‹ Œuvres complètes de Mme. CottinChapitre 38 sur 188 · NA · texte numérisé non relu

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peut faire de moi un nouvel être : elle peut transformer en vertus jusqu'à mes défauts mêmes : qu'elle ordonne, je puis tout pour lui obéir, oui tout, excepté de cesser de l'aimer. 0 Malvina ! femme adorée , ne rejetez pas mes vœux : je suis indigne de vous, je le sais ; mais croyez pourtant qu'avec une passion comme la mienne, et une idole comme vous , on est plus près de l'héroïsme que tous ces hommes froidement vertueux qui se traînent vers la sagesse. Malvina , pardonnez à un téméraire qui, avant d'avoir acquis le moindre droit sur votre cœur, a osé être jaloux; mais l'image de M. Prior, de cet homme à qui vous conservez une si tendre et si inaltérable amitié, me poursuit et me déchire : c'est déjà trop de vous être indifférent; voir un autre préféré par vous, est un tourment que je ne supporterais pas. A cette seule idée je deviens insensé , furieux, et je ne sais oii je poserais les bornes de mon emportement et de ma vengeance.

Vous, Malvina, sensible! et sensible pour un autre ! Oh ! que l'intolérable angoisse doiTt une telle crainte a torturé mon cœur m'obtienne mon pardon de la généreuse Malvina ! Ah ! sans doute la pitié l'emporterait sur la colère, s'il m'était donné de vous peindre tout ce que j'ai souffert en apprenant de mistriss Melmor elle-même que M. Prior n'avait été renvoyé de Birton-Hall que parce qu'il était aimé de

vous Aimé de vous! lui, M. Prior

ô Malvina ! sans doute je n'aurais pas du le croire. La veille de mon départ, lorsque j'osai vous montrer la peine que j'éprouvais de votre liaison avec lui, ne me répondîtes- vous pas, avec cet accent pénétrant qui n'appartient qu''à vous, ces mots qui s'étaient écrits dans mon cœur : Jhl je ne veux jamais vous affliger? Ne devaient-ils pas ine suffire pour repousser toutes les calomnieuses instigations dont on tentait de vous noircir? Mais, Malvina, est-on toujours juste et de sang-froid, quand on est atteint dans la partie la

« plus sensible de son cœur ? et ne fut-il « pas expié par une triste habitude de « méfiance , le crime d'avoir trompé sou- « vent ? O Malvina ! le repentant Ed- « niond n'est digne de vous que par des « remords : si vous saviez que de ser- « ments il a trahis ! Mais le passé ne fait « plus partie de mon existence; je n'ai « commencé h vivre qu'en vous aimant ; « vous in'avez éclairé d'un nouveau jour ; « vous avez tout changé autour de moi; « ce que je nonnr.ais plaisir, amour, ne « me paraît plus qu'ennui et que men- « songe, et je crois sentir mon ame s'éle- « ver et s'agrandir depuis qu'un ange « est le but oii j'aspire ; et c'est de cet « ange que j'ai osé douter ! O Malvina ! « quels que soient mes torts et votre «vengeance, vous saurez tout; vous « saurez qu'en ajoutant foi aux discours « de mistriss Melmor, je jurai de renon- « cer à vous, que je tachai même de vous « haïr, que j'aurais trouvé une secrète «jouissance à vous le faire savoir, si «j'avais cru vous affiiger; mais vous « parûtes , et toutes mes résolutions s'é- « vanouirent : je voulus combattre en- « core et vous Ijraver; je ne fis qu'ag- « graver mes torts ; mon amour seni- « blait s'accroître par les sacrifices que «je lui imposais, et, pour vous croire « innocente, je n'eus besoin que de vous «voir. Mais, ce matin, lorsque cette « terrible lettre est venue épouvanter « mes yeux et glacer l'ardeur dont mon « ame était embrasée , je n'ai pas été « maître de ma jalousie; une aveugle et « stupide vengeance m'a fait recourir, « pour me soulager, au moyen qui de- « vait combler mon désespoir. Ne distin- « guant plus dans ce moment Malvina «de tout son sexe, j'ai cru l'offenser « en affectant un ton enjoué et frivole « auprès d'une autre femme : hélas !

