti, le seul qui convînt à son caractère, désobligeait également mistriss Birton et miss Melmor; et , s'il ne lui en fit pas dès lors deux ennemies, du moins il les disposa à le devenir.

Depuis la confidence de miss Melmor, Malvina était peut-être plus froide et plus réservée avec sir Edmond. Elle ne descendait jamais que lorsque toute la société était réunie, et même alors feignait de ne pas entendre les choses flatteuses qu'il ne perdait jamais l'occasion de lui adresser : elle ne se sentait à son aise qu'avec M. Prior; et, quand il venait chaque matin chez elle la faire travailler à la langue erse, l'amitié et la confiance prolongeaient bien souvent l'heure de la leçon jusqu'à celle du dîner.

L'usage de la maison était qu'après le déjeûner, qui se faisait en commun , chacun se retirât toute la matinée dans sa chambre, et Malvina était "plus exacte que personne à le suivre : un matin cependant, ne voyant point Fanny auprès d'elle à l'heure où elle avait coutume de lui donner quelques leçons, elle descendit pour la chercher, et la trouva dans le salon, qui jouait avec sir Edmond Seymour. En le voyant, elle fit quelques pas en arrière , et, appelant l'enfant, elle se disposait à se retirer, lorsque sir Edmond s'avança vers elle, et lui dit : « Puisque le hasard me fournit l'heureuse occasion d'être un moment seul avec vous , madame , permettez-moi

de tâcher de ne pas la manquer et d'obtenir de vous une audience de quelques minutes. » Malvina r lugit , fit une légère inclination; sir Edmond ne demanda pas un consentement plus formel , et, fermant la porte , il la conjura de s'asseoir , se plaça auprès d'elle , et lui parla ainsi : ^ L'espoir de vous voir prendre quelque intéi et à ma situation , madame , n'est point ce qui m'engage à vous parler; je sais trop que vous ne m'avez pas jugé digne de vous en inspirer; mais, comme vous parûtes appuyer l'autre jour le désir que mistriss Birton manifestait de me voir retourner à Edimbourg, je voudrais savoir (s'il n'y a pas d'indiscrétion du moins) jusqu'à que! point ma tante vous a instruite des affaires qui peuvent m'y appeler. — Je n'ai su d'elle, reprit Malvina, que ce qui a été dit devant vous : que vous avez promis votre main à une jeune personne charmante qui vous aime; que vous l'abandonnez précisément parce qu'elle vous aime, et pour mille autres qui ne la valent pas ; voilà tout , monsieur. — Voilà tout, répliqua sir Edmond eu la regardant avec un mélange d'inquiétude et de tendresse; et c'est bien assez , je suppose , pour avoir fixé définitivement votre opinion sur mon compte. — Puisque vous m'interrogez, répondit-elle, je conviendrai que j'ai été surprise qu'on pût reprocher au bienfaiteur de tant de malheureux , au parrain d'Azoleta, au fils de la digne Norton , de mettre sa gloire à manquer auprès des femmes de cette noble franchise , de cette délicate probité qui , à mon gré, constituent le véritable homme d'honneur. — Je ne prétends point me disculper de tous les torts qu'on m'attribue, madame, répondit -il : sans doute j'en ai eu beaucoup, et j'avoue même qu'en arrivant ici j'étais loin de les considérer du même œil dont je les vois à présent; mais , sans entrer dans les motifs d'un changement que celle qui en est cause refuserait peut-être d'écouter, je me contenterai de rectifier plusieurs erreurs que le récit de mistriss

MALVINA

Birton a dû faire naître dans votre esprit : je n'ai jamais pris aucun engagement avec lady Sumerhiil, madame, et je ne l'ai jamais aimée ; quoique parfaitement belle , elle n'a point ce qui touche et qui plaît. Jamais, a dit un de nos poètes , vous n^ assignerez de cause % l'amour, elle n'est point dans les ^raits du visage , inais dans le cœur de ''amant ' : le mien a toujours été muet 30ur elle; et, comme son caractère nonchalant et frivole n'est susceptible d'aucun sentiment vif, j'ai lieu de croire jue la sorte de préférence qu'elle a daigné m'accorder ne peut nuire à son re- )os. — Alors, monsieur, répliqua Mal- /ina, peut-être mistriss Birton vous )làmera-t-elle de ne l'avoir pas avertie )lus tôt de vos dispositions , et de lui ivoir laissé faire des avances que vous l'étiez pas sûr de confirmer. — Si je n'ai )oint déclaré dès le premier moment [ue je refusais de m'unir à lady Sumerlill , répondit sir Edmond, c'est que, l'ayant alors aucune idée sur le bonheur '.onjugal, je croyais que, comme tant l'autres, je pourrais me résoudre à )rendre une compagne comme on fait m marché, et, sous ce point de vue, ady Sumerhiil meconvenait assez; mais, lepuis qu'un événement inattendu a hangé toutes mes idées et mes prinipes , et qu'un choix , que je regardais i indifférenimeiit, me paraît aujourl'hui si précieux, que toute ma destinée n dépend , j'ai dû renoncer à lady Sunerhill ; je l'ai fait du fond de mon cœur, t avec d'autant moins de scrupule , que, omme je vous l'ai déjà dit, jamais je l'ai donné de parole à cet égard ni à lie ni à sa famille : si ma tante a donné 1 sienne , c'est sa faute , je ne Ten avais as chargée, et je ne crois pas devoir ayer son inconséquence du bonheur de oute ma vie. INe le pensez-vous pas, (ladame? — Oui, monsieur, répondit lalvina , convaincue que tout ce qu'il aisait entendre se rapportait à miss lelmor; et je pense aussi que votre noueau choix n'éprouvera aucun obstacle

I Dryden.

de la part de mistriss Birton, si elle peut croire qu'il vous rende heureux ; sans doute il ne vous manque que de le lui annoncer pour le voir confirmer; et, quant à moi, monsieur, touchée de la confiance que vous [venez de me témoigner, soyez assuré de la sincérité de mes vœux pour l'accomplissement des vôtres. » Ce compliment fit assez connaître à sir Edmond combien elle était loin de le comprendre; mais l'air excessivement froid dont elle le prononça lui donna que'ques espérances ; ce ton était si peu naturel à IMalvina, que, pour le prendre, il fallait qu'elle fût affectée d'un sentiment très-particulier; il ne voulut pas s'expliquer davantage avant d'en être sûr ; et ils se séparèrent sans que la conversation eût été poussée plus loin.

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