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n'avait plus d'autre pensée. Cette jeune fille qui lui était apparue la veille dans ce désert sous une foi-me si belle, avait commencé par frapper son imagination; bientôt en la voyan t auprès de ses parens, son cœur avait été profondément touclié, il se retraçait ses moindres paroles, son air , ses regards , surtout le dernier mot qu'elle lui avait dit. Sans ce mol, peut-être , une sorte de respect l'eût-il empêché de l'aimer : mais celte vivacité avec laquelle Elisabeth avait exprimé le désir de le revoir; cette prière dont l'accent décelait un sentiment si tendre, lui firent croire qu'elle avait été émue comme lui. Sa jeune imagination s'exaltant par cette pensée, il se pei'suada que la rencontre de la veille n'était pas un coup du hasard , qu'une mutuelle sympathie avait agi sur Elisabeth comme sur lui , et il était impatient de lire dans ce cœur innocent la confirmât ian de tout ce qu^ilosait espérer. Ah ! qu'il était loin'de deviner ce qu'il devait y lire un jour î Cependant, depuis la visite de Smoloff, la tristesse de Springer avait pris un caractère plus sombre. Le souvenir
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âe ce jeune homme si aimable, si généx^eux, si intrépide, lui rappelait sans cesse l'cpoux qu'il aurait désiré à sa fille : mais sa triste position lui interdisant toute pensée de ce genre , loin de désirer le retour de SmoloflF, il le craignaitcar EHsebetli pouvait être sensible^ et c'eût été le dernier terme du malheur pour son cœur paternel , que de voir sa fille atteinte par la secrète douleur d'un amour sans espoir.
Un soir^^ plongé dans ces rêveries, la tête entre ses deux mains , le coude ap-^ puyé sur le poêle , il poussait de pro-fonds soupirs. Phédora, à cet aspect, avait laissé tomber son aiguille- lesyeux fixés sur son épotvx, le cœur plein d'anxiété , elle demandait au ciel de lui inspirer ces paroles qui consolent et qui ont le pouvoir de faire oublier le malheur. Un peu plus loin dans l'ombre, Elisabeth les regardait tous deux, et songeait avec joie qu'un jour viendrait peut-être où ils ne pleureraient plus.
Elle ne doutait point que Smoloff ne consentît à favoriser son entreprise : un secret instinct lui répondait d'avance
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qu'il en serait toucLé , et qu'il la protégerait; mais elle ciaigiiail lerefus de ses parenâ, sur lotit celui de sa mère. CepMidant^ corrîment partir sans leur aveu, sans savoir le nom de leur patrie^ et poui quelle faute elle allait demander grâce? Elle sentit qu'il fallait leur ouvrir son coeur, et que le moment était venu. Elle mit un genou en terre pour demander à Dieu de disposer ses parens à l'entendie; ensuite elle s'approcha doucement de son père, et demeura debout derrière lui^ appuyée contre le dossiev de la chaise où il était assis. Elle garda le silence un moment, dans l'espoir qu'il lui parlerait peut-être le premier; mais voj^ant qu'il ne quittait point son attitude pensive , elle commença ainsi: « Mon père, permets-moi de « t'adresser une question. » Il releva la tête, et lui fit signe qu'elle le pouvait. « L'autre jour, quand le jeune SmoloiT » te demandas! tu ne désiraisrien, lieu, » lui répondis-tu : est-il vrai, ne désiresy> tu rien? -^ Rien qu'il paisse me don- V ner. — Et qui pourrait te donner ce D que tu désires?— 'L'équité; la justice [