«qu'ai -je gagné à ce pénible artifice?

(^ une réponse qui, toute dure qu'elle « était, peignait moins encore votre mé- « pris que le regard dont elle était ac- « compagnée. Malvina me méprise et me «hait! Malvina croit peut-être que je « l'ai trompée ! ah ! qu'elle m'accable de

MALVINA

« sa colère , qu'elle me repousse , me fuie « et me déteste, je ne me plaindrai pas, «je l'ai trop mérité; mais, du moins, «qu'elle ne doute pas de mon amour; « mon amour est toute ma consolation « et mon unique vertu, et c'est lui seul « qui , m'attachant toujours à l'espoir « d'attendrir celle que j'aime, me retient « encore à la vie.

'< Edmond Seymoub. »

En finissant cette lettre, Malvina s'abandonna quelques instants aux plus séduisantes idées : il lui semblait en effet que sir Edmond , dépouillé de ses anciens goûts , renonçant pour jamais aux pernicieuses erreurs qui l'avaient égaré, recommençait pour elle une existence dont il lui devrait tout le bonheur. Combien elle lui pardonnait les emportements de sa jalousie ! Quelle femme ne voudrait pas trouver de pareils torts à l'objet qu'elle aime? « Oh ! quel charme, s'écria-t-elle , de pouvoir arracher au vice une ame comme la sienne! de faire tourner au profit du bien tout le feu dont elle paraît consumée! de lui apprendre à connaître cette volupté exquise qui naît d'un sentiment tendre et délicat, et de la pratique constante de la vertu ! Quoi ! c'est moi qui me trouverais appelée à remporter un pareil triomphe ! un triomphe dont la récompense serait cVvUe aimée d'Edmond, et d'oser me livrer sans rougir à ce sentiment qui m'entraîne, me domine malgré moi , et dont, jusqu'à présent, je n'ai recueilli que doMleur et que honte! 0 Dieu! que ne suisje libre ! mais , hélas ! mon ame se giace au souvenir de mes devoirs et de mes serments. Clara, ce ne fut point à une femme soumise à une passion tyrannique que tu confias ta fille; il m'en souvient de cet instant affreux où , la remettant dans mes bras, tu me dis : Deviens sa mère, Malvina; qu'elle vive toujours près de toi : étrangère à tout autre pouvoir , je t'impose des devoirs rigoureux , je le sais , mais ce n'est pas à toi que je demanderais un sacrifice ordinaire.

Clara, je la tiendrai cette terrible pro-

messe ; je rejetterai tous les liens qui pourraient atteindre ta fllie en me ravissant mon indépendance; et, pour ne pas partager mon cœur, je le fermerai aux plus doux sentiments.... 0 Edmond! estce au moment où vous vous montrez le plus digne de mon estime qu'il faut vous dire un éternel adieu .' IMais , si je voulais fuir quand je vous croyais léger et perfide, je veux vous fuir bien davantage quand vous êtes tendre et sincère : si je ne résistai pas alors, que deviendrais-je à présent? Ali! éloignons-nous sans tarder davantage , et surtout taisons-lui un secret qui ne servirait qu'à augmenter sa douleur et ma faiblesse. >- Ainsi Malvina, déterminée à partir le surlendemain sans avoir même revu sir Edmond, se rendait victime d'une délicatesse outrée, et que son amie eût été bien loin d'exiger d'elle; mais elle croyait que son devoir l'ordonnait ainsi ; dès lors elle n'hésita pas; et tous ceux qui croiront devoir blâmer son erreur, penseront peut-être qu'il n'est pas donné à tout le monde d'en avoir de pareilles, et de ne s'égarer que par trop de vertu.

