II
(9°) donner - aussi que l'extrait de ce qu'a écrit le bon maréchal de Champagne , nous nous arrêterons avec lui ; mais l'on trouvera dans l'histoire des révolutions de l'empire de Constantinople, par M. de Burigny , et dans la continuation de l'histoire romaine par Laurent Echard, de quoi suppléer à notre silence. On y verra l'empereur Henri faire la paix avec les Bulgares, et épouser la fille de leur roi, après la mort de celle du marquis de Montferrat; le royaume deThessalonique disputé par Démélrius , second fils de Boniface et de la veuve d'Isaac Lange 4 à Guillaume , fils aîné du marquis , mais d'un autre lit ; l'ancien usurpateur Alexis sortir des prisons où le marquis l'avait fait renfermer, tenter de nouveaux et d'inutiles efforts pour reprendre une couronne qu'il n'avait jamais eu droit de porter. L'empereur Henri mourut en 1 21 6 , et eut pour successeurs trois princes de la maison de France, de la branche de Courtenay, après quoi l'empire des Latins à Constantinople prit fin.
Le lecteur aura sans doute trouvé le fond de cette histoire fort intéressant. La révolution qui fit tomber l'empire de Constantinople entre les mains des La-
(9i ) tins, est nn de ces phénomènes historiques auxquels 'rien ne prépare, et que nous atLribuerjons au hasard le plus étrange, si nous ne reconnaissions le pou- Toir suprême de la Providence.
La manière simple et naïve avec laquelle le maréchal de Champagne raconte tous les événemens dont il a élé témoin, nous prouve bien que c'était un bon , franc et loyal chevalier. 11 fait souvent quelques réflexions pieuses; mais jamais elles ne sontphilosphiquesni ingénieuses, encore moins sont-elles injurieuses aux Latins ou Chrétiens occidentaux, Français, Flamands, Allemands, Italiens, que Geoffroi regarde tout comme ses compatriotes. Cependant son silence n'empêche pas qu'on ne s'aperçoive qu'il blâme souvent ces croisés qui perdirent si fort de vue leur objet, et qui exercèrent tant de cruautés et de pillage dans une ville aussi chrétienne que Constantinople. Le schisme ne peut pas même leur servir d'excuse , car les Grecs étaient prêts à se réunir à l'église latine. L'abus que ces croisés faisaient du motif sacré en appa- Tcnae de celte expédition, pour couvrir leur ambition , leur avidité et leur goût pour la débauche, est trop criant pour
(90 que nous n'ayons pas à remercier Dieu d'être nés dans un siècle éclairé, qui ne nous laisse aucune crainte de voir de pareils événemens se renouveler j mais ils étonnaient bien moins dans le tcms où, ils se passaient qu'ils ne nous surprennent aujourd'hui. C'est ce qu'il nous est aisé de reconnaître par le ton de simplicité avec lequel Villehardouin les raconte, et c'est en cela qu'est utile la lecture des auteurs contemporains. Leurs ouvrages montrent non-seulement combien le langage de leurs tems est éloigné de celui du nôtre ; mais encore combien leur façon de penser "diffère de celle d'à présent. Pour mettre nos lecteurs parfaitement en état de faire cette comparaison, nous allons copier quatre ou cinq chapitres du texte de Villehardouin, dans toute la vérité de son vieil idiome de l'an 1 200. Il faudra bien que nous expliquions en même tems quelques-uns de ses mots, et que nous accompagnions le texte de quelques notes grammaticales et histo-i riques; mais du moins, en présentant dei si petits échantillons , sommes-nous sûrs I de ne pas ennuyer long - tems nos lecteurs.
Le livre unique de l'Histoire de le
( 9* ) Prise de Constantinople , par Villehardouin, est divisé en deux cent cinquantesept petits chapitres ou articles.