UNE LETTRE
Sm EDMOND SEYMOUR A MADAME DE SORCY.
« Vous m'avez laissé accablé de votre indignation et déchiré par mon repentir. Je dirais mal ce que j'ai souffert depuis ce moment. L'existence que vous m'avez créée m'est trop nouvelle pour que Je puisse la décrire. Jusqu'à ce jour, j'avais ignoré qu'il était des peines et un bonheur au-dessus des forces humaines : il n'appartenait qu'à vous, sans doute, de me faire sentir les unes, et concevoir l'espoir de l'autre; mais cet espoir, que mes torts et votre sévérité semblent éloigner chaque jour, cet espoir qui devient le plus affreux des supplices pour celui qui a osé y croire et à qui il échappe, quand vous saurez que c'est la violence même de ma passion qui m'a rendu coupable, ô Malvina! cet espoir ne me sera-t-il pas rendu ?
« Ne pensez pas qu'en désirant votre tendresse, je me croie digne d'un pareil bien; mais, s'il fallait vous valoir pour vous obtenir, quel mortel oserait aspirer à vous? IMalvina, je reconnais tout ce que vous êtes et je vois ce que je suis : la distance est immense, mais je vous aime, et ce mot me rapproche de vous. Guidez-moi dans la route que \ ous parcourez ; faites de moi un nou- \d être qui réunisse tout ce qu'il faut nour vous plaire, comme il a déjà tout ce qu'il faut pour vous chérir : il n'est j)oint d'efforts que je ne tente, point d'épreuves que je ne veuille subir pour " vous mériter : mes erreurs furent innombrables, je le sais; mille fois des ■ eux coupables ont profané mon cœur; mais l'image de Malvina l'épurera; « qu'elle daigne seulement l'accepter ce « cœur tout à elle, et dès lors, pour être « digne de lui appartenir, il tentera de « lui ressembler. Un mot de ?t!aivina