CHÂPIl RE XXIV

Le lendemain matin, sachant que sir Edmond était dans la maison , elle ne se montra point; mais, comme elle se préparait à descendre aussitôt qu'elle l'eut entendu partir, mistriss Birton entra dans sa chambre, le visage enflammé, et tous les traits violemment altérés par la colère. « J'ignore, lui dit-elle, à quoi je dois attribuer l'étrange conduite d'Edmond; mais, s'il est vrai, conmie me l'assure mistriss Fenwich , que sa désobéissance soit un effet de vos artifices, je me repentirai long-temps d'avoii- ouvert ma maison à une parente ingrate, qui n'a cessé, depuis qu'elle y est, de me nuire et de m'affliger de la manière la plus sensible , et qui vient aujourd'hui de me porter le dernier coup , en engageant mon neveu à refuser l'honorable

Vi:^A. i4l établissement que je lui avais préparé : il est dur, bien dur pour moi de m'être flattée d'une aussi noble alliance, d'avoir mis tous mes soins à en assurer le succès, et de voir mes projets déjoués par les insinuations d'une femme qui , sous le voile de la candeur, use de tout l'artifice de la coquetterie — Eh! bon

Dieu, madame! interrompit Malvina»

de quoi suis-je accusée ? et comment vous laissez-vous entraîner à m'accal)Ier de ce torrent de reproches , avant d'être sûre que je les mérite ? — jX'espérez pas que je sois aussi votre dupe, reprit vivement mistriss Birton ; je vous connais maintenant, et votre manège est découvert. Ce n'était point assez d'avoir entraîné M. Prior dans vos pièges, il fallait qu'Edmond y tombât aussi : on vous a vue, au bal, chercher adroitement à l'emporter sur lady Sumerhill; on vous a vue, hier matin , par une feinte rêverie, quelques mots entrecoupés et des regards furtifs, jeter dans l'ame d'Edmond cet esprit de rébellion que je viens d'y découvrir tout-à-l'heure. Tous les préliminaires étaient d'accord; lord Stafford allait obtenir, pour ma terre, le titre que j'ambitionne; lady Sumerhill n'attendait qu'un mot pour donner son consentement : en conséquence , je fais venir ce matin Edmond dans mon cabinet, je lui dicte ce qu'il faut qu'il fasse ; et, au lieu de l'empressement que j'attendais, il rejette toutes mes propositions, il refuse absolument la main de lady Sumerhill. 11 ne peut l'aimer, ditil, il ne peut former une union où son cœur n'entre pas Lui, fLdmond , parler d'amour ! lui , qui se joua toujours d'un pareil sentiment, y sacrifier maintenant tout ce que la fortune a de brillant et l'ambition de glorieux ! Comment ne pas reconnaître là l'influence de la femme romanesque qui, hier eiîcore, dédaignait avec une superbe i*idifférence les égards marqués d'un homme comme le duc de Stanholpe? Au reste, continuât-elle en interrompant Malvina, qui faisait un mouvement pour répondre , si j'échoue dans mes pr-ojets , je réussirai

MALVINA

dans ma vengeance, et Edmond recevra le prix de son refus. De ce moment , je fais passer sur une autre tête la fortune que je lui réservais, et vous, madame, vous quitterez une maison oii, pour récompense des bontés dont je vous ai comblée, vous avez répandu le désordre, la douleur et la révolte. — .Te comptais partir demain, madame, lui répondit froidement Malvina; mon projet est toujours le même, et, quelles que soient les bontés dont vous parlez , l'instant de mon départ sera sans doute le plus doux de tous ceux que j'aurai passés chez vous. Au reste, si je dédaigne, pour mon propre compte, de me jiistifler des calomnies répandues contre moi, l'intérêt de sir Edmond m'engage à déclarer que mon intention, en m'éloignant d'ici, est de ne plus le revoir. Ainsi, madame, si le sentiment que vous lui supposez le rendait coupable à vos yeux, du moment qu'il en perd l'objet, vous devez renoncer à le punir. — Oui , Madame, répliqua mistriss Birton en lui lançant un regard irrité et en sortant de la chambre, je vois à merveille , par votre empressement à le défendre, et votre négligence à vous justifier, combien il vous est cher, et à quel point vous vous croyez sûre de votre pouvoir sur lui ; mais ne triomphez pas encore, la vérité peut arriver jusqu'à lui, et, en l'éclairant sur ce que vous êtes, vous faire estimer ce que vous valez. »

