‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 3)Chapitre 11 sur 29 · CHAPITRE XLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII

Danger du Monde.

Sir Edmond avait calculé, avec Malvina, que la prudence exigeait qu'il passât chez mistriss Birton avant son départ, afin de lui faire part d'un voyage qu'elle ne pouvait pas ignorer, et qui pouvait servir à détourner ses soupçons; et peut-être eût-il produit cet effet, si la confidence de mistriss Moody n'en eût pas précédé la nouvelle, En l'écoutant, mistriss Birton sut dissimuler sa colère, lui fit quelques questions sur sa dernière absence , feignit de croire tout ce qu'il lui disait, et sans démêler le véritable motif de son départ, elle l'apprit avec plaisir; car, tout en se doutant que Malvina y entrait pour beaucoup , elle connaissait assez Edmond pour voir tout ce que

to4 MALVitfA;

tette séparation avait d'heureux pour les projets qu'elle méditait. Aussi , loin de faire la moindre objection, elle approuva son voyage, et lui dit: «Je vous sais gré de n'être point parti sans me voir; c'est un souvenir auquel je suis ferès sensible ; mais ne puis-je espérer que vous joindrez a cette attention la complaisance de vous arrêter quelques instants chez milady Dorset, dont le château se trouve sur votre route, pour remettre de ma part à mistriss Fenwich , qui y est depuis quinze jours, une lettre importante et pressée? » Edmond lui dit qu'il s'en chargerait, et elle passa dans son cabinet pour l'écrire.

« Ma jeune amie, lui disait- elle , » j'apprends à l'instant qu'ils sont ma- » ries. La lettre que je vous ai écrite *> dernièrement doit vous faire juger » que je ne supporterai pas patiem- » ment de me voir jouée de la sorte; *» mais si ma vengeance ne me trompe » pas, dans peu j'aurai rompu un lien » qui m'outrage sous tous les rapports.

» Vous pouvez m'aider beaucoup en » cela : il faut absolument que vous » ayez l'art de retenir Edmond peny> dant quelques jours chez milady » Doi set ; je ne dois pas supposer que » cela puisse vous être difficile , d'au- » tant plus que je ne vous interdis au- » cuns moyens; tous seront bons » pourvu que vous réussissiez. Pen- » dant qu'il s'oubliera près de vous , » je présenterai, de concert avec mi- » lotd Staffort, une pétition au gou- » vernecnent , tendante à lui présenter » Edmond comme un ardent zélateur » des principes français, comme un » sujet qui peut déshonorer sa famille, » et qu'elle désire, en conséquence, » faire embarquer pour les Grandes- » Indes. Quelque difficile que paraisse » le succès de ce projet, à l'aide de » de nos nombreuses protections, je j> suis presque sure d'en venir à bout; » et lorsque je le saurai à bord du na- » vire prêt à faire voile pour sa desti- » nation, je capitulerai, pour ainsi » dire, avec lui, en m'engageant à lui

loG MALYINA.

» faire rendre sa liberté , s'il consent à » signer Pane de cassation de son ma- » riage. D'un autre côté, je ferai si- » gnifier à madame de Sorcy l'ordre » de remettre sur-le-champ miss Fan- » ny Sheridan entre mes nu ins , à » moins qu'elle n'accepte aussi de re- » connaître la nullité de son union : » s'ils se soumettent à mes désirs, v j'aurai bientôt obtenu la dissolution :» d'un lien qui a détruit toutes mes » espérances; s'ils me refusent, s'ils >> osent me braver hautement, du moins 3> leur désespoir me vengera, et en *> arrachant à Edmond une femme » chérie, et à l'odieuse Malvina son » enfant et son époux , je les rendrai » si maiheureux, que je croirai près- » que avoir réussi. Adieu , ma jeune *> amie, je me recommande à votre » adresse; déployez tous vos cha mes » pour retenir Edmond, afin que ma » pétition arrive avant lui à Londres , » et que les amis qu'il a sans doute » dans le gouvernement ne puissent 3> pas avoir le temps de le prévenir.

» AîsNA BlRTO>. »

MALV1NA. 107

Elle rentra , et remit sa lettre à Edmond , avec un air de bonté et de franchise qui aurait trompé la défiance même; mais cet artifice était plus qu'inutile , car elle savait bien qu'il ne pouvait avoir aucune inquiétude sur ce que sa lettre contenait, et que, lors même qu'il en aurait conçue , il avait sur ce point une probité trop sévère pour avoir à craindre de lui l'ombre d'une indiscrétion.

Il partit, et , selon sa promisse, il s'arrêta le lendemain au soir chez milady Dorset. Il donna la lettre demistriss Birton à Williams, son domestique, pour qu'il la remît sur-le-champ à mistriss Fenwich , car son intention était de ne pas perdre un instant , et de continuer sa route sans même descendre de voiture : mais mistriss Fenwich n'avait pas besoin des ordres de mistriss Birton pour mettre toute son adresse en usage alin de retenir Edmond près d'elle; elle l'avait réellement aimé: l'éclat des conquêtes ; le tumulte du monde , la distraction d'un

2o8 MALV1NA.

long voyage n'avaient pu le lui faire oublier. Occupée du désir de le revoir, elle avait laissé M. Fenwich à Dublin, et revenait £uprès de mistriss Bii ton , s'attendant bien à y trouver sir Edmond , et se flattant de l'enchaîner de nouveau. Beaucoup de motifs pouvaient autoriser cette espérance ; ses voyages avaient développé son esprit et même sa beauté : partout où elle s'était montrée 3 elle avait été l'objet des hommages universels, et quoiqu'ils l'enivrassent d'orgueil, elle sentait au fond de l'ame qu elle les aurait tous sacrifiés à l'espoir d'obtenir ceux: d'Edmond. Elle habitait depuis peu de jours le château de milady Dorset, et déjà elle avait attaché à son char tous les hommes de cette cour ; mais rien ne pouvait la retenir, et l'image de sir Edmond allait l'emporter et la ramener a Edimbourg , lorsqu'elle reçut la lettre de mistriss Birîon. Li nouvelle du mariage d'Edmond 1 etonna , son cœur en fut troublé; mais il était séparé de Malvina, il était ches

Page 1