‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 5)Chapitre 49 sur 98 · XCI · texte numérisé non relu

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eu en les e'crivant, il les pare du cliarmo de l'expression , il aura du talent en vers comme en prose. Il y a généralement plus d'esprit que de talent en ce monde. La société fourmille de gens d'esprit qui manquent de talent. L'esprit ne peut se paster d'idées , et ies idées ne peuvent S3 passer de talent; c'est lui qui leur donne l'éclat et la vie : or, les idées ne demandent qu'à être bien exprimées, et s'il est permis de le dire , elles mendient l'expression : voilà pourquoi l'homme à talent, vole toujours l'homme d'esprit : l'idée qui échappe à celui-ci étant purement ingénieuse , devient la propriété du talent qui la saisit.

Il n'en est pas ainsi de l'écrivain à grand talent ; on ne peut le voler sans être reconnu, parce que son mérite étant dans la forme ^ il appose son cachet sur tout ce qui sort de ses mains. Virgile disait qu'on ^irradierait plutôt à Hercule sa massue , fju'un vers à Homère. Le mérite des formes et de la façon est si considérable, que M. Sieycs ayant dit à quelqu'un de ma connaissance, permettez que je vous dise ma façon de penser, celui-ci lui répondit fort à propos : dites-moi tout uniment votre pensée, et cpar^nez-moi li

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façon. J. J. Rousseau, par exemple , emprunte la plupart de ses idées à Plutar- Que , et suitout à Montaigne -, mais il trouve si bien dans son talent de quoi parer ses vols ou ses emprunts , que l'intérêt n'en est jamais perdu pour ses lecteurs. On dirait en effet que les idées sont des fonds qui ne portent intérêt qu'entre les mains du talent.

Maiti tenant, pour eu venir à la plupart de nos femmes auteurs, il me semble, si toutefois leurs li vres ne sont pas un piège , qu'on peut avancer qu'elles ont infiniment plus d'esprit que de talent, à la différence de madame Cottin, qui exprimait si bien tout ce qu'elle entendait, et qui ]>eignait si bien tout ce qu'elle voyait. Horace dit^ en parlant de Sapho , que les llammes écliappées de ses doigts vivent encore dans [es cordes de sa lyre. C'est 'îonc le véritable signe du talent que ce laractère de vie qui anime et colore tout ce qu'il touche; mais une femme sans talent est la marâtre de son esprit : elle ne jwiit que tuer ses idées.

11 est curieux de recliercbcr comment il est possible, avec beaucoup d'esprit et d'instruction, de la pénétration, de la iinojc, une belle àme, de la raison, un

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