‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 5)Chapitre 59 sur 98 · LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE PREMIÈRE

CLAIRE d'albe a Élise de biré.

Il ON , mon Elise , non, tu ne doutes pas de la peine que j'ai éprouve'© en te quittant; tu l'as vue: elle a t"é telle , que M. d'Albe proposait de me laisser avec toi, et que j'ai ëtë près d'y consentir. Mais alors le charme de notre amitié n'eût -il pas été détruit?

Aurions -nous pu être contentes d'être ensemble, en ne Tétant pas de nousmêmes? Aurais-tu osé parler de vertu , sans craindre de me faire rougir, et remplir des devoirs qui eussent été un reproche tacite pour celle qui abandonnait son époux , et séparait an père de ses enfants ? Elise , j'ai dû te quitter , et je no puis m'en repentir; ,'si c'est un

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snrrifire. la lecounaissancc de M. d'Albe m'en a dcdommagee, et les sept années qiie j'ai passées dans le monde depuis mon mariage, ne m'avaient pas obtenu ai.tant de couËance de sa part, que la cei lifnde que je ne te préfère pas à U.i. Tu le sais, cousine, depuis mou union arec M. d'Albe, il n'a éle' jaloux fjue de mon amitié pour toi 5 il était donc essentiel de le rassurer sur ce point , et c'est à quoi j'ai parfaitement léussi. Elise, gi onde-moi si tu yeux ; mais, malgré ton absence . je suis heureuse , oui , je suis heureuse de la satisfaction de ]M. d'Albe. « Enfin , me disait-il ce matin, j'ai acquis la plus entière sécurité sur votre attacboment; il a fallu long -temps, sans doute ; mais pouvez-vous vous en étonner , et la disproportion de nos âges ne I vous reudra-t-clle pas indulgente làdessus? Vous êtes belle et aimable: je vous ai vue dans le tourbillon du monde et des plaisirs , rechei cliée , adulée ; li'op sage pour qu'on osât vous adresfcr des vœux , trop simplejpour êtrt

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flattée (les hommR.ïes , votre esprit n"a point été éveillé à la coquetterie , ni \otre cœur à Tintéiêt; et daus tou-; la moments j'ai recoiiuu en vous le réfir sincère de glisser dans le monde sans y être aperçue : c'était là votre première épreuve; avec des principes comme les vôtres, ce n'était pas la plus difficile. Mais bientôt je vous réunis à votre amie; je vous donne l'espérance de vivre avec elle. Déjà vos plans sont formés ; vous confondez vos enfants, le «oin de les élever double de charni'î en vous en occupant ensemble , et c'est du sein de cette jouissance que je vous firracbe pour vous mener daus un pays nouveau , dans une terre éloignée 3 vous voilà seule à vingt-deux ans, sans autre compagnie que deux enfants en bas âge et un mari de soixante. EL bien ! je vous retrouve la même , toujours tendre, toujours empressée; vous êtes la première à remarquer les agréments de ce séjour; vous ciierchez à jouir de. ce que je vous donne , pour me faire oublier ce que je vous ôte ; mais le mé^

fl CLAIEE d'albE.

rite unique , inappréciable cîe Yolre complaisance , c'est cl être si naturelle et si abandonne'e ; que j'ignore moimême si le lieu que je préfère n'est pas celui qui vous plaît toujours davantage : c'e'taitma secoade e'preuvcj après celleci , il ne m'en reste plus à faire. Peutêtre e'tais-je né soupçonneux , et vous aviez dans vos channes tout ce qu'il fallait pour accroître cette disposition ; mais heureusement pour tous deux , vous aviez plus encore de vertus que de charmes, et ma confiance est dé- Bormais illimitée comme votre mérite.

-— Mon ami , lui ai-je répondu , vos éloges me pénètrent et me ravissent ; ils m'assurent que vous êtes heureux , car le bonheur voit tout eu beau. Vous me peiguez comme parfaite, et mou cœur jouit de votre illusion , puisque vous m'aimez comme telle; mais, aije ajouté en souriant, ne faites pas à ce que vous nommez ma complaisance tout l'honneur de ma gaîlé ; vous n'avez pas oublié qu'Élise nous a promis de venir se joindre à nous , puisque

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nous n'avions pu rester avec elle, et cette es|3érance n'est pas pour moi l(^ moins beau point de vue de ce sejoiirci. » En effet , mon amie , tu ne l'oublieras pas cette promesse si nécessaire à toutes deaxi^ tu profiteras de ton indépendance pour ne pas laisser divisé ce que le ciel créa pour être uni; tu viendras rendre à mou cœur la plus chère portion de lui-même; nons retrouverons ces instants si doux^ et dont l'existence fugitive a laisse' de si profondes traces dans ma mémoire ; nous reprendrons ces ëternelies couveisa— lions que Taraitie' savait rendre si courtes; nous jouirons de ce sentiment unique et cher qui éteint la rivalité et enflamme l'émulation; enfin Tiustant heureux où Claire te reyerra , sera celui où il lui sera permis de dire : pour toujours! et puisse le génie tutéiaire qui présida à notre naissance et nous fit naître au même moment, afin que nous nous aimassions davantage , mettre le sceau à ses bienfaits , en - envoyant qu'une seule mort pour toutes deux !

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