INQUIÉTUDES, RETOUR
On attendit en vain sir Edmond à l'heure du dîner; il ne parut point. Chacun s'étonnait de sa longue absence, et, pour la p-emière fois, Malvina ne remonta point dans sa chambre en sortant de table. Elle était inquiète ; bientôt elle le devint davantage en voyant le jour décliner. Enfin, quand les heures, se succédant l'une à l'autre, eurent enlevé toute espérance de revoir sir Edmond avant la nuit, Malvina ne sut plus contenir ses craintes. « Le temps était si froid , les chemins si dangereux ! Peut-être sir Edmond s'était-il égaré; peut-être était-il sans asile :
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pourquoi n'enverrait-on pas des domestiques avec des flambeaux l'appeler , le chercher, le secourir ? — Il tombe une neige alfreuse , lui dit M. Prior ,: comment avoir le courage de mettre des hommes dehors à cette heure-ci ? — Et comment avoir celui de laisser sir Edmond exposé à toutes les rigueurs d'une pénible nuit? s'écria Malvina. Il aura peut-être conduit ce vieillard bien loin; il sera revenu tard; l'obscurité l'aura surpris en route ; le froid va le saisir ; peut-être dans ce moment n'a-t-il pas une roche pour mettre sa tète à couvert ; peut-être est-il sans abri contre les vents impétueux; peut-être la neige va-t-elle l'engloutir : faut-il qu'un homme si généreux devienne la victime de sa bienfaisance? »
En parlant ainsi Malvina était émue , agitée; quelques larmes même coulaient le long de ses joues. M. Prior, touché de son inquiétude, s'approcha d'elle, et lui dit : « Je suis prêt à vous obéir; désirez - vous que je réunisse tous les hommes de la maison , et qu'à leur tête j'aille à la recherche de sir Edmond?
daignez me donner vos ordres. — Ah !
M. Prior, répondit-elle vivement, je me trompe fort, ou sir Edmond n'eût pas attendu les miens pour vous secourir. « fil. Prior, cruellement blessé de cette réponse , ne sortait pas moins pour remplir les intentions de Malvina , lorsque mistriss Birton l'arrêta. « Sans l'extraordinaire émotion de ma cousine, dit-elle, je pourrais peut-être m'étonner de vous voir l'un et l'autre disposer de mes gens sans mon aveu; mais, tout en vous excusant, permettez-moi de m'opposer à une folie qui pourrait faire beaucoup souffrir mes domestiques, sans être d'aucune utilité à sir Edmond : il faut croire qu'il n'aura pas eu l'imprudence de s'exposer à revenir si tard , et qu'il se sera décidé à passer la nuit dans une cabane de montagnard. — Il est dommage, madame , reprit Malvina avec amertume, que vous n'ayez pas parlé ainsi ce matin , et persuadé à sir Edmond qu'il fallait croire que le vieil-
lard trouverait son chemin tout seul ; peut-être se serait-il englouti dans quelque précipice; mais qu'importe? grâce à une réflexion si prudente, votre neveu n'aurait été exposé à aucun danger.
— Ma chère, répéta mistriss Birton avec ironie, après l'avoir considérée un moment en silence , à quoi bon cet emportement de sensibilité? n'avez-vous pas assez montré que vous êtes sensible, excessivement sensible? nous n'avons pas bes.oin de nouvelles preuves ! — Eh quoi ! interrompit Malvina avec chaleur, c'est vous, vous, dans un pareil moment, quand la vie d'un honnne, de votre neveu , est peut-être en danger, qui supposez qu'on peut s'occuper de soi. — Mon Dieu, ma chère, reprit mistriss Birton, ne savons-nous pas qu'il est des gens qui ne se perdent jamais de vue?
