‹ Œuvres complètes de Mme. CottinChapitre 81 sur 188 · PRISE · texte numérisé non relu

PRISE

mourant ne frappait plus que le vague des airs; car Issachar, entraîne par Horam , dont l'effroi précipitait la marche , était déjà loin dans la plaine. Quelque temps elle le distingue encore; bientôt l'obscurité le dérobe à sa vue , et ses regards inquiets se perdent dans la vaste nuit. Elle retient son haleine, elle prête une oreille attentive aux pas des deux Israélites, qui retentissent sourdement dans le silence , peu à peu décroissent , se confondent avec le bruit de l'air, et se perdent enfin tout-à-fait. Mais , lors même qu'elle a cessé d'entendre , elle écoute encore , et si le vent, en s'élevant, agite dans le lointain les flots du .Jourdain, éperdue, il lui semble qu'elle a reconnu les gémissements de son bien-aimé que les soldats du roi surprennent et arrêtent. « O Eternel !

s'écrie-t-elle , la face prosternée contre terre , et la poitrine oppressée de sanglots , sauve l'ami de Rahab ; que mes membres sanglants soient déchirés par l'infidèle , mais qu'Issachar soit en sûreté. Hélas ! il fuit , et mon bonheur s'éloigne avec lui. Parce que je ne le vois plus , mes yeux versent des larmes a mères , et tout est en désordre audedans de moi. Ah ! qu'il puisse trouver sur sa route des fruits pour satisfaire sa faim , une fontaine pour étancher sa soif, et au pied des cèdres un gazon frais pour favoriser son sonnneil ! Puissant Dieu d'Israël , que tous tes bienfaits tombent sur lui ! donne-moi toutes ses peines , et donne-lui tous mes plaisirs ; car je l'aime plus que le ramier n'aime la jeune couvée qu'il réchauffe de ses ailes et de son amour.»

Tels étaient les vœux et les sentiments de la jeune Chananéenne , qui se laisse asservir par de terrestres désirs , sans chercher à les réprimer, car elle ne sait point encore que le culte du Seigneur demande un cœur plus épuré, dans lequel l'amour de l'homme ne balance point celui du Créateur. Mais, au sein d'une nation idol.ltre, c'était encore beaucoup que d'avoir su s'élever à la connaissance du VTai Dieu , de se dé-

DE JE

Vouer avec joie et résignation au salut d'Israël , et de sacrifier une passion naissante à la sûreté de ses parents.

.Aussi l'Éternel la regarda -t-i! avec complaisance, et du plus haut des cieux, où il réside dans un océan de lumière dont !e soleil du monde n'est qu'une faible étincelle, il dit aux archanges qui l'entouraient dans un respectueux silence, en le couvrant de leurs ailes resplendissantes : « En vérité, voici celle que j'élèverai au-dessus de toutes les filles d'Israël , car elle m'a connu et m'a invoqué dans sa détresse: aussi je me suis approché d'elle, et je bénirai son hymen et les fruits de son hymen , qui donneront des rois à mon peuple et un Sauveur au monde '. »

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