‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 2)Chapitre 6 sur 10 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

JjiNi soit le Dieu d'Israël! si sa colère est terrible au méchant endurci, sa miséricorde est infinie pour le pécheur repentant. Humilions nos fronts devant lui, et il tournera son visage vers nous ; pleurons sur nos péchés, et il nous en lavera; demandons grâce, et, nous l'obtiendrons : pour tous les bienfaits qu'il nous prodigue , il ne demande que notre amour; et n'est-ce pas un bienfait de

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plus ? Oli ! louons le saint, nom de l'Eternel ! que la ciéation entière s'émeuve à sa parole, s'émerveille de sa puissance, adore sa bonté, s'élève vers lui^ le bénisse et s'écrie : C'est par lui que je suis. Mais du sein de ce concert universel de louanges , que l'homme^ ce triste enfant du péché, élève surtout la voix pour glorifier la clémence adorable qui ne demande qu'un repentir sincère pour effacer des années d 'erreurs. Ah ! que le plus criminel des enfans de Bélial crie vers le Seigneur, avec un coeur contrit, en disant : fai péché ; aussitôt ses crimes lui seront remis, et l'Eternel , lui ouvrant les bi^as , lui dira: «Tu m'appelles, me voici; )) mon fils, mon fils, pourquoi m'avais- )) lu abandonné? )^

O murs de Jéricho! vous, témoins dans ces tems reculés qui touchent presqu'à la naissance du monde, des merveilles inouïes dont le souvenir se prolongera) usque dans les années éternelles, dites comment, à la vue de Josué conduisant la sainte arche, vos orgueilleux et formidables remparts s'ébranlanttout à coup; croulèrent avec fracas, et par

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leur terrible chute portèrent Teffroi dans l'âme des pervers, en leur annonçant qu'un même sort les attendait ; comment du sein de cette désolation générale, le Tout-Puissant, miséricov* dieux jusque dans ses justes vengeances, fit briller la lumière de vérité en éclairant la jeune Ilaliab aux yeux des fils de Canaan -, corn ment ceux-ci, au lieu d'être loucliés de son exemple, voulurent la mettre à mort, et par leur endurcissement, appelèrent enfin sur leurs têtes reffrà}rant anathème dont l'Éternel ne frappa jamais ses enfans qu^à regret.

Israël en deuil , campé dans les plaines de Moab, pleurait depuis trente jours son chef et son législateur ; Moïse n^était plus , Josué l'avait remplacé : Josué, moins éloquent, moins sublime peutêtre, mais aussi soumis à son Dieu et {)lus intrépide guerrier : c'était lui que 'Éternel avait choisi pour conduire les tlébreux dans la terre de Canaan. Va jour qu'il priait sur les liants lieux, Dieu se communiqua à lui , et lui révéla sa volonté en ces termes : « J'ai i) juré à Abraham; à^Isaac et à Jacob

)) de donner à leurs descendans le riche

» pays qu'occupent encore les fils de

)) Canaan • il est tems de remplir ma

)> promesse -, marche contre les infidèles

)) à la tête de tout Israël, traverse le

3) Jourdain ; et toute la terre où tu im-

:» primeras tes pieds ^ je te la donne , de-

)) puis le désert au midi, jusqu'au Li-

3) ban au septentrion , et depuis l'Eu-

3) phrate à l'orient, jusqu'à la grande

V mer à l'occident. Cette vaste étendue

» de pays sera soumise à la domination

)) des Hébreux, tant qu'ils observeront

)) strictement mes lois. Toi, Josué,mon

)) serviteur , que j'ai élu chef de ce

» peuple immense , fais-lui méditer

3) jour et nuit mes commandemens :

3) qu'il soit soumis et fidèle, et j'atta-

^} cherai la victoire à ses pas. »

Dieu dit; et Josué, la face prosternée contre terre, s'écria: a que ta vo-

'î) lonié soit faite, ô Eternel! et que ton

)) serviteur soit écrasé sous tes pieds

» comme un vermisseau, s'il n'exécute

)) pas ponctuellement tes saintes lois. »

A ces mots une lumière resplendissante fioi tit de la nue, entoura et éblouit Jo-

sué^ et l't ffroi s'empara de son cœur ; il craignit de voir la face du Dieu vivant, que nul mortel ne peut envisager sans mourir (1). Mais Dieu le rassura, disant : )) Ne tremble pas, car tues mon servi- ))^teur bien -aimé; va, assemble ton )) peuple^ el fais-lui part de mes volon- « tés. î) Alors lanuéesedissipa, et Josué, en se relevant de son humble posture, n'aperçut autour de lui qu'un cercle de terre consumé par le feu , et il délia ses souliers pour y marcher , car il connut que ce lieu était saint.

Alors il descendit de la montagne , et quand il fut assis dans sa tente, il fit sonner la trompette sacrée , pour que toutes les tribus se rassemblassent autour de lui. A cet appel, qui annonçait que le ciel avait parlé, tout le peuple entier fut en mouvement , et parut dans ces vastes déserts comme les vagues d'une mer agitée; chacun accourait

(i) Et quand Gédéon eut connu qu'il avait vu TEternel face k face , il se crut mort; mais Dieu Kii dit : a II va bien pour toi ; ne crains rien , tu « ne mourras pas. v

( Juges , chap. 7 , v. 22 et 23 ).