— Oui, sans doute, il en est, ajouta vivement M. Prior, et je ne conçois pas comment madame de Sorcy peut en douter encore. » Ce discours, dont mistriss Birton pénétra facilement l'intention, l'offensa cruellement; elle allait y répondre avec colère, quand , par une présence d'esprit rapide, elle sentit que se fâcher d'un pareil propos , était presque avouer qu'il la regardait; et, ne voulant pas avoir l'air d'admettre la possibilité d'une pareille application, elle se calma avec effort, et répondit avec douceur : « Il se peut, ma chère Malvina, que j'aie été injuste ; mais, lorsque j'ai plus sujet que personne d'être inquiète, puisque personne n'aime ici mon neveu autant que moi , il me paraît déplacé que vous vouliez avoir l'air de m'indiquer ce que j'ai à faire, et que vous taxiez de froide prudence un refus que la seule humanité me prescrit. — L'humanité! s'écria Malvina étonnée.
— Assurément, continua mistriss Birton; car de quel droit irais-je sacrifier plusieurs personnes à la sûreté d'un seul ? C'est donc par devoir que je sacrifie le désir, l'impérieux désir d'envoyer mes gens au secours de sir Edmond ; et croyez, ma chère IN^alvina, que personne ne m'aurait prévenue dans ce
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mouvement, si je n'avais pas senti la né- de fermer ses paupières, lorsqu'elle en
cessité d'y résister
Au fond, niistriss Birton ne pensait pas un mot de ce qu'elle disait : si l'idée de faire courir au-devant de sir Edmond lui était venue la première, elle l'aurait exécutée sur-le-champ, en aurait parlé avec emphase, se serait alarmée avec excès; mais adopter un pareil conseil était convenir qu'une autre avait été plus vivement affectée qu'elle, et c'est à quoi mistriss Birton ne pouvait consentir.
Il était fort tard quand la compagnie se sépara; Malvina monta chez elle, en proie aux plus vives alarmes : elle fit cou(^her miss Tomkins , et resta seule au coin de son feu ; l'inquiétude la tenait éveillée, et l'agitation l'empêcha de pouvoir s'occuper. Effrayée de la violence du vent, qui faisait craquer ses croisées, elle se levait, regardait le temps , et voyait la neige tomber à gros flocons. Elle'se figurait qu'il y en avait au moins deux pieds d'épaisseur sur la terre , et que sir Edmond allait y être englouti : les torrents qui mugissaient au loin lui semblaient des cris plaintifs, et le sinistre croassement des hi-. boux des appellations douloureuses ; elle pleurait, et, élevant ses mains avec ferveur, elle demandait au ciel de veiller sur lui , et de le garantir de tout danger. Malvina, quoique aussi extrêmement inquiète, trouvait si naturel de l'être , et comprenait si peu qu'on ne le fût pas, que, loin de faire des retours sur elle-même, et de s'interroger sur la cause d'une agitation si vive, elle ne doutait pas que toute autre personne qui se fût trouvée dans la position de sir Edmond ne l'eût intéressée au même point; et peut-être avait-elle raison : il est des âmes où la voix de l'humanité parle si haut, (pie celle de la tendresse même ne pourrait s'y faire mieux entendre.
Le jour paraissait depuis une heure , et Malvina , brisée d'agitation et de fatigue, s'était jetée sur une chaise longue , où un léger assoupissement venait
tendit la cloche d'entrée retentir dans tout le château, elle se lève aussitôt, sort précipitamment de sa chambre pour regarder à une des croisées qui donnaient sur la cour, et la première chose qu'elle aperçoit, c'est sir Edmond couvert de neige, et entouré de tous les gens de la maison, qui paraissaient le questionner avec autant de curiosité que d'intérêt. En le voyant , elle fit un cri de joie, et, rentrant bien vite dans sa chainhre, l'attendrissement succéda à l'inquiétude, et, les yeux baignés de larmes, elle remercia le ciel de l'avoir sauvé.
