‹ Œuvres complètes de Mme. CottinChapitre 64 sur 188 · TROMPERIE DÉCOUVERTE ET PUNIE · texte numérisé non relu

TROMPERIE DÉCOUVERTE ET PUNIE

Cependant , aussitôt que Williams a reçu la lettre de Malvina , il se hâte de reprendre le chemin de Londres, En repassant devant le château de milady Dorset, il apprend que mistriss Fenwich est partie depuis deux jours, et il continue sa route. Arrivé au logement que sir Edmond lui a indiqué , il s'informe , avant d'entrer, si mistriss Fenwich y demeure aussi , afin de pouvoir , selon leurs conventions , obtenir la récorapense promise en lui remettant la lettre de Malvina avant d'en parler à son maître. Mais l'active mistriss Fenwich ne le laisse pas long-temps incertain; elle le guettait chaque jour, et, aussitôt qu'elle a reconnu sa voix, elle se hâte de venir lui parler à la porte. « Je vous attendais impatiemment , lui dit-elle ; donnezmoi la lettre de madame de Sorcy, éloignez-vous de suite, et feignez de n'arriver que demam de très-bonne heure : sans doute vous trouverez votre maître chez lui; s'il vous demande pourquoi vous avez porté la lettre vous-même à ma-

dame de Sovcy, vous lui direz que, n'ayant trouvé aucun exprès assez sûr, et ïnistriss Fenwich s' étant chargée de lui amener sa chaise, vous avez rempli sa commission par excès de zèle. S'il s'étonne que madame de Sorcy ne lui ait pas écrit , vous lui direz , qu'ayant du inonde chez elle ( nojnmez même M. Prior) , elle n'a pas eu le temps de

:jui répondre Ne craignez point la

colère de votre maître lorsqu'il viendra à découvrir que vous l'avez trompé, mistriss Birton et moi vous en garantirons, et vous serez de plus généreusement' récompensé ; en attendant , voici vingt-cinq guinées. Allez, sortez vite d'ici ; je tremhle que sir Edmond ne rentre; s'il vous voyait avec moi, tous nos plans seraient détruits, et vous-même seriez perdu. « Alors elle le congédia, et remonta dans son appartement pour lire la lettre de Malvina.

Comme son cœur n'était pas encore absolument gâté, peut-être en auraitelle été attendrie, si sa vanité ne s'était .vévdtée, en quelque sorte, contre l'impression d'une sensibilité dont elle était si loin, ]Ne voulant pas s'avouer inférieure à cet égard, elle taxa d'exagéra- ;tion la peinture d'un sentiment qu'elle aie pouvait pas comprendre , et se disjitius? de la p!aindre en s'efforçant à la tourner.çn ridicule. Ce n'est pas tout; ayant eu, l'art, depuis qu'elle habitait le même hôtel qu'Edmond, d'intercepter toutes les lettres qu'il écrivait à Malvma, elle se décida à frapper un dernier coup, et écrivit de sa propre main à , cette femme infortunée qu'Edmond , ennuyé, fatigué de ses plaintes pathétiques , venait de lui remettre cà l'instant .même, et sans prendre la peine de la lire, l'épître où elle exprimait un si beau désespoir; qu'elle l'avertissait, en amie, que ce n'était point avec des larmes qu'on pouvait fixer le cœur d'Edmond; et , au reste , lui promettait que , lorsqu'elle, mistriss Fenwich, ne se soucierait plus de son amour, elle aurait la charité de lui enseigner comment il fallait s'y prendre pour l'obtenir.

MALViNA.

En agissant ainsi , mistriss Fenwich n'avait point songé aux terribles conséquences que pouvait avoir cette démarche; elle s'était laissé emporter par le plaisir de se venger, sans considérer qu'elle donnait des armes qui pourraient la perdre un jour; car son esprit léger et frivole ne perçait guère dans l'avenir: d'ailleurs , tout sentiment profond était trop peu à sa portée pour qu'elle pût avoir l'idée du mal qu'elle faisait à Malvina : la vanité blessée étant pour elle le dernier période de la douleur , elle n'imaginait pas que celle de sa rivale fût autre chose et pût aller au-delà.

Cependant Edmond ne comprend rien au silence de IMalvina , et moins encore au prétexte que lui donne "Williams.