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avec empressement, interrogeait avec curiosité, impatient de connailre la révélat'on divine d'où dépendait le sort général. Cependant chaque Iribu s'avance vers la tente de Jt)sué. A leur tête parut Juda, superbe et nombreuse, et qui est en poesessioii du premier ranj^ depuis que le sceptre et la gloir^ de donner un Sauveur au monde lui ont été promis par Xacob. L'orgueilleuse lEphriïm la suit de près, fière de descen^ire de Joseph, de former une tig^ patriarcale, el surtout devoir dans la vénérable c^ief d'Israël un menbre piis âans son sein. Lcvi paraît à son tour; quoique ex^^lue du partage des terres, elle pense que le dro t réservé à ello seule de donn r des prêtres au Seigueur, peut compenser tout autre avantage.

Tupaiais après, malheureuse Benjamin, toi qui te glorifiais d'clre issue du favori cle Jacob; tu ne prévoyais pas alors qu'il naîtrait de telles abominations de ton sein , que tes frères mêmes, irritas contre toi, s'uniraient pour te détruire.

En Qn, chaque tribu se place en son rang ; celle de Dan vient la dernière, quoique

son droit d'aînesse lui a.^sîgne la primauté sur celle de Neplilali; mais sans doute que , destinée à donner aux autres l'exemple de l'idolâtrie, Dieu voulut la punir d'avance de ce qu'elle servait la première à abandonner son culte.

Josué étendit ses regards paterneU sur ces nombreux descendans de Jacob, qu' tous , les yeux fixés sur lui et le corps à demi-courbe, attendaient avec soumission qu'on leur révélât la volonté du Seigneur. Il les bénit avec ferveur; et, après s'être recueilli quelques instans , élevant la voix au m lieu du silence que la multitude des auditeurs rendait si imposant; il dit: a Enfans d'Israël, le )) Dieu des armées m'a parlé; il nous )) commande d'aller conquérir l'iiéri- }) tage que depuis long-tems il destine )) à la postérité d'Abraham ; il nous pro- )) met la victoire si notre foi est sincère » et notre obéissance aveugle. Vous )) allez voir renouveler tous les miracles ))! dont nos pères furent témoins dans )> le désert. L'Eternel lui-même mar- )) cheia au-devant de son peuple; à sa )) voix, les montagnes qui anl été de

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» tout tems tomberont, les rochers deâ

» siècles sebriseroat, et les fleuves lui

)) ouvriront un passage; car l'Eternel

» est grand, il commande aux élémens,

)) et les chemins du monde sont à lui.

» Alors il foulera les infidèles sous ses

^)> pieds avec indigiialion^^tle tremble-

)) ment les saisira , et ils invoqueront le

)) néant; mais ils ne l'auront pas, et

5) nous les verrons fuir devant nous

» comme la feuille desséchée que l'ou-

^) ragan balaye. Ainsi , ce que Dieu

» commande, ne tardons pas à l'exécu-

)) ter ; obéissons aveuglément , et il nous

)) soutiendra dans notre sainte entre-

)) prise. Mais avant de quitter les plaines

)) de Moab pour nous rendre au bord

» du Jourdain, tandis que nous offri-

)) rons des sacrifices au Seigneur , et

)) que tout Israël^ soumis à un je une aus-

)> tère s'abstiendra pendant trois jouis

» des embrassemens de ses compagnes ,

» je vais envoyer deux vaillans hommes

» h Jéricho, pour nous rendre compte

» des forces de la ville et de la disposi-

» tion des habitans. ))

Josué Si tut^ et toat le peuple, ap-

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plaudlssant avec acclamation aux païoles de son clief , biiile d'aller vaincre sous lui, et témoigne sa gratitude au Seigneur par des holocaustes sans nombre. Cependant tous les premiers de chaque tribu s'assemblent en tumulte pour savoir sur qui tombera le choix du général; les faibles fuient^ effrayés de la périlleuse entreprise ; les forts s'approchent, empressés de l'obtenir. Josue nomme Horam et Issachar^ et s'applaudit d'un choix qu'il doit moins à sa sagesse qu'à une inspiration divine : Horam , d'un âge mur, est né dans la tribu d'Ephraïm -, ainsi que Josué, il fat jadis compté parmi les amis de Moïse, et était digne de Têtre j Issachar , à l'aurore de la vie, voit remonter ses aïeux jusqu'à Juda- ses traits sont majestueux, sa noire chevelure flotte sur ses épaules en boucles nombreuses , semblables aux bouquets de la jacinthe. Instruit des honneurs promis à sa postérité, il espère s'en rendre plus digne aux yeux du Seigneur, en se dévouant pour le bien de ses frères. Déjà dans les combats il s'est acquis unchante réputation de vaillance^

et plus d'une fois sa beauté a fait soupirer les jeunes vierges d'Israël ; mais, indiflFérent à leurs charmes , jl n'a point ,TU encore celle qu'il désire nommer son épouse^ et il s'en élonne; car Moi^e lui 51 prédit qu'avant l'année révolue il engagerait sa foi. Cependant il part; sa tendre mère désespérée le presse entre ses Iras, et ne peut se résoudre à quitter ce yremier fruit de ses amours-, tandis que son père dont l'âge a blanchi les cheveux, se rappelle la résignation d'Abraham, et soumis, ainsi que le saint patriarche , à la volonté du Très-Haut , se prosterne, îatêle couverte de cendres, et suit dePœil son fils bien-airaé, sans que la douleur puisse lui arracher une ^eule larme.

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