‹ Œuvres complètes de Mme. CottinChapitre 28 sur 188 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

Pour surmonter tendre langueur

Avec courage , Ai fui souvent dans l'épaisseur

Du bois sauvage:

Las I y portais avec mon cœur

Ta douce image.

Cruel! quand vas fuir le séjour

Lie ton amante, Devrais t'oublier sans retour:

En vain le tente ; Plus veux éteindre mon amour.

Plus il augmente.

Mais, du moins, quand t'éloigneras.

Regrette et pleure Ces longs jours où plus ne seras

Dans ma demeure.

Et dont loin de toi vais , hélas !

Compter chaque heure.

Ces paroles firent une si vive impression sur Malvina , qu'en les finissant sa voix tremblante ne pouvait plus se faire entendre. « Allons, lui dit mistriss Birton, finissons; je vois que vous n'êtes pas bien disposée aujourd'hui , et je ne vous entendis jamais si mal chanter. « Un regard de sir Edin,ond apprit à Malvina qu'il était loin de penser ainsi , et ,

avançant sa tête comme pour regarder ce souvenir Peut-être demain te re-

les couplets qui étaient sur le pupitre , verrai-je encore..... A chaque pas qui te 1 feignit de les lire à demi-voix; mais, '- ^ '- '-

au lieu de paroles, il disait ces mots, qui n'étaient entendus que d'elle : « Que vos accents sont délicieux ! ils promettent la félicité suprême au mortel préféré par vous. Me laisserez-vous partir sans espoir, tandis qu'un mot, un regard peuvent me mettre dans les cieux.?» Malvina baissa tes yeux, car elle sentait qu'un regard serait une réponse ; mais elle ignorait que le silence en était une aussi : sir Edmond ne s'y méprit pas.

Enfin, lorsque chacun se leva pour rentrer dans le salon, Malvina, brisée par les impressions qu'elle avait reçues, demanda à sa cousine la permission de se retirer; ce qui lui fut bientôt accordé. « Quoi ! vous nous quittez déjà ? lui demanda vivement sir Edmond : du moins ne vous verrai-je pas demain avant mon départ? et, si vous ne descendez jias déjeûner, me serait-il permis d'aller prendre congé de vous dans votre appartement ? » Malvina , troublée , lui répondit de ne point se donner cette peine, que sans doute elle descendrait, et se sauva aussitôt. La voici dans son appartement , elle s'y promène à grands pas , elle tremble de descendre dans son cœur; et, dans l'excès de son agitation, elle laissa échapper ces mots : « Le bonheur est loin de moi , et la paix encore davantage. Pourquoi suis-je si agitée ? Je tremble, et ne puis suivre une idée avoir un prétexte d'éviter la visite de

rapproche de moi , je sens que mon ame me quitte ; je perds la vie quand tu es là; une oppression insupportable agit sur tous les points de mon existence.

Ote-toi , va ; ta présence me ferait mourir. »

Un cri de Fanny la rappelle à ellemême ; elle se précipite vers son berceau. « Ah! s'écrie-t-elle , n'ai-je pas juré de consacrer mes jours à cette enfant? Clara, sur son lit de mort, n'at-elle pas reçu mes serments? Du haut des cieux, elle me les rappelle encore; mais, dans l'état où je suis, peut-elle me reconnaître? suis-je digne encore d'être mère et amie? O ange tutélaire! esprit saint ! vois mes pleurs, et aies-en pitié; prête-moi des forces contre ma faiblesse; sans doute c'est pour me sauver que tu éloignes d'ici cet homme dangereux :

j'entends ta voix, elle a percé la voûte immense des cieux pour arriver jusqu'à moi ; tu m'ordonnes de ne plus le voir; j'obéirai. »

L'infortunée alors se jette sur son lit, et enveloppe dans le silence ses douloureux combats.

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