Dans sa position, quel peut être le inonde qu'elle reçoit, et surtout quel monde peut l'empêcher d'écrire à son époux? Williams nomme M. Prior, et à l'instant Edmond conçoit mille doutes , non sur la fidélité de Malvina, mais sur ceux qui tentent de la noircir : ce n'est pas lui qui peut se défier de sa femme, il la connaît trop bien ; et mistriss Fenwich , en la faisant calomnier , aurait dû penser que cette accusation même allait être la lumière qui éclairerait Edmond sur les complots qu'on ourdissait autour de lui , parce que l'époux de IMalvina devait croire à la vertu. « Vous m'avez l'air d'un scélérat, dit Edmond d'une voix étouffée par la colère ; et , si mes soupçons ne me trompent pas , il n'est aucune puissance qui puisse vous soustraire à ma vengeance, » AVilliams, ef frayé de ces menaces , et sentant bien que, dans ce mouvement d'emportement, un aveu ne le sauverait pas , persiste dans son assertion , emploie tous les serments , jette un moment de doute dans l'esprit de son maître , et en profite pour s'évader. Le lendemain , Ed mond le cherche pour le faire expliquer encore, il ne le trouve point, et cette

prompte disparition confirme tous ses soupçons : il conçoit alors mille alarmes sur le silence de Malvina , et de sinistres ■iressentiments s'élèvent dans son sein ;

il lui écrit une lettre ou il exprime sa surprise et son inquiétude , et la porte lui-même à la poste, par la crainte vague d'être entouré de mains infidèles.

L'image des tourments auxquels sa femme est sans doute en proie, lui rend plus poignants encore les torts qu'il a eus envers elle. Il erre sans cesse autour de l'hôtel de milord Sheridan, espérant avoir des nouvelles de son retour; mais chaque jour ce retour se remet, et pourtant Edmond ne reçoit aucune nouvelle de Malvina : il veut partir sur-lechamp pour s'assurer de son existence , pour ramener la paix dans son coeur en s'expliquant avec elle, mais comment se décider à quitter Londres sans lui apporter la permission de garder toujours Fanny auprès d'elle ? Tandis qu'il demeure incertain sur le parti qu'il doit prendre, mistriss Fenvv-ich a suivi avec un zèie infatigable le plan que lui a dicté mistriss Birton. Se méfiant un peu de la justice de sa cause, elle ne veut pas la soutenir dans des audiences publiques, mais elle en sollicite de particulières; et là elle déploie une éloquence à laquelle peu d'hommes savent résister. Ses grâces, le nom de milord Stafford, les amis dont celui-ci s'appuie, tout concourt à la réussite des odieux projets de mistriss Birton : l'ordre est surpris plutôt qu'accordé; mais, n'importe, dans deux jours peut-être, sir Edmond voguera loin de sa femme, les vastes mers rouleront entre elle et lui ; il croira la voir sur le rivage, pale, échevelée, mourante, élevant vers lui des bras suppliants , murmurant un long , un éternel adieu , et il ne pourra pas aller recueillir son dernier soupir. Edmond ignorait les injustices qu'on tramait autour de lui et dont il allait être la victime : tout retour vers Malvina allait levenir impossible, lorsqu'il apprend 3nfin que milord Sheridan vient d'arris'er à Londres ; il ne perd pas un instant, 1 court chez lui, se fait annoncer, il între. Au nom d'Edmond Seymour, un lomme de bonne mine et d'un maintien loble, qui se trouvait avec milord She-

ridan , le regarde avec curiosité , et lui demande très-civilement s'il n'est pas le neveu de mistriss Birton d'Edimbourg, et s'il connaît milord Stafford. Edmond s'incline, et répond affirmativement.

