‹ Œuvres complètes de Mme. CottinChapitre 45 sur 188 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

ORAGE DES TASSIONS.

En voyant Malvina avec M. Prior, sir Edmond recule avec effroi ; et après s'être arrêté quelques moments, immobile : « 0 ciel ! s'écrie-t-il , si je ne suis pas sous la puissance d'un songe affreux, si ce que je vois n'est pas une illusion, s'il est possible que Malvina me trahisse » Edmond! vous! vous ici!

voulait-elle dire ; mais il ne lui donna

MALVINA

pas le temps d'achever, et l'interrompant avec violence : <c Gardez-vous , JMalvina, de prononcer un mot, de faire un mouvement qui me rappelle à moi-même et m'apprenne que je veille; n.ia vengeance serait aussi affreuse que les tortures qui me déchirent. — Et sur qui votre rage la ferait-elle tomber? lui demanda M. Prior en s'avançant fièrement vers lui. — Sur toi, répondit-il en frémissant, sur toi qui m'arraches l'amour de Malvina , et ta vie expiera son parjure. Viens, suis-moi, ajouta-t-il en mettant un pistolet entre ses mains ; c'est du

sang qu'il faut à mon désespoir —

Qu'allez - vous faire , cruel Edmond ? s'écria Malvina en s'élançant auprès de lui et l'entourant de ses deux bras : qu'osez- vous soupçonner? qu'osez-vous dire? Moi parjure? homme violent et barbare , regarde où tu es , rougis sur toi-même , et cesse de juger le cœur de Malvina d'après le tien. » Le bruit de cette scène attira bientôt mistriss Clare; elle parut , et apercevant sir Edmond : « 0 Providence ! s'écria -t- elle, est-ce donc pour le punir de son forfait que tu envoies ici le meurtrier de Louise, et le rends témoin des derniers soupirs de sa victime ? — C'est ici qu'est Louise ! s'écria sir Edmond d'un air égaré; je suis sous le toit de Louise ! et c'est ici que Malvina est venue, sans respect pour la promesse qu'elle me fit de ne jamais connaître ce secret que par moi ! Quand je l'attends , le jour même qui doit nous unir, elle oublie ses vœux!

elle méprise ses engagements ! elle trahit sa foi ! Quand je l'attends , et que, voyant l'heure passée , je parcours en vain le chemin qui doit me la rendre, que j'interroge tous les passants, que, guidé par eux , je parviens à la rejoindre, c'est ici que je la trouve, sous le toit de Louise , tête à tête avec un odieux rival ! O supplices de l'enfer! je vous

porte tous dans mon cœur ! — Edmond ! cher et malheureux Edmond ! s'écria Malvina, le plus horrible de tous est sans doute d'être accusée par toi : arrête ces déchirants reproches : va , je

n'ai point cessé de t'aimer ; mais ne me regarde pas ainsi; mon sang se glace, mon cœur s'oppresse, et ma vie ellemême ne résisterait pas à ta colère. Ah ! demande-leur, ajouta-t-elle en fondant en larmes et montrant mistriss Clare et M. Prior, homme injuste et mille fois trop cher, demande-leur si je t'ai trahi ! — Malvina, irrésistible Malvina! repritil aussitôt, vous l'emportez. Eh bien!

quelles que soient les apparences , je ne demande point d'explication , et je ne veux croire que vous; je penserai que vous fûtes amenée ici sans votre aveu, et que le hasard seul y fit rencontrer M. Prior; mais, pour prix d'une confiance sans exemple, et que vous seule pouviez obtenir de moi , jurez à l'instant de m'appartenir, et, de ce pas, suivezmoi à l'autel. — O Dieu ! Dieu ! que me demande-t-il ! s'écria ^Malvina en s'éloignant et jetant des cris douloureux. — Vous me fuyez, ^lalvina ! vous hésitez! reprit-il avec une sombre fureur. — Au nom du ciel ! Edmond , écoutez-moi , lui dit-elle, laissez-moi vous parler ; vous saurez quels puissants motifs me retiennent ; vous verrez si les menaces de milord Sheridan ne me forcent pas à

rétracter ma promesse — Je ne veux

rien entendre, interrompit - il ; je ne croirai à votre amour qu'en recevant votre main ; si vous m'aimez , nulle considération ne doit vous retenir, nulle

puissance ne doit l'emporter sur moi

Ah! ne résiste plus, femme adorée, poursuivit-il en se jetant à ses pieds; prends pitié de l'état où je suis ; je sens que l'idée de te perdre aliène ma raison , et que je ne suis plus maître de mes transports. Je ne sais jusqu'où ils peuvent me conduire , ni de quels excès je ne serais pas capable pour te ravir au

reste du monde et te posséder seul

Pardonne , Malvina ; sans doute la violence de mon emportement te fait horreur , mais songe que c'est l'amour seul qui m'égare ; que ce soit lui qui m'obtienne mon pardon , ô la bien-aimée de mon cœur ! que ce soit à lui que je te doive. Viens donc , ma Malvina ! ne tarde