« Hélas ! s'écria Malvina aussitôt qu'elle fut seule, que me veut cette femme ? Quoi ! n'est-ce point assez de renoncer à sir Edmond.' faudra-t-il qu'on me ravisse son estime? Ah ! qu'il sera facile d'y réussir ! Dans mon absence , mes ennemis vont l'entourer , le séduire et conjurer ma perte : qui me défendra alors ? Son cœur ne lui répondra pas du mien ; il ne croit point encore à la vertu...., O cruelle , cruelle mistriss Birton ! pourquoi vous ai-je connue? et que vous ai-je donc fait pour exciter dans votre ame une si terrible haine ? »

Ce qu'elle lui avait fait? Elle réunissait tous les genres de supériorité; elle

frappait également par les charmes de sa figure et ceux de son esprit; elle emportait tous les suffrages, et ne laissait à aucune autre femme le moyen de briller près d'elle; et c'était avec une simplicité si vraie, une modestie si touchante qu'elle repoussait les éloges, et se refusait aux triomphes , que mistriss Birton elle-même ne pouvait se dérober au sentiment d'une si visible supériorité; efforcée à lui rendre hommage, elle sentait sa haine pour Malvina s'accroître avec l'impossibilité de lui trouver un tort. Sans analyser autant ce qu'elle éprouvait, mistriss Fenwich avait aussi un instinct qui lui faisait hair Malvina; elle cherchait toutes les occasions de lui nuire, et se trouvait aidée dans son penchant par les conseils de son mari:

celui-ci combinait depuis long-temps les moyens de perdre JMalvina, et surtout sir Edmond , dans l'esprit de mistriss Birton, afin de s'emparer seul de sa fortune et de sa confiance. Par ses artifices, il était parvenu à prendre une sorte d'ascendant dans la maison , et guidée par lui, mistriss Fenwich avait déterminé mistriss Birton à éloigner Malvina , et espérait, avant peu , influer assez sur le sort de sir Edmond, poulie faire vivement repentir de l'avoir abandonnée. Tandis que tous ces piaiis se combinaient autour d'elle, Malvina faisait les prépai'atifs de son départ. Incertaine encore du lieu où elle se fixerait, elle persista dans le projet d'aller d'abord chez mistriss Clare, afin de se donner le temps de réfiéchir sur ce qu'il lui conviendrait de faire dans la suite.

Elle ne parut point au dîner; à peine eut-elle entendu toute la société partir pour le spectacle, qu'elle descendit dans le jardin. Il était vaste et solitaire; elle s'enfonça dans les bosquets , pour y réfléchir sur sa position ; mais , en dépit d'elle, l'image d'Edmond se mêlait à toutes ses pensées : elle pleurait sur leur séparation , et soupirait de regret en se figurant tous les reproches qu'il lui adresserait lorsqu'il la saurait partie; et relisant la lettre qu'il lui avait écrite ,

