‹ Œuvres complètes de Mme. CottinChapitre 46 sur 188 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

ATTENDRISSEM ENT.

MiSTBiss Clare, agitée d'effroi, confia Malvina aux soins de Mary , et courut à la ferme pour pouvoir envoyer du secours vers le lieu où le bruit des armes à feu s'était fait entendre. En avançant elle aperçut de loin des hommes qui en

rapportaient un entre leurs bras; et, j'ai trop vécu. 0 i3ieu voyant en même temps M. Prior venir

vers elle, elle frémit et lui cria : « Il est mort ! et par vous ! Homme de Dieu ! vos mains ont-elles donc trempé dans le sang humain ?— Il n'est que légèrement blessé, répliqua-t-il ; mais, n'importe, je porterai toute ma vie le poids d'un homicide : déjà je crois voir un précipice sous mes pieds ; la terreur m'environne, ma force m'est ôtée, la destruction se tient à mes cotés , et il me semble que toute la terre s'élève contre moi pour dévoiler mon iniquité. — Où conduit-on maintenant sir Edmond ?

interrompit vivement mistriss Clare. — A sa voiture, qui est à un quart de lieue d'ici ; il a exigé qu'on l'y transportât sur-le-champ. —]N'y a-t-il pas lieu de craindre que le mouvement lui fasse mal ? — Non , le coup n'a fait qu'effleurer l'épaule, et le sang a été arrêté sur-lechamp.— Qui est auprès de lui maintenant? — Son domestique, qui l'attendait à la ferme, et qui, étant un peu chirurgien, a déclaré que sa blessure serait guérie en moins de deux jours.— Non , non , il ne faut pas qu'il parte ; je cours le conjurer de rester à la ferme tout le temps nécessaire à son rétablissement. — Ce sera en vain ; toutes nos prières, à cet égard, n'ont servi qu'à l'irriter , et le ton dont il a déclaré qu'il voulait partir n'a pas permis à ses gens de lui résister. — Mais où va-t-il? — A Edimbourg. — Si loin ? — Jamais il ne e sera assez de Malvina , dit-il , et en- :ore est-ce chez mistriss Birton qu'il veut être transporté, afin d'accroître la laine qu'il porte à IMalvina , en s'entou- •ant de celle de ses ennemis. — O quel uneste présent le ciel fit aux hommes ;n leur envoyant de si violentes passions! i'écria mistriss Clare. Mais laissons ce urieux suivre sa destinée, et tâchons le rappeler à la vie ses deux innocentes ictimes. Et vous, M. Prior, ne vous nontrez pas aux yeux de IMalvina ; après m pareil combat, elle ne vous verrait {u'avec horreur. — Ah ! je le sais , s'é- •ria-t-il en gémissant ; Malvina me hait.

qui as fait mes jours misérables , et devant qui ma substance n'est rien, ne plongeras-tu pas dans la tombe le malheureux qui se voit l'objet de la haine de Malvina ! — M. Prior , reprit gravement mistriss Clare , peut-être avez-vous mérité de la perdre cette amitié qui vous est si chère : osez sonder votre cœur; il vous dira qu'il ne coule point d'eaux amères d'une source pure, et que celui qui n'eut été que l'ami de Malvina aurait su éviter cet affreux combat. — Arrêtez , mistriss Clare, interrompit-il : ne savez-vous pas que le temps de l'affliction est celui des miséricordes ? Ne me faites donc pas repasser mes iniquités dans le cœur, et laissez-moi en paix , afin que je puisse reprendre un peu de courage avant d'aller dans ce séjour dont on ne revient pas, dans les ténèbres de la terre et les ombres de la mort. — Non, M. Prior, répondit mistriss Clare, il n'est pas permis de mourir tant qu'on peut être utile à quelques malheureux : passez chez Louise maintenant ; les deux femmes qui sont auprès d'elle ont dû la tromper sur la cause du bruit qu'elle entendait : confirmez-la dans son erreur; qu'elle ignore toujours qu'Edmond ait été si près d'elle ; ne la quittez point; que vos pieuses exhortations la rappellent à la vie et à la résignation ; moi , je cours auprès de Malvina. »

Elle la retrouva ainsi qu'elle l'avait laissée , pâle et inanimée ; la petite Fanny était à genoux près d'elle, et pleurait en disant : « Ma bonne maman ! te voilà froide comme mon autre maman : vastu donc t'en aller aussi ? Ah ! je te prie , ne va pas la retrouver sans moi ; amènelui sa petite Fanny ; elle sera bien aise de la revoir, et moi, maman, je ne te quitterai pas.» Mistriss Clare ne put retenir ses larmes à la vue de cette innocente petite créature, dont l'existence avait causé en partie les malheurs de Malvina ; mais, voulant éviter à sa jeune ame le triste spectacle de l'état de sa mère, elle dit à Mary de l'emmener jouer avec le petit Edouard: lorsque Fanny,

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fondant en larmes, s'entoura dans les endommagées. — IN'importe, je veux rideaux au lit en s'écriant : « Non , non , partir : dans quelque état qu'il soit, dans je ne veux pas qu'on m'emmène, je veux quelque lieu qu'il habite, rien ne peut

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rester; si je m'en vais, elle s en ira tout-à-fait : je me souviens aussi quand on m'emporta d'auprès de mon autre

maman je ne l'ai jamais revue depuis.