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» — Mon père ^ où peut on les trouver? » — Dans le ciel, sans doute; mais sur » la teri^e, jamais, jamais. >> Ayant parlé ainsi, les noirs soucis qui ombra* geaient son front prirent une teinte plus sombre, et illaissa retomber sa tête dans ses mains. Après une courte pause, Elisabeth reprit la parole^ et d'une voix pins animée, elle dit : « Mon père, ma )) mère, écoutez-moi, c'est aujourd'hui » que j'accomplis ma dix-septième an- )) née -, c'est aujourd'hui que j'ai reçu de ):> vous celte vie, qui me sera si chère ^ » si je puis vous la consacrer; ce cœur, » avec lequel je vous aime et vous ré- » vère comme les images vivantes du î) Dieu du ciel. Depuis ma naissance <, )) chacun de mes jours a été marqué par » vos bienfait? , )e n'ai pu y i*épondre >) encore que par ma reconnaissance et » ma tendresse : mais qu'est-ce que ma » reconnaissance^ si elle ne se montre » point ? qu'est-ce que ma tendresse , si » je ne puis vous la prouver? O mes pan rens, pardonnez à l'audace de votre )) fille, mais, une (bis en sa vie, elle )> voudrait faire pour vous ce c^ue vous
» n'avez cessé de faire pour elle depuis )> sa naissance. Ali .V daignez enfin verser » dans son sein le secret de tous vos «malheurs. — Ma fille, que me de- » mandes-tu ? intei^rompit très - vive- » ment son père. — Que vous jn'ins- » truisiez de tout ce que j'ai besoin de )) savoir pour vous montrer tout mon « amour, et Dieu sait quel motif m'a- » nime , lorsque j'ose vous adresser un » pareil vœu. » En disant ces mots ^ elle tomba aux genoux de son père^ et éleva vers lui des regards supplians. Un sentiment si grand, si noble, brillait dans ses yeux y à travers les larmes dont ils étaient pleins, et l'héroïsme de son âme jetait quelque chose de si divin sur l'humilité de son attitude, que Springer entrevit à l'instant une partie de ce que sa fille pouvait A'ouloir. Sa poitrine s'oppressa : il ne pouvait ni parler, ni pleurer; il demevirait silencieux, immobile, accablé comme devant la présence d'un ange: l'excès de l'infortune n'avait point eu la puissance de remuer son cœur , comme venaient de faire les paroles d^Elisabcthj et cette âme si ferme, que lea
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roîs n'^lntîmidaient point, et que l'adversité ne pouvait abattre, attendri? à la voix de son enfant , cherchait en vain sa force et ne la trouvait plus. Pendant que Springer gardait le silence , Elisabeth demeurait toujours prosternée devant lui. Sa mère s'approcha pour la relever. Placée derrière sa fille , elle n'avait pu voir, lorsque celle-ci était tombée à genoux, ni le geste, ni le regard qui venaient de révéler son sublime secret à son père^ et elle était restée bien loin du malheur qui menaçait sa tendresse. «Pourquoi, dit-elle à son époux, » pourquoi refuserais-tu de lui confier » nos secrets ? est-ce que sa jeunesse t'ef- » fraie? craius-tu que l'âme d'Elisabetli » ne s'afflige jusqu'à la faiblese^ de la » grandeur de nos revers ? — Non^ re- » prit le père , en regardant fixement sa » fille , non, ce n'est pas sa faiblesse que » je crains. » A ce mot , Elisabeth ne douta pas que son père ne l'eût comprise; elle lui serra la main, mais en silence^ afin de n'être entendue que de lui , car elle connaissait le coeur de sa mère, et était bien aise de retarder