MALV

« Ce n'était pas là, s'écria-t-elle en la baignant de ses larmes , la réponse qu'elle méritait ; et quel que soit le jugement défavorable qu'il portera de moi dans la suite, en me montrant insensible et dure , ne l'aurai -je pas mérité? 0 sir Edmond , continua-t-e!le , en mettant son mouchoir sur ses yeux, et posant son front contre un arbre, que ne pouvezvous lire dans mon ame ! ou plutôt, que ne puis-je cacher à moi-même les douloureux combats qu'il me faut rendre pour renoncer à vous ! » Comme elle achevait ces mots , un léger bruit la fit tressaillir; elle se retourne, et aperçoit à l'entrée du bosquet sir Edmond à genoux , les bras élevés vers le ciel. En le voyant, elle laisse échapper un cri, et craignant d'avoir été entendue , elle veut fuir. Au premier mouvement qu'elle fait, la lettre de sir Edmond tombe; elle se baisse pour la ramasser , mais le vent la faisant voler jusqu'à lui , il s'en saisit pour la lui rendre , et la trouvant encore tout humide des pleurs dont elle l'avait arrosée , « 0 Dieu ! s'écria-t-il , n'est-ce point une illusion? est-ce Malvina que je vois? est-ce elle que j'ai entendue ? Malvina est sensible ! Malvina aime ! et l'objet qu'elle préfère est devant ses yeux! « Ébloui d'un bonheur aussi inespéré, il la regarde , il la contemple , et ne peut trouver un mot pour exprimer ce qu'il éprouve , ni une idée pour rendre l'excès d'une félicité sous laquelle il est près de succomber. « Ah ! je suis perdue , interrompit vivement Malvina :

011 fuir ? où cacher ma honte et ma faiblesse? — Qu'as-tu dit, Malvina? répliqua impétueusement sir Edmond : toi te cacher ! toi me fuir ! le crois-tu possible? Quand je t'adore, quand tu m'aimes , quelle puissance pourrait t'arracher à moi ? Avant même de te croire sensible, je t'aurais disputée à tout l'univers; et quand ton tendre cœur est touché, que j'en ai entendu l'aveu de ta bouche , que , malgré toimême la douce émotion qui t'agite me le confirme encore, tu ne m'appartiendrais pas ? INon , Malvina , non : désormais

tu es à moi ; je m'attache à ton sort, à tes pas ; je ne te quitte plus : fuis , si tu veux, au bout du monde, tu m'y retrouveras ; partout je te suivrai , partout je te réclamerai , partout tu me verras à tes pieds comme j'y suis maintenant, t'idolâtrant avec la même ardeur, te dire, te répéter encore : Malvina m'aime ! Malvina est à moi ! » Et en parlant ainsi , il se trouvait à genoux auprès d'elle, il l'entourait de ses bras ; mais respectueux jusque dans son délire, il n'osait porter ses lèvres que sur sa robe, et par une timidité qu'il n'avait point connue encore, il prouvait mieux que par ses discours, qu'il aimait pour la première fois de sa vie. Malvina pleurait en silence. Qu'aurait-elle dit ? qu'auraitelle ajouté ? Elle n'avait plus rien à cacher ni à apprendre : sir Edmond ne venait-il pas de surprendre l'aveu de sa tendresse ? Sans doute il l'avait surpris malgré elle; mais quand elle lui devait et la certitude d'être adorée , et des moments dont il faut avoir connu les délices pour les comprendre , et enfin cette promesse passionnée de ne jamais la quitter, tout en rougissant d'avoir dit son secret , aurait-elle voulu le reprendre ?

Sir Edmond, enivré d'un sentiment qui lui avait toujours été étranger, tenant entre ses bras la femme charmante qui en était l'objet, et sûr d'être aimé d'elle, venait de recueillir en peu d'instants le plus doux plaisir qu'une seule vie offre à peine dans son cours. Étonné de sentir ses yeux mouillés de pleurs quand il était si heureux, il connut, pour la première fois, combien sont doux ceux de la tendresse ; et pressant la main de Malvina contre son cœur:

« Ah ! lui dit-il , je sens bien que si dans la vie il est mille plaisirs, il n'y a qu'un bonheur, et celui que je goûte en ce moment est si vif, si délicieux, que peut-être n'appartient-il pas même à vous de pouvoir l'augmenter. O ma bien-aimée Malvina ! daignez le fixer à jamais entre nous, et, en consentant à unir nos destinées, confirmez un aveu

