‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 3)Chapitre 13 sur 29 · CHAPITRE XÏ.VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XÏ.VIIL

Essai sur la Coquetterie»

Mais si l'usage du monde a développé les grâces de mistriss Fenwich , il lui a donné aussi une finesse d'observation , un tact pénétrant qui lui indiquent toujours la nuance juste dont il faut colorer ses projets pour qu'ils puissent réussir : elle est sûre que sir Edmond a juré à sa femme d'être toujours fidèle, et qu'il veut tenir son serment; par conséquent, des avances trop marquées seraient maladroites, en ce qu'elles le feraient penser à se tenir sur ses gardes; d'un autre côté, il serait dangereux de paraître l'oublier entièrement , parce que de là au point où elle veut le mener, il y a un chemin immense , et qu'elle sait bien qu'il ne fera point le premier pas. Pouf

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réussir 9 il faut donc le séduire sans qu'il s'en doute , être assez r.imable pour qu'il le sente , et non pas pour qu'il le remarque, et l'occuper si continue 'ement v qu'entraîné à son insu hors de lui, respirant à peine, il se troir e entièrement subjugué , sans avoir u le lemps de donner un souvenir à ce. qu'il oublie, ni une réflexion a ce qu'il éprouve. D'après ce plau , elle ne néglige aucune occasion de se trouver près de lui, et ne paraît jamais les chercher; elle se garde de lui ! varier la première , mais elle a l'art de 'obliger à lui adresser la parole , et l'art plus dangereux encore de répondre avec cette piquante reserve qui provoque les questions , et prolonge avec intérêt la conversation ia plus indifférente. Sir Kdrnond est d'autant plus aisément dupe de ses rrtifices , qu'il ne s'en mefic pas, et qu'il se repose sur la profonde connaissance qu'il peus-* avoir des icrnmcs, pour croire qu'aucune ne pourra jamais le tromper : il ignorait apparemment qu'un

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homme, tel clairvoyant qu'il soit , ne peut point acquérir, dans «ne seule vie , assez d'expérience et de sagacité pour pénétrer toute la variété et la profondeur de Tait de la coquetterie; il croit voir dans l'apparente négligence de mistriss Fenwich , la certitude qu'elle a perdu l'orgueilleux esf)oir de l'emporter sur Malvina , et il ui en sait gré; il jette un coup-d'œil de dédain sur toutes les beautés qui semblent vouloir se disputer ses regards, et se rapproche de la seule qui ne paraît pas les chercher. Cette distinction n'échappe point à mistriss Fenwich; elle y aperçoit le commencement de son triomphe, et y puise une confiance qu'elle cache adroitement , mais dont l'effet est de la rendre plus aimable encore. Cependant , ce n'est point avec sir Edmond quelle fait briller son esprit : non , elle reserve pour lui ces demi-mots touchants qui ont l\iir d'échapper à la négligence : mais s'adresse-t~ elle à d'autres ? alors sa conversation pétille de traits char-

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mants , ses lèvres fraîches et vermeilles s'embellissent du feu et de la grâce de ses discours; et pourtant cette femme séduisante n'est autre que la jolie miss Melmor ! et il se peut que miss Melmor ne fasse aucuns frais pour plaire à sir Edmond! 11 le voit et s'en étonne.

Cependant la joie règne autour d'eux, et mistriss Fenvvich est la première à se prêter à la gaîté générale : on parle de danser; c'est le triomphe de mistriss Fenwich , c'est là que ses grâces se déploient : si sa danse n'est pas noble et décente comme celle de Malvina, elle est légère et voluptueuse; ses mouvements, ses regards ne vont point à l'ame, mais troublent les sens : elle ne cause, il est vrai, qu'une impression momentanée, mais aussi est-il impossible d'y résister. Peu à peu la tête de sir Edmond se monte: mistriss Fenwich , attentive a toutes ses impressions, s'en aperçoit, ef profile de ce rnomeit pour demander une walse ; elle sent que le succès de ses premières tentatives lui permet d'en hasarder une

mâivika; tîg

autre, elle laisse voir à sir Edmond le désir de né walser qu'avec lui, en lui disant à voix basse : « La walse va commencer ; je l'aime avec passion; mais, parmi tous les hommes qui sont ici, le seul qui ne soit pas étranger pour Kitty, est le seul avec qui elle voudrait la danser. » Ce n©m de Kitty réveillait bien des souvenirs. 11 regarda mistriss Fenwich pour s'assurer si elle le rappelait avec intention : jamais Kitty n'avait été si jolie ; et le regard le plus tendre lui apprit qu'elle était toujours sa Kitty.

11 voit tous les hommes qui l'entourent remarquer avec envie et surprise la préférence dont il est l'objet ; il ne résiste pas au désir de jouir de son triomphe à leurs yeux ; et bien décidé à quitter mistriss Fenwich après la walse, il s'avance, et commence avec elle cette danse dangereuse que la volupté imagina pour éveiller le désir, amollir le courage et enflammer l'innocence. Bientôt toute cette brillante assemblée entoure une table couverte des mets les plus somptueux et des vins les plus ex-

quis : on croirait voir un souper de Paris sur les confins de l'Ecosse. Les femmes sont animées de cette gaîté piquante qui n'appartient qu'aux Françaises. La main de mistriss Fenwich verse à tous les convives un vin pétillant et léger: c'est toujours par sir Edmond qu'elle commence, c'est toujours par lui qu'elle finit : on dirait que, ne se reposant pas sur elle seule du soin de remouvoir , elle veuille employer d'autres armes que celles de la beauté

Î)our y réussir, et que tous les moyens ui sont bons , pourvu qu'elle le séduise. Mais déjà la tête d'Edmond , que la walse avait commencé à enflammer , s'exalte et se perd: les ris bruyants, les fumées du vin, les regards d'une femme charmante, tout conspue contre sa sagesse et contre le bonheur de lYlalvina. L'insensé! il ne songe pas qu'il ne faut souvent qu'un seul inslaut pour détruire cette paix de l'ame que la plus longue vie ne nous rend pas! Mais il ne sait plus ce qu'il fait; et mistriss Fenwich ne doutant plus de sa victoire 7 et s'a-

bandonnant trop tôt à la confiance qu'elle lui inspire, croit pouvoir tout oser, et saisit ce moment pour exiger d'Edmond qu'il prolonge son séjour chez milady Dorset: mais cette indiscrète prière lui rappelle, avec son voyage * la cause qui en est l'objet , et il jure de ne pas le retarder d'un jour. Sans se rendre compte de l'état où il est, il se sent en danger, et craignant de n'être pas toujours aussi sûr de lui, au lieu de répondre à mistrissFenwich, il se retourne, appelle son domestique, et lui dit: « Williams, ayez soin de tenir ma chaise prête demain matin à six heures , sans faute. « Cet ordre perce le cœur de mistriss Fenwich ; elle sent qu'elle s'est trop avancée, et, pour réparer son étourderie, elle feint de n'avoir pas entendu Edmond , ne parle plus de départ, conserve un visage riant, et ne s'occupe que de lui faire oublier ce qu'elle a eu la maladresse de lui rappeler. Sûre qu'auprès de lui elle ne peut compter sur le lendemain , et qu'il faut profiter du mo~

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