Cependant , quelques instants après , le bruit qui se fit dans la maison, et les voix confuses de mistriss Birton , M. Prior et miss Melmor, lui ayant appris que tout le monde était réuni auprès de sir Edmond, l'idée d'aller les joindre la troubla; le souvenir de l'inquiétude qu'elle avait manifestée la fit rougir, et elle se sentit embarrassée de paraître devant ceux qui en avaient été témoins; d'ailleurs elle redoutait que le bavardage de mistriss Melmor et de sa fille ne révélât à sir Edmond tout ce qu'elle avait souffert en son absence. Ce n'est pas qu'elle soupçonnât encore qu'il y eût plus qu'un intérêt ordinaire dans ce qu'elle éprouvait, mais peut-être sir Edmond en jugerait autrement : on le disait présomptueux , il était à craindre qu'il ne se méprît sur la cause de son inquiétude. Pendant qu'elle réfléchissait, sa porte s'ouvrit tout-à-coup , et sir Edmond parut , les habits mouillés et en désordre, le visage pâle et fatigué, mais les yeux animés et brillants de tout ce que l'espoir a de plus vif, et la tendresse de plus doux. « Eh quoi ! madame, s'écria -t- il, ne m'a-t-on pas trompé ? serait-il vrai que mon sort vous eût intéressée, et que votre ame généreuse ait daigné s'occuper de moi?
Cette espérance, que j'étais si loin d'oser concevoir, m'a fait oublier toutes mes souffrances, me les a rendues chères : ah ! ne refusez pas de la confir-
MALVITSA.
mer ; que j'entende de votre bouche que j'ai été présent à votre pensée et l'objet de votre pitié ! » En prononçant ces mots avec la plus grande vivacité, il avait pris la main de Malvina, et fixait les yeux sur les siens avec une tendre sollicitude , et une ardeur qui la fit rougir. Surprise, émue, incertaine, elle répondit en hésitant : « Assurément
j'ai été inquiète qui ne l'eût pas
été? la nuit était si affreuse —
Assurément, sir Edmond, s'écria miss Melmor en accourant tout essoufflée, vous ne vous êtes pas fait dire deux fois d'aller rassurer madame de Sorcy : hé bien , a-t-elle été bien pathétique dans le récit de son inquiétude? Mais, en vérité , ajouta-t-elle en voyant que le lit de Malvina n'était point défait, je crois qu'elle ne s'est point couchée; vraiment on ne peut porter plus loin l'intérêt.
Mon Dieu , ma chère, comme vous êtes changée! comme vos yeux sont battus!
vous n'êtes pas jolie le moins du monde aujourd'hui. — Ah ! s'écria sir Edmond transporté, et en la regardant avec un attendrissement qu'il ne pouvait contenir, jamais elle ne m'a paru si belle ! » Malvina, confuse, balbutiait quelques phrases : « Son inquiétude avait été comme celle des autres on l'exagérait beaucoup. » Mais miss Melmor , piquée de l'extrême préférence que sir Edmond donnait à INlalvina, cherchait à s'en venger en accablant celle-ci de piquantes railleries ; elle contrefaisait assez pbisamment son accent, et cherchait finement à jeter sur ses discours une teinte de ridicule qui la rendît moins aimable aux yeux de son amant ; et peutêtre aurait-elle atteint ce but, si l'espoir d'être aimé de Malvina n'avait entièrement absorbé toutes les pensées de sir Edmond : l'embarras qu'elle éprouvait, son trouble, sa rougeur, étaient un spectacle ravissant pour lui ; il en jouissait délicieusement; mais, comme avec le véritable amour la délicatesse s'était glissée dans son cœur, il ne voulait déjà plus d'un plaisir acheté aux dépens de celle qu'il aimait; et, renfermant sa joie
dans son sein, il se hâta de la (juitter sans paraître remarquer son désordre , et en la priant d'excuser la liberté qu'il avait prise d'entrer si brusquement chez elle.