MALVINA

que mon amour n'ose redemander à votre modestie. » Malvina, interdite par une si prompte proposition , (pie son cœur accueillait peut-être, mais qui lui semblait inconciliable avec son devoir, hésitait à répondre, quand quelqu'un toussa auprès d'eux : elle crut reconnaître M. Fenwich; et, ce bruit la rappelant au monde qu'elle oubliait, elle se vit avec effroi au milieu de l'obscurité, dans un bosquet solitaire, presque entre les bras de sir Edmond ; et s'arrachant d'auprès de lui : « Laissez-moi, lui ditelle, ne me retenez plus, je n'ai que trop resté ; ma coupable imprudence , en autorisant tous les soupçons, vient de couronner l'œuvre de la méchanceté , et d'empoisonner peut-être le repos de ma vie eatière. — Eh ! pourquoi, interrompit vivement sir Edmond , vous affecter de l'opinion d'un monde ridicule qui n'est pas fait pour vous juger ? Quand je vous aime, que je ne veux vivre que pour vous., que vous importent les vains propos de la calomnie? Malvina, à la face du ciel qui nous voit et nous juge , jurez que cette main chérie sera éternellement à moi; et laissez gronder l'orage; il ne vous atteindra pas. — Ah ! lui répondit-elle en marchant précipitamment vers la maison , dans le troublé où je suis, n'exigez de moi aucune promesse : sais-je seulement si je m'appartiens ?

l'enfant de Clara ne me réclame-t-il pas tout entière ? et, sur le lit de mort de ma déplorable amie, n'ai-je pas fait le vœu sacré de ne jamais m'engager? Sir Edmond, laissez-moi fuir, laissez-moi vous oublier ; ne me forcez pas à accuser la mémoire de mon amie d'être la barrière qui me sépare de vous.— Chère, chère Malvina, reprit-il en Tarrélant malgré elle, de pareilles considérations ne l'emporteront pas toujours ; l'amour qui m'embrase saura les renverser et vous attendrir. Mais il faut que je vous voie, que je vous parle, et cependant vous me quittez ! vous partez demain, et c'est chez mistriss Clare que vous allez ! chez mistriss Clare, dont la maison m'est à jamais fermée ! Au nom du

ciel , changez des projets qui me mettent au désespoir. — Mais qu'exigezvous? répliqua-t-elle très-agitée et en s'efforçant de continuer son chemin ; je ne puis rester davantage ici, je ne puis passer un jour de plus chez mistriss Birton, et je n'ai, dans ce moment, aucun autre asile que la maison de nnstriss Clare; c'est la seule femme que je connaisse. — Eh bien ! Malvina, répondit-il en la suivant toujours , je ne m'oppose plus à votre dessein , et quelque affreuse que me soit votre absence, si vous vivez en paix , je ne murmurerai pas; mais, du moins, que je vous voie encore une fois , que je puisse déposer dans votre cœur tous les désirs , toutes les craintes qui agitent le mien : consentez à vous arrêter demain quelques heures cà Falkirk, j'irai vous y joindre; là je pourrai m'expliquer davantage, dissiper vos doutes , détruire vos scrul)u!es , et, en me séparant de vous , obtenir, peut-être, l'espérance que ce ne sera pas pour toujours Ne me refusez pas, ajouta-t-il impérieusement en la retenant une seconde fois, dans la crainte d'être interrompu par quelques personnes dont les voix coni'uses se faisaient entendre au loin : si vous rejetez une demande si modérée, je jure de ne plus rien ménager, et d'employer la force, la violence même, pour parvenir

à voiîs voir Mais que dis-je? I\hû-

vina, pardonnez, je m'égare; j'abjure un téméraire emportement; vous êtes libre, je me soumets; mais, si mes jours vous sont chers, ne prononcez pas un refus auquel je ne survivrais pas. » ]\la!vina , tremblante , effrayée , vaincue par des sollicitations que son cœur secondait si fortement, promit à sir Edmond de l'attendre le lendemain à Falkirk; et, s'enfuyant aussitôt après avec la rapidité de l'éclair, elle passa . sur l'escalier auprès de mistriss' Birton et de mistriss Fenwich, qui rentraient, accompagnées de milord Weymouth , sans les saluer ni les voir.

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