l'instant qui devait le déchirer. « Mon y) Dieu, s'écria Springer, pardonnez mes » murmures -, je connaissais tous les » biens que vous m'aviez ravi s ^ et non » ceux que vous me destiniez. Elisabeth^ }) tu as effacé en ce jour douze années ?) d'adversité. — Mon père, répondit- » elle, puisqu'on entend de semblables » paioles sur la terre , ne dis plus qu'il » ne s'y trouve pas de bonheur; mais 5) parle , réponds moi , ]q Vea conjure , » quel est ton nom , ta patrie, t' s malj) heurs? — Mes mallieurs, je n^en ai 5) plus» ma patrie , où je v's près de toi ; » mon nom ^ l'heureux père d'Elisabeth. 5) — O mon enfant ! interrompit Phé- » dora, je pouvais donc t'aimer davaii- « tage j tu viens de consoler ton père. » A ces mois, la fermeté de Springer fut tout à fait vaincue; il serra dans ses bras sa femme et sa hlle; et, les baignant de ses larmes, il répétait d'une voix entrecoupée : « Mon Dieu, par- )> donnez, j'étais un ingrat , pardonnez; » ne punissez pas. » Quand celte violente émotion fut un peu calmée, Springer dijt à sa fille ; « Mon enfajit , je vous
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» pi'omets de vous instruire de tout ce » que vous desirez savoir; mais alten- ?> dez quelques jours eiicore , je ne pour- » rais vous parler de mes malheurs au- » jourd'hui, vous venez de me les faire » oublier, »
L'obéissante Elisabetl] n'osa point le presser davantage , et attendit avec respect l'instant où il von dirait s'expliquer : mais elle l'attendit vainement^, Springer semblait le ciaindre et le fuir; il avait deviné son projet, et aucun terme ne pourrait exprimer l'admiration et la reconnaissance de ce tendre père; il ne se sentait pas le droit de refuser à sa fille le consentement qu'elle allait lui demander ; mais il ne se sentait pas non plus le courage de le donner.
Sans doute ce moyen était le seul qui lui laissât quelques espérances de sortir de l'exil, et de replacer Elisabeth au rang qui lui était dû : mais quand il considérait les fatigues inouïes et les terribles dangers de ce vojrage , il n'en pouv^ait supporter la pensée. Pour rétablir sa famille et retrouver s<on pays , il
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aixt donné sa vie ; mais il ne pouvait pas risquer celle de sa fille.
Le silence de Springer dictait àEli- $abetli la conduite qu'elle devait tenir; elle était sûre que son père l'avait devinée, qu^ il était touclîé de ce qu'elle voulait faire : mais s'il eût approuvé son projet, aurait-il évité avec tant de soin de lui en parler? En effet, ce projet était si extraordinaire , que ses parens ne pouvaient le voir que comme une pieuse et tendre folie. Pour parvenir à le leur faire adopter, il était nécessaire qu'elle le présentât sous le jour le plus favorable, dégagé de ses plus grands obstacles, protégé de l'aide et (des conseils de Smoloff. Jusque -là il serait rejeté , elle n^ea doutait point. Elle se décida donc à se taire encore, et à n'acliever d'ouvrir son cœar à ses pirens, que quand elle aurait eu un entretien avec Smoloff sur ce sujet. Comme elle prévoyait aussi qu'une des plus fortes raisons que ses parens opposeraient à son départ, serait l'impossibilité de lui laisser faire à son âge huit
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cents lieues à pied, dans le climat le plus rigoureux du monde; et, pour répondre d'avance à cette difficulté , elle essayait chaque jour ses forces dans les landes d'Jscliim : aucun temps ne la retenait; soit que le vent cliassât la neige avec violence, soit qu'un brouillard épais lui cacliâtla vue de tous les objets^ elle pariait toujours, quelquefois malgré ses parens, et s'exerçait ainsi, pea à peu , à braver leurs ordres et les tempêtes.
Les hivers de Sibérie sont sujets aux orales: souvent, au moment où le ciel paraît le plus serein, des ouragans terribles viennent l'obscurcir tout à coup.