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MALVINA

plus, donne -moi ta foi, et consens à recevoir la mienne. » En parlant ainsi il la tenait dans ses bras ; il l'entraînait sans qu'elle eût la force d'y consentir ni de se défendre; mais M. Prior, qui crut voir de la violence dans ce mouvement , trop heureux de trouver un prétexte de s'y opposer, vint se placer devant sir Edmond , et lui fermant le passage : « De quel droit, lui dit-il, enlevez-vous cette femme? — Et de quel droit vous-même vous y opposez-vous?

repartit sir Edmond en frémissant de colère. — De celui que Dieu donne aux hommes pour se secourir l'un l'autre et protéger la faiblesse , répondit M. Prior : cette femme n'est pas à vous , elle refuse de vous suivre; ne vient-elle pas de le dire? — Est-il vrai, interrompit Edmond, est-il vrai , Malvina, que vous refusiez de me suivi-e? Ne m'appartenezvous pas ? ne sommes-nous pas enchaînés l'un à l'autre? n'avouez-vous pas , à la face du ciel et des hommes, que vous êtes mon épouse, ma femme, l'éternelle compagne de ma vie ? — Kon , non , je

ne le puis, reprit faiblementMalvina

—Tu ne le peux , Malvina ! et il la pressa fortement contre sa poitrine : tu ne le peux! et hier encore tu y consentais!

Ah ! par pitié pour toi-même , ne me pousse pas au désespoir; j'envisage un avenir affreux ! — Tenez , interrompit-elle en sortant de son sein la lettre de milord Sheridan, lisez ce funeste papier , et voyez s'il me permet d'être encore à vous — Je ne veux rien voir,

s'écria-t-il en déchirant la lettre en mille morceaux et repoussant Malvina si brusquement, que mistriss Clare eut à peine le temps de la recevoir dans ses bras; je ne veux rien voir, rien entendre, rien croire : tout en vous n'est que trahison et perfidie : je vous envoyai hier cette lettre en même temps que la mienne , et elle ne vous arrêta pas , car je reçus votre promesse; mais vous voyez cet homme aujourd'hui , et vous refusez de la remplir : c'en est assez ; que me faut-il de plus? Cependant, subjugué par votre ascendant , je consentais

à tout oublier; mais vous avez refusé de me suivre. Eh bien ! Malvina, tu le veux , je cours à la vengeance ; elle sera horrible comme mes tourments : tu t'en repentiras un jour; mais il sera trop tard , le sang sera versé. Et toi , poursuivit-il en entraînant violemment M. Prior par le bras , viens recevoir le prix de tes artifices, ou m'arracher une vie que le parjure de cette femme m'a rendue odieuse. » En les voyant sortir Malvina s'élança après eux en jetant des cris affreux; mais, quoique le désespoir lui rendît toutes ses forces , elle n'en avait point assez pour arrêter deux hommes que la colère et la jalousie entraînaient. Pâle, échevelée, elle les suivait de loin, et les aurait atteints peut-être s'ils n'eussent refermé sur eux la porte du rocher. Elle se précipite pour l'ouvrir; ses efforts sont inutiles ; un ressort secret l'en empêche : elle appelle à haute voix tous les gens de la maison; mistriss Clare arrive la première; et Fanny, qui, pendant cette scène, jouait tranquillement dans un coin du jardin avec le petit Edouard, accourt aux cris de sa mère, et, la voyant prête à sortir, s'attache à sa robe, et dit qu'elle veut s'en aller avec elle. « Au nom du ciel! éloignez cette enfant, s'écria Malvina en la remettant entre les bras de mistriss Clare; empêchez-la de me retenir; elle

me coûte déjà assez cher » Rlalvina

finissait à peine sa phrase , que deux coups de pistolet se firent entendre à une certaine distance; elle s'arrêta en frémissant d'horreur, et tomba aussitôt sans connaissance en s'écriant : « C'en est donc fait ! »

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