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inutiles à leurs enfans , à leurs époux , donnent aux lettres et à la réflexion des beurcs dont le fruit est pour eux seuls ; qu'il en est qui , entourées d'un petit nombre d'amis qu'elles n'étourdissent pas de leurs vers , ne se servent de leur ins- Iruction que pour répandre dans leur intérieur ce charme toujours attaché à la culture des beaux-arts ; qu'il en est enfin qui, n'écoutant que les plus touchantes et les plus respectables affections, ne cèdent au besoin d'écrire que par le besoin de se dire : Quand la mort m'enlèvera aux êtres qui m'attachent à la vie , ils me retrouveront dans mes écrits -, et long-tems après moi , une larme coulera sur la page qui leur rappellera celle qu'ils auront perdue. Les hommes de lettres ont , sur les femmes auteurs , une supériorité de fait qu'il est assurément impossible de méconnaître et de contester : tous les ouvrages de femmes rassemblés ne valent pas quelques belles pages de Bossuet , de Pascal , quelques scènes de Corneille, de Racine, de Molière, etc. Mais en faut-il conclure que l'organisation des femmes soit inférieure à celle des hommes ? Le génie se compose de toules les qualités qu'on ne leur conteste pas, et qu'elles peuvent pos-
( xvn ) séder à un baut degré : rimaçiinalion , la sensibilité , l'éiévation de Tàme. ].e manque d'éludé et Téducalion ayant, dans tous les tems, écarté les femmes de la carrière littéraire, elles ont montré leur grandeur d'âme, non en retraçant dans leurs écrits des laits liistoriques, ou en présentant d'ingénieuses fictions, mais pai' des actions réelles ; elles ont mieux fait que peindre, elles ont souvent , par leur conduite , fourni les modèles d'un sublime héroïsme. Les grandes pensées viennent du cœur, a dit Yauvenargues ; et de la même source doivent, quand rien ne s'y oppose, ré>ulfer les mêmes effets.
11 est difficile de concilier entr'eux les jugemens universellement perlés sur les iemmes ; car ils sont ou contraires ou vides de sens. On leur accorde une extrême sensibilité ; on dit même qu'elle est plus Tive que celle des hommes , et on leur refuse de Fénergie. Mais qu'est-ce qu'une extrême .sensibilité sans énergie , sinon cette force d'âme ^ celte puissance de volonté qui, bien ou mal employées, donnent une constance inébranlable pour arriver à son but , ou fait tout bravtr , les obstacles , les périls, la mort mémo, pour l'objet d'une passion dominante.
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La tcnacilc de volonté des Femmes pour tout ce qu'elles désirent ardemment, a passé en proverbe : ainsi donc on ne leur tonieste pas ce genre d'énergie qui e-xige une extrême persévérance. On pj'clend quel(s femmes, pai* leur organisation, sont douées d'une délicatesse que les l]oniin«-5 ne peuvmt avoir. Ce jugement, favorable aux femmes , ne paraissait pas plus fondé à madame Cottin que tous ceux qui leur sont désavantageux. Plusieurs ouvrages faits pai' des gens de lettres , prouvent que ce mérite n'est nullement exclusif chez les femmes ; mais il est vrai que c'est un des caractères distinctifs de presque tous leurs écrits. Cela doit être , parce que l'érlucalion et la bienséance leur imposent la loi de contenir, déconcentrer presque tous leurs senlimeps^ et d'en» adoucir toujours Texpression : de là ces tournures délicates , cette finesse exercée à faire entendre ce que l'on n'ose expliquer. Ce n'est point de la dissimulation ; cet art en générai n'est point de tacher ce qu'on éprouve ; sa perfection au contraire est de le bien faire connaiti'e sans s'expliquer , sans employer des paroles que l'on puisse citer comme un aveu pojUif. L'amour surtout rend cctle déiic^
tesse ingénieuse; iî donne alors aux femmes un langage touchant et mystérieux qui a quelque chose de ce este, car il n'esL fait que pour le cœur et l'imagination ; les paroles articulées ne sont rien ; le sens secret est tout, et ne peut être bien compris que par l'àme à laquelle il s'i:dresse. Indépendamment de tous les principes qui rendent la pudeur et la retenue si indispensabl( s ('ans une femme j que de contrastes résullt-nt de cette timidité d'un côté , et de cette audace, de cette ardeur de l'auli e ! Que de grâces dans une femme jeune et belle , lorsqu'elle est ce qu'elle doit être ! Tout en elle est d'accord ; la délicatesse de ses tiaits , de ses foi nie s et de ses discouis ; la modestie de son maintien et de ses longs vètemens ; la douceur de sa voix et de son caractère. TAle ne se déguise point, mais elle se voile toujours -, ce qu'elle dit d'afitctueux est d'autant pins toucliant, que, loin d'exagérer ce qu'elle éprouve , elle doit l'exprimer sans véhémence. Sa sensibilité est plus profonde que celle d'un homme , parce qu'elle est plus contrainte -, elle se décèle et ne s'exhale point ; enfin . pour la bien connaître et pour l'entendre, il faut la deviner. Lllti attire autant par