Alors cet homme le regarde avec une douce compassion , et sort en faisant un geste de pitié ; mais Edmond , tout entier à l'objet qui l'amène , n'a rien vu de ce qui vient de se passer ; il n'est occupé que de la manièj e dont il entamera le sujet si délicat d'où dépend le bonheur de sa vie. L'espoir de réussir, la crainte d'échouer, le font hésiter long-temps ; milord Sheridan aperçoit son embarras, et, sans en connaître la cause, cherche à le mettre à son aise en ouvrant ainsi la conversation : « Sans doute, monsieur, c'est mistriss Birton qui me procure l'honneur de vous voir , et je m'étonne qu'elle ne m'en ait pas dit un seul mot dans la lettre que j'ai trouvée ici en r.i-rivant, et où elle m'annonce que, selon nos conventions, elle a retiré ma fille d'entre les mains de madame de Sorcy depuis le mariage de celle-ci. — Que dites-vous là , milord ? interrompit Edmond éperdu : mistriss Birton est instruite de mon mariage ? et sa cruauté a enlevé votre fille des bras de Malvina ? — Votre mariage? reprit milord Sheridan étonné; mais , assurément , ce n'est pas vous qui êtes l'époux de madame de Sorcy? Celui qu'elle a choisi est, à ce qu'assure mistriss Birton, un homme obscur, misérable, qui déshonore s famille. — Quel odieux mensonge! répliqua impétueusement sir Edmond; et comment mistriss Birton a-t-elie pu espérer que vous ne seriez pas éclairé ? Se llattait-elle donc, dans l'intervalle, d'avoir le temps de consommer ses affreux projets contre une femme innocente et chérie? IMilord, c'est moi, moi, Edmond Seymour, neveu de mistriss Birton, qui suis l'époux de Malvina; c'est pour vous supplier de laisser votre fille entre les mains de la plus digne des femmes que j'ai fait le voyage de Londres; c'est pour vous jurer d'unir tous mes soins aux siens , afin de rendre votre fille di-

MALVINA

gne du sang dont elle sort, que vous me voyez devant vous. O milord ! quand vous avez la certitude qu'on a voulu vous tromper, qu'on a calomnié Malvina , et que peut-être elle expire à cet instant de la douleur d'avoir été séparée de son enfant , rejetterez - vous ma prière ? Hâtez-vous , milord , hâtez-vous de réparer le mal que vous avez fait involontairement à cette angélique créature; un mot, un mot, et je vole au secours de ma femme, de ma femme adorée — Assurément, sir Edmond,

ce que vous me dites est très-surprenant, répliqua milord Sheridan, et je vois bien que madame de Sorcy n'a pas cessé de mériter ma confiance, puisque c'est vous qui êtes l'époux qu'elle a choisi : mais enfin, quoique sa douleur me touche , je suis père , et le sort de mon enfant doit m'intéresser davantage.

Mistriss Birton paraît aimer vivement ma fille; et, comme je ne vous cacherai pas, continua-t-il en hésitant, que divers malheurs, trop longs à raconter, ont jeté ma fortune dans le plus grand désordre, si l'affection de mistris Birton pouvait dédommager Fanny Je

suis père , sir Edmond , et vous devez comprendre tout ce que cette considération a de force pour moi. — Oui , milord, je vous comprends, reprit Edmond en rougissant pour milord Sheridan du motif qu'il n'avait pas craint d'alléguer ; mais vous êtes dans l'erreur si vous comptez sur les promesses de mistriss Birton : lorsque son intérêt l'exige, il ne lui en coûte pas plus d'en faire que d'y manquer. D'après les lois existantes , je suis son unique héritier; mais . dût sa colère trouver les moyens de me frustrer de sa fortune , il m'en restera toujours assez pour faire plus qu'elle n'aurait fait, et ma parole est inviolable. Je m'engage donc à l'instant même, milord, à adopter en mon nom, et en celui de ma femme , Fanny Sheridan comme notre fille : si nous avons des enfants , elle partagera notre héritage avec eux; si nous n'en avons point, elle le possédera en entier, — Assuré-

ment, monsieur, répondit milord Sheridan, il est impossible de faire une proposition plus noble , plus généreuse; mais je ne voudrais point abuser de tant de grandeur d'ame, et j'ai si bien appris , à mes dépens , tout ce que la fortune a de précieux! — Au nom du

