‹ Œuvres complètes de Mme. CottinChapitre 31 sur 188 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

KOCVELLE CONNAISSANCE.

Ce fut dans les premiers jours d'a^Til que Malvina partit, avec une société qu'elle n'aimait guère, pour une ville dont elle ne se souciait pas du tout, et où elle allait revoir un homme qu'elle craignait beaucoup ; mais qui sait si cette dernière considération , si déterminante pour n'y point aller, ne fut pas précisément celle qui l'engagea , à son insu, à passer par-dessus les deux au-

très ? à son insu ne cloutait pas que la raison seule n'eût dicté ce parti : elle ne s'y était arrêtée que par la conviction qu'une image trop chère est plus dangereuse dans l'éloignement, où on l'embellit comme on veut, qu'en sa présence, oii on la voit telle qu'elle est ; il lui semblait qu'en étant témoin des empressements de sir Edmond auprès de toutes les femmes, ainsi que de son union avec lady Sumerhill , elle n'aurait plus rien à craindre de lui. C'est ainsi que Alalvina raisonnait : lorsque la passion cherche un prétexte pour ses faiblesses , l'imagination en a toujours un tout prêt à lui offrir; de tous ses abus, c'est le plus terrible sans doute , car, lorsque l'imagination nous égare et nous perd , c'est moins quand elle s'abandonne à ses écarts que quand elle prétend les justifier, et l'excès de son délire même est moins à craindre que les sophismes de sa logique.

Le troisième jour de leur voyage, niistriss Birton prévint ses compagnes qu'elle s'arrêterait avec elles , le soir , chez mistriss Clare , dont le château se trouvait sur leur chemin. « J'ai connu jadis cette dame à Edimbourg, dit-elle, au moment où un mariage très-avantageux venait de la jeter dans le plus grand monde; depuis j'ai appris qu'étant devenue veuve, elle s'est retiiée à la campagne, où elle vit avec son père. Le monde l'accuse d'avoir une humeur un peu sauvage, et prétend même qu'elle met une sorte d'ostentation dans son goût pour la retraite ; et il faut bien que le monde ait raison, car moi, qui aime la solitude plus que personne , comme je suis naturelle et vraie, jamais il n'a songé à me faire le même reproche.

Malvina ne répondit rien ; elle ne pouvait défendre une femme qu'elle ne connaissait pas de l'accusation qu'on portait contre elle; mais elle pouvait moins encore accorder à mistriss Birton les louanges qu'elle semblait demander.

Le soir on arriva chez mistriss Clare : Malvina vit une femme jeune encore ;

sans doute, car elle ses manières étaient simples, et sa

conversation animée et naturelle. S'il y avait beaucoup de modestie dans son maintien , il y avait une grande fierté sur son front, et tant de franchise dans toute sa personne , qu'il lui fut également impossible de dissimuler son eioignement pour mistriss Birton , son indifférence pour niistriss Fenwich , et son penchant pour Malvina. Celle-ci, soit par sympathie ou par reconnaissance, éprouva de son côté une sorte d'intérêt très-vif pour mistriss Clare. Le lendemain matin, se trouvant réunies de très-bonne heure dans le salon, elles parurent également charmées de ce têteà-tête; et, pour le prolonger plus longtemps, elles furent dans le jardin ; et, en se promenant dans des bosquets qu'une naissante verdure commençait à ombrager, elles causèrent avec une intimité qui semblait dater de plus d'un jour.

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