Ah ! laissez-moi ici, je vous prie; je me mettrai dans un coin , je ne ferai pas de bruit, je ne pleurerai plus.» En effet la pauvre enfant sécha bien vite ses larmes, osant à peine respirer , de peur qu'on la renvoyât, de sorte que mistriss Clare ne pensa plus à elle et ne s'occupa que de Malvina, qu'elle parvint enfin à ranimer à force de soins et de temps ; mais à peine eut-elle repris ses sens, que se levant brusquement sur son séant, elle regarda autour d'elle d'un air égaré, en s'écriant : « Où est-il ? où est-il donc? — Je vous jure, ma chère, lui répondit mistriss Clare, qu'il ne court aucun danger, vous pouvez m'en croire; au prix de votre propre vie , je ne voudrais pas vous tromper. — Pourquoi ne vientil pas ? répliqua-t-elle avec un accent vif et précipité. — Il n'est plus ici: il a désiré retourner à Edimbourg. — Ah ! sans doute c'est pour me fuir. — Ma chère Malvina, il vous fuit parce qu'il vous suppose coupable ; mais il vous sera bien facile de lui oter son erreur ; laissez à sa colère le temps de se calmer ; donnez-

m'empêcher de le voir. — Eh bien ! ma chère , vous irez , lui répondit mistriss Clare, qui sentit combien il était inutile de combattre sa résolution ; mais vous voyez qu'il fait déjà nuit, les chemins de ces montagnes sont presque impraticables dans l'obscurité, et un accident qui briserait la voiture retarderait beaucoup votre marche. Attendez donc à demain; dès la petite pointe du jour, mes chevaux seront prêts à vous mener h Kinross , où vous en prendrez d'autres pour vous conduire à Edimbourg. Je vous accompagnerais moi-même, si l'infortunée qui est ici ne réclamait mon secours ; mais je garderai du moins votre enfant, qui ne pourrait vous être que très à charge pendant un pareil voyage. » A ces mots, Fanny sortit toutà-coup de derrière le rideau où elle se tenait cachée , et baisant la main de Malvina : « Maman, lui dit-elle, ne t'en va pas sans moi ; on voulait aussi que je te quitte tout-à-l'heure , quand tu ne remuais plus comme mon autre maman.

Eh bien ! tu vois que cela t'a empêchée de mourir, que je sois restée : oh ! je t'en prie, maman, garde -moi toujours auprès de toi. » Attendrie par cette voix, Malvina regarda l'enfant , et, apercevant

vous celui de prendre un peu de repos dans ses yeux cette même expression

— Moi, que j'attende! moi, que je prenne du repos , quand il me croit coupable ! non, madame, je veux partir, je veux le suivre. — Mais, ma chère, voici plus de deux heures qu'il est en route, vous ne pourriez le rejoindre qu'à Edimbourg; et savez-vous où vous le trouveriez ?

chez mistriss Birton. — Pourquoi chez mistriss Birton ? ce n'est point là qu'il habite. - C'est là qu'il a ordonné qu'on le transportât. — Qu'on le transportât?

qui animait jadis ceux de sa mère, elle retrouva des larmes au souvenir de l'amitié. "Clara ! s'écria-t-elle, chère Clara ! oh ! quel instant sera jamais plus funeste que celui qui nous sépara ! Hélas ! en te perdant , je croyais n'avoir à pleurer que ta mort, et j'ignorais que dans ce seul malheur je trouverais un jour la source de toutes les calamités. Ah! Clara, le ciel, qui nous avait formées pour vivre ensemble, m'a écrasée de sa colère quand

il est donc blessé? — Très-légèrement j'ai osé tenter d'être heureuse sans toi;

— Il est blessé! interrompit-elle avec terreur : Edmond est blessé ! et c'est chez mistriss Birton qu'il veut aller mourir ! — Il ne mourra point, ma chère Malvina; à peine les chairs sont-elles

mais , puisqu II m'interdit un bonheur que tu ne peux plus partager, implorele avec moi pour qu'il m'appelle à lui, et qu'il nous réunisse là où on a cessé décompter les heures, de mesurer les

MALV

jours , et où réternelle paix a remplacé les tourments de la vie. » Mistriss Clare se taisait : soulagée par les larmes qu'elle voyait répandre à Malvina, elle aurait craint d'en interrompre le cours en détournant sa pensée du souvenir de son amie ; elle avait vu trop de douleurs pour ignorer que toutes ont leur instant de calme , et que c'est toujours les larmes qui l'amènent. En effet, celles que Malvina versait abonda.mment la soulagèrent et la rappelèrent à elle-même ; alors elle redevint la douce , la tendre INIalvina, et jetant ses bras autour de mistriss Clare : » Que je vous ai fait de mal ! lui dit-elle. — Je vous en ai fait moi-même beaucoup, répondit son amie, et j'ai trop appris aujourd'hui qu'il est des destinées contre lesquelles on ne doit pas lutter , et des sentiments qu'on ne peut pas combattre. 0 chère Malvina !

pardonnez-moi de vous avoir amenée ici ;

je croyais vous guérir — Et vous avez

vu , interrompit-elle , que le trait était trop avant dans mon cœur, et qu'on ne pouvait l'en arracher qu'avec la vie. » Le reste de la nuit se passa assez tranquillement : Malvina n'ayant demandé aucune explication sur les aventures de Louise, mistriss Clare jugea d'autant moins à propos d'entamer ce sujet , que , la faculté d'être ému ayant ses bornes, Malvina avait été trop épuisée par les agitations du jour pour qu'il lui restât rien à donner à de nouveaux malheurs.

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