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milady Dovset ; elle allait lé revoir ; ces pensées adoucirent à l'instant sa douleur; elle connaissait Edmond , et elle commençait à connaître assez le monde pour juger la différence des dispositions de l'amant qui espère et de l'époux qui possède, et apprécier parlà les obstacles que l'hymen met en général à linfidélité.
Cependant, tandis qu'Edmond s'impatiente dans sa voiture, que Williams attend à la porte de mistriss Eenwich si elle n'a pas une réponse ou une commission pour son maître, cette jeune femme réfléchit comment elle doit s'y prendre pour arrêter sir Edmond et perdre Malvina : elle fait entrer Williams, elle l'examine, le questionne , croit s'apercevoir qu'il est d'un caractère à l'aider dans ses projets , et lui parle de la sorte :
« Williams, votre maître a encouru la disgrâce de mistriss Birton ; la plus imprudente démarche le prive à jamais de ses bontés : cependant, si vous aimez votre maître, vous pouvez m'ai-
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cîer à réparer son éîourderie, et , en suivant exactement mes ordres , nous
{parviendrons peut - être à lui rendre 'héritage de sa tante; il y aura, de plus, cinquante guinées à gagner pour vous. »
Cette dernière considération était plus que suffisante pour déterminer Williams , et il fut convenu entre lui et mistriss Fewnich , qu'il l'instruirait exactement de toutes les démarches de son maître , et ferait passer par ses mains toutes les lettres qu'il pourrait écrire ou recevoir.
Ceci conclu, mistriss Fenwich fait dire à Edmond que la lettre de mistriss Birton exige qu'elle en écrive une à Londres, très-importante, très-pressée, dont elle espère qu'il voudra bien se charger ; et , en attendant qu'elle soit écrite , elle l'engage à descendre un moment dans le château. Milady Dorset ayant appris par elle que sir Edmond Seymour est à sa porte , va le joindre à sa voiture, lui fait de vifs reproches sur son impolitesse, et le
MAXVilSA. III
force à monter dans le salon jusqu'à ce que la lettre de mistriss Fenwich soit prêle. Il cède avec humeur , et va se réunir, malgré lui, à une nombreuse société , composée des hommes les plus gais et des femmes les plus jolies. Peu de temps après, mistriss Fenwich entre , un paquet à la main , et le lui remet sans faire aucune instance pour le retenir : il la regarde à peine, et s'apprête à partir sur-le-champ. Mais l'officieux \Villiams a cru que sort maître passerait la nuit au château : il vient de renvoyer les chevaux; il est trop tard pour en aller chercher d'autres. Mistriss Fenwich , inconsolable d'être cause de ce contre-temps, offre les siens pour conduire Edmond jusqu'à la poste prochaine; mais il y en a un de déferré , il ne pourra être prêt que le lendemain : milady Dorset et toute sa société se réjouissent de cet accident ; mistriss Fenwich seule en paraît fâchée ; elle s'excuse d'un ton si vrai, que sir Edmond ne doute point 4e sa bonne foi. L'obligation de rester,
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près d'elle lui donne le temps de l'examiner davantage , et il est frappé du changement qui s'est fait en elle; chacun lui répète qu'elle est présentement la femrre la plus à la mode; que le monde la compte parmi les beautés célèbres, et il trouve que le monde n'a pas tort. Ce n'est plus cette miss Melmor dont l'inexpérience ne savait tirer qu'un médiocre parti des avantages dont la nature l'avait pourvue , la coquetterie en a fait une autre femme , et chaque jour ajoute un charme à sa figure et un agrément à son esprit : peut être n'a t-elle rien de ce qui attache , mais elle a tout ce qui séduit : Î>eut-être s'en lasserait-on daus la soitude ; mais dans le monde, il faut tout quitter pour elle ; ses naïvetés sont si plaisantes! ses saillies si heureuses ! son persiflage si piquant ! d'ailleurs , comment échapper à ses yeux tendres et vils qui semblent ne regarder que vous, qui vous poursuivent, vous enchîntnt, et se baissent avec modisiie aussitôt qu ils sont par-
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venus a vous émouvoir ? et si je parle de ce souris touchant et fin qui a l'air dédire tant de choses, de ce regard languissant et voluptueux qui promet tant déplaisirs; de ces p. rases entrecoupées (jui allument l'imagination \en excitant la curiosité ; de ces réticences adroites (jui laissent tout espérer sans rien promettre; de ces efforts affectés qui ne retiennent ce qu'on veut dire que pour doubler le prix de ce qui échappe ; enfin, si j'ajoute à cela cçs douces rêveries, ces distractions jouées, ce désordre enchanteur de la todette qui laisse apercevoir, comme par hasard , ce qu'on rougirait de montrer, peut-être aurais~je peint une coquette, mais je n'aurais pas rendu encore mistriss Fenvvich.
Avec tous ces avantages , mistriss Fenwich tournait toutes les têtes , mais ne parlait pas au cœur; car si la figure fait les conquêtes , le caractère seul fait les passions. Cependant , toute aitrayante qu'elle est, l'amant, l'époux heureux de la tendre Malvina
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est bien éloigné de la craindre : peutil douter de lui-même ? ne serait-ce pas se méfier de la sincérité de son amour ? et la seule pensée qu'il peut être ému par une autre femme, ne serait-elle pas un outrage pour sa Malvina , et un crime horrible à ses yeux ? Sans doute : cette confiance est une preuve de sa profonde tendresse; mais cependant, comment avait-il la présomption de se croire à l'abri d'un moment d^entraînement? de pareilles fautes n ont-elles pas été reprochées aux plus tendres amants (i), et pouvait-il oublier que la nature ayant permis aux hommes d'être infidèles sans cesser d'être constants, l'amour ne fut jamais chez eux un rempart contre la séduction des sens?
(i) Saint-Preux dans la Nouvelle Hêloîse , snilord d Ossey dans les Lettres de Juliette Catesby.
MALVilSW. Il S