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Avec de l'esprit on liouvrra bien qm Iqrn bonnes idées -, mais le plus souvent on sera faux , alambiqué , puéril ; on tombera dans le néologisme et dans la pédanterie ; on aura un style froid et préclt n^t ; et même avec beaucoup de talent , on ne fera , après avoir pris des peines infinies, qu'un mauvais ouvrage, et mortellcmcr.t ennuyeux pour tous ceux qui ont ^a goût, et qui par conséquent aiment 5c naturel.
I.a mère de madame de Staël nV^it qu'un défaut -, mais ce défaut troubla <i vie, y jeta à la fois du ridicule et de l,^mertume , lui fit faire plusieurs incon^^ quences, et finit par égarer son jugemen». «t son esprit. Elle eut un goût trop p^sionné pour la littérature : tant il o;;t vrai que le goût le plus innocent et même le plus noble, quand 11 n'est pas renfermé dans de justes bornes, peut avoir U> plus graves inconvéniens, surtout pr^itr une femme. Cette passion , devenue tic minante dans une personne qui avait k^ sentiment de sa fore e , et qui se trouva i avec raison si supérieure , par l'esprit c» l'instruction , h toutes 1rs autres fenimt •», lui inspira un ardent désir d'obtenir m»"' grande célébrité. Elle admirait Iroppiv-
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foudémeut Thomas pour ne pas cliercîicr à l'imiter ; et bientôt ses idées et son st)--!© prirent l'exagération et l'emphase de son modèle : alors se forma cette école malheurense, si féconde ei\ brillans galimatias, dont Thomas fut le meilleur auteur et le chef, et dont madame Necker fut la mère. Cette femme , née pour tous les goûts simples que donne la vertu , ne pouvait supporter la campagne : entourée même de tous les objets qui lui étaient chers, il lui fallait une cour de littérateurs. Trop raisonable pour dédaigner le» occupations de son sexe, elle était incapable de s'y livrer ; elle s'était fait un besoin inépuisable de conversations savantes et spirituelles. Jouir du plaisir de dire dés riens , de s'amuser d'une bagatelle , de rire d'une folie , n'était point un délassement pour elle. L'ambition démesurée cHune éclatante célébrité avait altéré, à cet égard , son goût et son caractère, Ell« s'était appropriée le style et la manièvr de Thomas, dont elle a fort exagéré Ir^ défauts, et surtout le ton d'importance rt la pompe. Il y a dans ses écrits plutôt de belles phrases que de belles pensées ; on n'y trouve ni co plan , ni cet enchaînement d'idées , celte liaison , cctto grada-
( xcvni ) lion qui, clans les bons ouvrages Se morale, excitent la curiosité, soutiennent l'inte'rêt et conduisent le lecteur à la conviction.
Il faut observer que les femmes auteurs, qui passent leur vie clans la socie'tb d'un cranci nombre de gens de lettres, placent toujours dans leurs écrits beaucoup d'idées recueillies dans la conversation.
J^irmi les auteurs, ce n'est pas le manquo d'esprit qui produit les défauts de style et les ridicules les plus frappans, c'est surtout l'enivrement des succès et l'exaltalion de l'orgueil. Madame Neckcr , amio intime de tous les disciples ae Voltaire, n'aimait pointée grand poète; la raison en est simple. Voltaire n'aimait point dans une femme ce style précieux dépourvu de grâce et de naturel ; il haïssait par-dessus toute cliose l'empbase et le galimatias : plus d'une fois il s'était ejcprimé sur le mérite des écrits de madame Necker avec une franchise cj[ue celte dame avait prise pour de l'injustice.
Faire de jolis verset ne pas courir après la réputation , est un phénomène chez les hommes , mais plus encore chez 1rs femmes. Quelque agréable qu'ait été le talejit de madame de Beauharnais , s.i