Durant quelques jours, miss Melmor se fit un malicieux plaisir d'embarrasser Malvina, en revenant toujours sur ce sujet; mais sir Edmond le détournait avec tant de modestie et d'adresse , que Malvina ne pouvait s'empêcher de le remarquer et de lui en savoir gré au fond de l'ame. Un jour où il venait d'en être question encore, le hasard ayant éloigné tout le monde du salon , elle saisit l'instant où elle se voyait à l'abri des railleries pour lui demander quelques détails sur cet événement, et s'il était vrai qu'il eût marché une partie de la nuit. « Oui , lui répondit-il ; la neige et la tempête ne pouvaient m' arrêter, quand c'était ici que je revenais : j'ai dû sacrifier le plaisir d'être auprès de vous au besoin qu'un malheureux avait de moi; mais, pour vous revoir un instant plus tôt, on peut risquer sa vie. » Ces mots n'eurent pas l'air d'un compliment, et n'en étaient pas un; sir Edmond était pénétré de ce qu'il disait. Cependant le souvenir de miss Melmor empêche Malvina de le croire, et elle soupire de ce qu'il paraît la confondre avec toutes les femmes en lui adressant ces compliments exagérés qu'il s'accuse lui-même de leur prodiguer. Ce soupir ne fut pas perdu pour lui ; il regarde îMahina avec une tendre inquiétude ; il cherche à deviner son silence. « Quelle pensée occupe votre esprit ? lui demanda-t-il. Ah ! que ne m'estil donné de lire dans votre cœur ! — Et qu'y verriez -vous , reprit-elle, que deuil et que tristesse? Hélas! plus je connais le monde , plus je ressens toute l'étendue de la perte que j'ai faite. Il fut un cœur tendre et vrai, sir Edmond, un seul, sans doute , que le mensonge ne souilla jamais ; le ciel l'offrit de bonne heure à mes regards, j'appris à l'aimer en commençant à vivre. Dans l'ame de Clara régnait la franchise, )a pureté; on eût dit que toutes les vertus s'y étaient ré-
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fugiées; et en la perdant, comme l'Eve de Millon chassée de l'Éden, je suis descendue sur une terre malheureuse et désenchantée par de pénihles comparaisons.—Ah! reprit sir Edmond avec émotion, ignorez-vous donc qu'il est un autre Éden que celui de l'amitié, mille fois plus doux, plus enchanteur, autant au-dessus du sien que le bonheur l'est du repos ? — Quand je le croirais , répliqua-t-elle en s'efforçant de sourire, je n'en serais pas plus heureuse, puisque j'ai juré de n'y jamais entrer. — Et pensez-vous , reprit-il , que vous soyez enchaînée par un serment que la nature réprouve? Vous fûtes coupable de le prêter, Vous le seriez bien plus de le tenir. — Brisons là-dessus, interrompitelle; c'est un sujet sur lequel je ne sais point badiner, et qui est trop grave pour vous. — Et supposez -vous, madame, que je ne puisse pas être sérieux quelquefois ? J'oserais affirmer qu'en dépit de la légèreté qu'on m'attribue . il est des choses qui peuvent m'affecter plus profondément qu'un autre peut-être. — Malvina répondit en souriant qu'il fallait alors en féliciter miss Melmor. — IMiss Melmor ! interrompit-il étonné : pourquoi miss IMelmor ? quel rapport peutil y avoir entre nous deux? — Mais je pense que ce n'est pas à moi à vous l'apprendre.— Je vois, madame, reprit-il gravement , qu'on m'a calomnié près de vous. — Calomnié, sir Edmond! lorsqu'on vous suppose attiré, séduit par les grâces d'une jeune personne toute charmante, cette calomnie n'a-t-elle pas tout l'air d'une vérité? — Sans vouloir rien cter aux charmes de miss Melmor, madame, je vous dirai que si, durant mon ■ séjour ici, c'eût été elle qui m'eût fixé, je serais presque méprisable à mes propres yeux. Moi, aimer miss Melmor!
