LIX
gination, c'est-à-dire, n'inventant rien, ont eu le double mauvais goût d'admirer de telles choses et de les imiter ?...
Dans son troisième ouvrage [Amélie Mansfield) y l'auteur, par un caprice malheureux, retombe dans le genre créé par elle ; l'héroïne est passionnée jusqu'à la fureur la plus extravagante. Cet ouvrage est souillé par deux lettres qu'une femme auteur n'aviiait jamais dû composer ; le dénoûment est révoltant. Est-ce là peindre l'amour? non; c'esl peindre la rage la plus insensée , ou , pour mieux dire, cette peinture est ridicule et glaciale , parce qu'elle manque absolument de vérité. Osons le dire ^ les amans, dans «es romans , paraissent Irès-livrés à un mal physique qui leur donne une rage semblable à celle que les animaux féroces éprouvent dans une certaine saisiJn de Tannée. On rencontre dans Mathilde des réminiscences et plusieurs imitations d'autres romans. 'Do.ns Elisabeth , l'esprit remplace trop souvent la sensibilité, et de trop jolies phrases, trop multipliées, affaiblissent l'intérêt, ôtent du naturel et jettent de lafroideur sur l'ensemble de ce petit ouvrage... Madame Cottin manquait d'invention et d'imagination , elle a trr'p sou-
Vent emprunté les idées des autres. . elle à toujours conservé trop de reclK-rche et de prétention. On ne trouve dans son premier ouvrage , que des phrases ridicules ; mais on en renconire beaucoup dans les autres que le goût voudrait réformer , parce qu'elles manquent de naturel et de vente. Qui pourrait croire que c'est la même femme qui a porté , des deux derniers ouvrages de madame Cottin , le jugement suivant? i( Les deux derniers romans de madame Cottin sont infiniment supérieurs à tous ceux des romancitii français, sans en excepter ceux de Marivaux, et moins encore les en/iuyeux et volumineux ouvrages de l'abbé Prévost j car Gil-Blas est nn ouvrage d'un autre genre ; c'est la peinture des vices , des ridicul'^s produits par l'ambition , la vanité , la cupidité, et non le (îévcloppement des sentimens naturels du cœur; l'amour, l'amitié, la jalousie, la piété filiale, etc. L'auteur si spirituel et souvent si profond dans ses plaisanteries , n'avait étudié et ne connaissait bien que les intrigans subalternes et les ridicuUd de l'orgueil : quand il quitte son pinceau satirique, il devietit commun; tons lo.-t épisodes de Gil-BUs, qu'il a voulu rendix;
intéressans et touchans , sont fades et mal écrits.
Le commencement du chapitre où ss trouvent entassées toutes ces graves observations sur lés ouvrages de madaiive Cottin est vraiment curieux. Avant d'entrer en matière, l'auteur a cru nécessaire de préparer ses lecteurs à ce qu'ils allaient lire : « Il ocrait fort difficile de parler d'un auteur célèbre mort depuis peu de tems , et dont les partisans et tous les amis existent , si l'on manquait de droiture ou de courage, si l'on n'était pas capable de louer non s'^ulement avec sincérité, mais avec plaisir, ou si l'on avait la faiblesse de craindre de ridicules nterprétationsetd'injustesréssentimens. Dans iont ce qui tient à la morale ^ tous le* ménagemens que ne prescrivent pas \à bienséance et le devoir, sont des lâchetés. On n'en aura point dftns cet article * on doit juger avec sévér'lé des ouvrages qui méritent d'être lus ; une critique réfléchie est un hommage ; elle suppose une sorte de méditation, qui seule est une marque d'es'.imo, et la crili^e même ajoute au poids d* s éloges. »
. Ainsi donc, dans le jugement que ma- 3aij»ç de Geiilis a porté des ouvrages dç