Partis des deux points opposés de l'iiorizon, l'un arrive chargé de toutes les glaces de la mer du Nord (i), et Tautrè
(i) C'est là mer qui baigne les côles orientaîes de rAmérique. On l'appelle mer du ÎNortl, par opposition a la mer qui baigne les côtes occidentales de rAmérique, a laquelle on a donné le nom de mer du Sud. 11 faut bien se garder de confondre îa mer du IN ord avec celte partie de FOcéan qui est entre rAngleterre, FAlieniagne, le Danemaick et la IVoivège^
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des tourbillons orageux de la mer Caspienne : s'ils se rencontrent^ s'ils se ciioquentj les sapins opposent en vain à leur furie, leurs troncs robustes et leurs longues pyramides ; en vain les touleaux plient jusqu'à terre leurs flexibles rameaux et leur mobile feuillage :
tout est rompu, tout est renversé; les neiges roulent du haut des montagnes; entraînées par leur chute , d'énormes mass.^s de glace éclatent et se brisent contre la pointe des rochers qui se brident à leur tour, et les vents s'emparant des débris des monts qui s'écroulent, des cabanes qui s'abîment, des animaux qui succ'jmbent^ les enlèvt nt dans les airs, les poussent, les dispersent, len rejettent vers la terre, et couvrent des espaces immenses des ruines de toute la nature.
Dans une matinée du mois de janvier, Elisabeth fut surprise par une (Ig ces Lorr»bles tenipètos, elle était alors dans la grande plaine des Tombeaux, près de la petite chapella de bois. A peine vit-elle le crel s'obsrmcir, qu'elle se réfugia dans cet asile sacré. Bientôt
les venls décli aînés vinrent heurter contre ce frêle édifice, et Tébranlant jusqu'en ses fondemens^ menaçaient à toute heure de le renverser. Cependant Elisabeth y courbée devant l'autel, n'éj3ioiivait aucun effroi, et Forage qu'elle entendait gronder autour d'elle^ atteignait tout, hors son cœur. Sa vie pouvant être ulile à ses parens, elle était sure qu'à cause d'eux. Dieu veillerait sur sa vie, et qu'il ne la laisserait pas lîiourir avant qu'elle les eût délivrés. , Ce sentiment qu'on nommera superstitieux peut-fHre, mais qui n'était autre chose que cette voix du ciel que la piété seule sait entendre; ce sentiment, dis.je^ inspirait à Elisabeth wï). courage si tranquille, qu'au milieu du bouleversement des élémens et sous l'atteinte même de la foudre, elle ne put s'enlpêcher de céder à la fatigue qui l'acca- Wait, et se couchant an pied de l'autel où elle venait de prier, elle s'endormit paisiblement comme l'innocence dans îes bras d'un père , comme la vertu sur la. foi d'un Dieu.
En ce même jour, SmolofF était re-
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Tenu de Tobolsk; son premiei^ soin , c\\ arrivant à Saïmka , avait été de se rendre à la cabane des exilés. Il apportait à PLédorala permission qu'elle avait sollicitée. Elle et sa fille allaient être libres de se rendre tous les dimanclies à rojBTice de Saïmka; mais loin que cette grâce s^étendît jusqu^à Springer , les ordres de la cour à son égard étaient plus sévères que jamais, et en permettant à Smoloffde le revoir une fois encore , le gouverneur de Tobolsk avait plus consulté son coeur que son devoir. Au reste, cette visite devait êlre la dernière, le jeune homme l'avait juré à 5on père. Il était cruellement affligé de tant de rigueur : mais en s'avançant vers la demeure d'Elisabeth^ insensiblement sa tristesse se changeait eu joicj et il sentait moins le chagrin qu'il aurait à la quitter, que le charme qu'il allait goûter à la revoir. Dans la prejuicre jeunesse, la jouissance du bonlieur préseni a quelque chose de si vif, de si complet, qu'elle ftiit oublier toute pensée d'avenir. On est alors trop occupé d'être heureux pour songer si on
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le srra toujours, et la félicité remplit si bien le cœur, que la crainte de la perdre n'y peut trouver place. Mais en entrant dans la cabane ^Sinoloffclierclia Tainement Elisabeth j elle n'y était point; il prévit qu'il serait peut-être obligé de repartir avant qu'elle fût de retour, et le sincère jeune bomnic ne sut point dissimuler sa peine. En vain Pliédora, bénissant la main qui lui rouvrait la maison de Dieu et celle qui avait sauvé son époux, lui adressait les^ plus tendres; expressions de sa reconnaissance ; en vain Spriuger le nommait l'appui, la ])rovidence des infortunés, il demeurai t faiblement touché de ce •qu'il entendait; il répondait à peine, €t le nom d'Elisabeth s'échappait à tout moment de sa bouche. Son trouble révéla aux e;xilés une partie de son secret; peut-être en devint-il plus cher à Phédorru Cet amour, dont sa fille était l'objet, flattait vivement son orgueil, et ce n'est pas un faible orgueil que celui, d'une mère. Spvinger, moins accessible à celle tendre faiblesse, et craignv.nt seulement que sa fille ne sa-
perçût d'un sentiment qui pouvait troubler son repos, pressait Smoloff d'obéir à son père, en terminant au plus tôt une visite que sous mille prétextes ce jeune homme s'efforçait de prolonger.