ah! Dieu!. tout mon cœur se révolte contre une pareille accusation. — Cependant, ajouta Malvina en souriant encore, je crois que vous êtes le seul ici qui en doutiez. — Je serais bien fâché que miss Melmor le crût, madame, mais moins que si vous le pensiez vous-même. Ose-
rai-je vous demander, madame, si c'est voas qui avez remarqué l'inclination que vous me supposez pour elle? — Non, monsieur; et sans doute je n'y aurais pas songé, si chacun n'en parlait pas.— Et ce chacun est, madame....? — Mais à peu près tous ceux qui vous voient.... Au reste, ajouta-t-elle, je ne sais pourquoi vous vous défendez , comme d'un tort , d'un sentiment aussi naturel :
miss Melmor est jolie, aimable; son caractère est gai , vif comme le vôtre. — Oui, madame, interrompit encore sir Edmond, je sais qu'on m'a reproché souvent d'être gai jusqu'à la folie ; mais croyez pourtant que j'ai dans l'ame tout ce qu'il faut pour ne l'être pas toujours. »
Et voilà précisément la cause secrète qui, à l'insu de Malvina, l'avait invisiblement subjuguée : tandis qu'elle croyait n'avoir rien à redouter de sir Edmond, à cause de l'opposition de leurs humeurs , elle n'avait pas prévu tout l'attrait qu'a pour une femme sensible un esprit habituellement gai, et qu'elle sait rendre sérieux; un caractère léger, et qu'elle parvient à flxer.
Ce tour qu'avait pris la conversation commençait à embarrasser Malvina. Le reste de la soirée elle fut rêveuse, elle le fut encore le lendemain. Déjà le souvenir de son amie se perd dans le lointain, sa douleur est suspendue, son sang, plus agité, se porte vers son cœur; elle n'a plus de pensées que pour un objet , elle est toute à lui, et ne s'en doute point encore ; elle ne s'en apercevra que lorsque les premières atteintes de la douleur lui feront connaître un mal mille fois plus cruel que tous ceux qu'elle a éprouvés. L'infortunée alors voudra s'y sous traire, il ne sera plus temps; car l'amour, cette puissance enchanteresse et dominatrice, subjugue avec un attrait invincible et si doux, qu'on est soumis avant d'avoir pensé à se défendre , entraîne avec tant de rapidité, que souvent on est au bout de la carrière quand on se croit libre de n'y pas entrer, et choisit toujours , pour déployer l'étendue de ses
MALVINA
forces , l'instant où on n'en a plus pour lui résister.
Qui pouvait éclairer IMalvina sur le penchant qu'elle éprouvait ? L'expérience ? elle n'en a point. L'amitié ?
milady Sheridan n'est plus , et M. Prior ne peut la remplacer. Outre que , dans une pareille situation, l'amitié des hommes a toujours l'air intéressé , ils n'ont pas cette délicatesse de tact qui pressent ce qu'on voudrait dire , qui devine ce qu'on n'ose avouer, et éclaire sans jamais faire rougir. D'ailleurs, M. Prior ne suppose pas possible que l'amour puisse naître entre Malvina et sir Edmond ; leurs caractères ont si peu de rapport, que, plus il approfondit ce qui les compose, plus il voit ce qui les sépare : l'une est si constante et l'autre si changeant ! l'un traite avec tant de légèreté ce que l'autre regarde comme si important ! sir Edmond ne veut que du plaisir, IMalvina ne demande que de la tendresse : un moment , en passant , est tout ce qu'il faut au premier; la vie entière de l'autre suffirait à peine au besoin de son cœur. Là où il n'y a aucun accord, peut-on se sentir attiré?
et aime-t-on ce qu'on n'entend pas?
Voilà ce que pensait M. Prior; mais il ignorait que, si l'amour naît de la sympathie, il naît aussi des contrastes, et qu'il se plaît souvent à réunir, par les liens les plus étroits, ceux que la nature semblait destiner à ne se rapprocher jamais.