ciel , milord , interrompit Edmond , songez qu'il n'y a ici de précieux que le temps que je perds ; que , pour être une minute de plus auprès de Malvina , pour la réunir plus tôt à son enfant , il n'est rien que je ne voulusse sacrifier : ainsi , milord , puisque ma proposition ne vous déplaît pas , permettez-moi d'aller chercher sur-le-champ un homme de loi, devant lequel vous signerez l'ordre qui m'autorise à retirer Fanny Sheridan des mains de mistriss Birton, et moi l'acte par lequel je m'engage à l'adopter. » Et, sans attendre la réponse de milord Sheridan, rapide comme l'éclair , il traverse les appartements , vole dans les rues, entre chez un avocat qu'il connaît, l'amène avec lui. Ils pressent leur marche : les voilà de retour; milord Sheridan s'étonne de la promptitude d'Edmond , et lui dit : « Comme il me paraît , sir Edmond , que vous ne voulez pas perdre de temps , sans doute vous avez expliqué dans la route , à monsieur , les affaires que nous avons à régler; et, tandis qu'il va s'en occuper dans ce cabinet-ci , vous allez avoir la bonté de passer avec moi dans la chambre voisine , où vous trouverez quelqu'un qui désire vous parler. » Sir Edmond , surpris , s'empresse d'aller voir qui peut venir le chercher jusque chez milord Sheridan , et ne voit d'autre personne que l'homme qu'il avait trouvé une heure avant, et qui l'avait si attentivement regardé. Il s'avance vers lui ; et, après l'avoir salué, lui demande s'il peut lui être bon à quelque chose. W « C'est moi, monsieur, répondit l'autre ' avec un air plein de bonté, qui espère être assez heureux pour vous être utile: je n'ai point l'honneur de vous connaître , mais je hais l'injustice , et la certitude qu'on veut en commettre une en-

MALV

vers vous m'a vivement intéressé à votre sort avant de vous avoir vu. Vous avez des ennemis puissants , monsieur, et vous ignorez sans doute qu'ils ont.

obtenu du gouvernement l'ordre de vous faire embarquer pour les Indes, sous prétexte que vous formiez un parti à Edimbourg en faveur des principes français ; il doit être expédié demain : quoique je ne vous connaisse point, j'ai refusé de le signer, parce que, dans les accusations portées contre vous , je n'ai point trouvé de preuves assez graves pour excuser un acte aussi arbitraire.

INlais, ce matin, quand le hasard nous a réunis ici , j'ai été si ému à votre aspect, que je n'ai pu me résoudre à quitter la maison de milord Sheridan sans avoir obtenu de lui quelques éclaircissements sur votre situation et votre caractère : il me les a donnés pendant votre absence; pardonnez-lui une indiscrétion qui me donne les moyens de vous être utile , et de vous armer contre la calomnie. Venez, suivez-moi : je ne doute pas que vous ne vous justifiiez aisément, et que nous ne fassions révoquer un ordre illégal que la faveur aura arraché à la faiblesse. — Ah, Dieu! milord, reprit sir Edmond, que la surprise avait pétrifié, l'indignation que mes ennemis m'inspirent, et la profonde reconnaissance que je vous dois , oppressent si puissamment mon ame, que je demeure sans voix et sans expressions. Par quelle barbarie m'a-t-on condamné sans m'avoir entendu? par quelle inconcevable générosité votre main me retient-elle sur le bord de rabîme ? Les infâmes ! ils voulaient donc m'arracher à Malvina!

Kommez , milord , nommez mes odieux accusateurs, que je les dévoile! que je les démasque! — La pétition était siiznée de mistriss Birton , de milord Stafford , de quelques autres personnes d'Edimbourg, jouissant du premier rang et de la plus haute considération, et appuyée ici par des hommes dont le crédit

est tout-puissant — Et tout cela,

interrompit Edmond avec un souris amer, pour déchirer le cœur d'une

femme et me mettre au désespoir! O Dieu ! tant de malice entre-t-elle dans le cœur humain? Venez, milord, venez; vous ne vous repentirez pas de m'avoir accordé votre généreuse protection : un simple récit vous fera juger si je suis innocent , et vous apprendra jusqu'oii l'ambition et la vengeance peuvent porter la perversité. »