Sur ces entrefaites l'orage se déclara, et les exilés tremblèrent pour leur fille. « Elisabeth ! que va devenir mon Eli- )) sabeth ! » s'écriait la mère désolée. Springer prit son bâton en silence, et ouvrit la porte pour aller clierclier sa fille- Smololf se précipita sur ses pas. Le vent soufflait avec violence; les arbres se rompaient de tous côtés, il y allait de la vie à traverser la foret; Springer voulut le représenter à Smoloff, et l'empêclier de le suivre; il ne put y réussir : le jeune homme voyait bien le péril , mais il le voyait avec joie : il était heureux de le braver pour Elisabeth. Les voilà tous deux dans la foret : « De qutl côté irons -nous? de- » mande Smoloif. — Ver» la grande » lande ^ reprend Springer : c'est là » qu'elle va tous les jours , j'espère )) qu'elle se srra réfugiée dans la cha- » pelle. )) Ils ix'en disent pas davan-
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tagfï y ils ne se parlent point , leur inquiétude est pareille, ils n'ont rien à s'apprendre j ils marchent avec la même inlrépidité , s^inclinant , se baissant pour se garantir du choc des branches fracassées^ de la neige que le veit chassait dans leurs yeux, et des éclats de roqhers que la tempête faisait tourbillonner sur leurs têtes. En atteignant la lande, ils cessèrent d^être menacés par le déchirement des arbres de la forêt, mais sur cette plaine rase, ils étaient poussés , renverses par les rafales de vent qui soufflaient avec faiie; enfin, après bien des elfoits, ils gagnèrent la petite chapelle de bois oi\ ils espéraient qu'Elisabeth se serait réfugiée : mais en. apercevant de loin ce pauvre et faible abri dont les planches disjointes craquaient horriblement et semblaient prêtes à s'enfoncer, ils commencèrent à frémir de l'idée qu'elle était là. Animé d'une ardeur extraordinaire , SmololF devance le père de quelques pas ; il entre le premier, il voit.... est-ce un. songe? il voit Elisabeth, non pas effrayée, pâle et tremblante^ mais dou--
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cernent endormie au pied de l'autel.
Frappe d'une inexprimable surprise, il s'arrête, la montre à Springer en silence, et tous deux, par un même sentiment de respect, tombent à genoux auprès de Fange qui dort sous la protecion du ciel. Le père se penche sur le visage de son enfant, le jeune homme baisse les yeux avec modestie, et se i^ecule, comme n'osant regarder de trop près une si divine innocence. Elisabeth s'cveille, reconnaît son père, se jette dans ses bras, et s'écrie : « Ah! je le 2j savais bien que tu veillais sur moi. » Springer la serre dans ses bras avec une sorte d'étreinte convulsive. « Mallieu- » reuse enfant, lui dit-il, dans quelles » angoises tu nous a jetés, ta pauvre » mère et moi ! — Mon père, pardonne- 3? moi ses larmes, répond Elisabeth, et » allons les essuj^er. » Elle se lève et voit Smoloff. <( Ali, dit-elle avec une )> douce surprise, tous mes protecteurs » veillaient donc sur moi : Dieu, mon î» père, et vous. » Le jeune homme ému retient son cœur prêt à s'échapper.