Ils sortirent ensemble : milord duc de *** présenta sir Edmond au roi et aux ministres , et dès le jour même l'affaire fut éclaircie et Tordre révoqué. Edmond , en considérant à quel danger il venait d'échapper, ne pouvait se lasser de rendre grâce à son protecteur ; et , avant de le quitter , il lui prit la main , et lui dit d'un ton attendri : « Ce n'est pas moi seulement que vous avez sauvé, milord ; ce n'est pas moi seulement qui vous bénirai ; il est un cœur mille fois plus tendre, mille fois meilleur que le mien , qui portera ses vœux vers le ciel pour vous , et ils arriveront , milord , car c'est la voix de la vertu même qui

les y fera entendre Adieu , homme

bienfaisant ; votre image sera toujours là, dans mon ame, éternellement gravée; et moi aussi , je vivrai dans votre mémoire, car, sans doute, la plus douce récompense de la bonté est de garder le souvenir des heureux qu'elle fait. » Alors ils se quittèrent; sir Edmond retourna chez milord Sheridan pour signer avec lui les deux actes que l'avocat avait rédigés le matin ; et , décidé à partir sans retard pour l'Ecosse , il se rendit chez lui pour faire, à cet égard , tous les apprêts nécessaii'es. Il était plus de minuit lorsqu'il rentra : on lui remit , à son arrivée , une lettre de mistriss Clare ; elle ne contenait que ce peu de lignes :

« J'ignore par quel motif vous feignez « d'être surpris de n'avoir point de let- « très de Malvina , car je ne suppose pas « que vous ayez oublié celle que votre « perfidie a remise entre les mains de « mistriss Fenwich, et dans laquelle « mon infortunée amie jurait de ne plus « vous croire. Au reste, comme Thor- « reur de votre conduite est mille fois i5.

MALVINA

« au-dessus de tout ce que j'ai pu con- « naître et supposer de vous , je résiste « à l'évidence , et ne puis croire encore « que vous ayez participé à l'enlèvement « de Fanny ni à l'odieuse lettre de mis- « triss Fenvv'ich. Si je vous juge bien , « et qu'il vous reste dans l'ame un sen- « timent humain , frémissez de vous « voir entouré des meurtriers de votre « femme ; et , si vous voulez la voir « encore une fois , ne perdez pas un « jnoment. »

En lisant cette lettre , Edmond devint pâle; tout son corps trembla , une sueur froide s'insinua dans ses veines, et, dans son cœur , se disputèrent toutes les tortures de l'enfer. Il ne profère pas un mot, il monte en silence à l'appartement de mistriss Fenwich; Jenny veut l'arrêter ; il la repousse ; il entre. IMistriss Fenwich est endormie plus belle que jamais ; mais elle ne l'est pas pour lui , et la vue de cette femme perfide, dont la main sacrilège a osé attaquer la paix de IMalvina, ne fait battre son cœur que d'indignation. N'écoutant que son ressentiment , il allait l'éveiller pour lui demander compte de toutes ses trahisons , lorsqu'en passant devant un secrétaire ouvert il aperçoit une lettre à demi pliée, et reconnaît l'écriture de Malvina : il s'en saisit en frémissant, il la lit. Oh ! qui pourra dire ce qu'il éprouva en parcourant ces tristes pages , en voyant les déchirantes expressions de celle qu'il aime ! Il cache contre ce papier son front pâle et humilié , il l'inonde de ses larmes, il suffoque de sanglots; son cœur repentant est prêt à se briser. A ce bruit , mistriss Fenwich s'éveille ; effrayée de voir un homme dans sa chambre, elle s'élance hors du lit, et reconnaît Edmond. « Quoi ! c'est vous , lui dit-elle; mais, s'apercevant aussitôt du papier qu'il tient entre ses mains , elle se fâche et s'écrie : Oh ! ciel ! Edmond , qu'avez-vous fait ? — Je sais tout et je vous connais, répliqua-t-il d'un ton indigné et en la fixant avec le plus profond dédain. « Mistriss Fenwich , dont l'ame ne peut sentir ni ses torts, ni la

situation d'Edmond , conserve l'espoir de l'apaiser et de se justifier; elle s'avoue, coupable avec une feinte humilité , rejette sa faute sur l'excès de son amour ; mais il la repousse avec horreur , et lui dit : « Vous êtes une vile , une méchante créature; je vous hais, mais moins encore que je ne vous méprise , et je n'aurai jamais assez de remords pour expier la honte de m'être oublié pour vous. Allez , méchante femme , baissez votre front coupable , et puisse le juste ciel faire éclater à tous les yeux l'ignominie de votre conduite et la perversité de votre cœur ! » En disant ces mots , il s'éloigne , et la laisse en proie à une confusion et une douleur qui commencent le châtiment qu'elle a si bien mérité.

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