‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 5)Chapitre 66 sur 98 · LETTRE IX · texte numérisé non relu

LETTRE IX

CLAIRE A ELISE

Tu connais le goût de M. d'Albe pour les nouvelles politiques. Frédéric le partage. Un sujet qui embrasse le bonheur des nations entières , lui paraît le plus intéressant de tous : aussi chaque soir, quand les gazettes f.t journaux arrivent, M. d'Albe se hâte d'appeler son ami pour les lire et les discuter avec lui. Gomme cette occupation dare toujours près d'une heure , je profite assez souvent de ce moment pour me retirer dans ma chambre , soit pour écrire ou pour être avec mes enfants.

Durant le« premiers jours , Frédéric me

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dcniauciait où j'allais , et roulait qwe je fusse présente à cette lecture. A la fin, voyant qu'elle était toujours pour moi le signal de ma retraite , il m'a grondée de mon indifférence sur les nouvelles publiques, et a prétendu que c'était uu tort. Je lui ai répondu que je ne donnais ce nom qu'aux choses d'où il résultait quelque mal pour les autres; qu'ainsi je ne pouvais pas me reprocher comme tel le peu d'intéi et que je prenais aux événements politiques. « Moi , faible atome , perdu dans la foule des êtres qui habit^^nt cette vaste contrée, ai-je ajouté , que peut-il résulter du plus ou moins de vivacité que je mettrai à ce qui la regarde ? Frédéric, le })ien qu'une femme peut faire à son pays n'est pas de s'occuper de ce qui s'y passe, ni de donner son avis sur ce qu'on y fait; mais d'y exercer le plus lie vertus qu'elle peut. « Claire a rai— ^bn , a interrompu M. d'Albc ; une femme, en se consacrant à Téducatiou de ses enfanU et aux soins domcstiqtics . êu donnant à tout ce qui l'en-

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toare l'exemple des bonnes mœurs et «lu travail, remplit la tâche que la patrie lui impose ; que chacune se contente de faire ainsi le bien en de'tail , et de cette multitude de bonnes choses naîtra un bel ensemble. C'est aux hommes qu'appartiennent les grandes et vastes conceptions ; c'est à eux à cre'er le gouvernement et les lois; c'est aux femmes à leur en faciliter Texe'cution , en se bornant strictement aux soins qui sont de leur ressort. Leur tâche est facile; car, quel que soit Tordre des choses, pourvu qu'il soit basé sur la vertu et la justice, elles sont sûres Ac concourir à sa durée , en ne sortant jamais du cercle que la nature a tracé autour d'elles; car, pour qu'un tout marche bien , il faut que chaque partie reste à sa place. »

Elise, je recueille bien le fruit d'avoir rempli mon devoir en acconij^a— gnant M. dAlbc ici. Je m"y sens plus heureuse que je ne Tai jania(S été; je n éprouve plus ces moments dr tristesse et de dégoût dout tu t inquiétais

quelquefois. Sans doute c'était le montle qui m'inspirait cet ennui profond, dont la vue de la nature m'a guérie.

Mon amie , rien ne peut me conveHir davantage que la vie de la campacçne, au milieu d'une nombreuse famille.

Outre l'air de ressemblance "avec les mœurs antiques et patriarchales , que je compte bien pour quelque chose , c'est là seulement qu'on peut retrouver cette bienveillance douce et universelle que tu m'accusais de ne point avoir, et dont les uombrensesréunionsd'hommes ontdii nécessairement faire perdre l'usai^e. Quand on n'a avec ses semblables que des relations utiles , telles que le bien qu'on peut leur faire et les services qu'ils peuvent nous rendre, une Hî^ure étrangère annonce toujours un plaisir, et le cœur s'ouvre pour la recevoir; mais lorsque, dans la société, on se voit entouré d'une foule d'oisifs qui viennent nous accabler de leur ituitilité , qui , loin d'apprendre à bien employer le temps , forcent à en faire on mauvais usage, il faut, si ou ne leur

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ressemble pas, être avec eux ou froide ou t'ausse : et c'est ainsi que la biea— veillaaces'e'teint dans le grand monde , couiaie l'hospitalité dans les grandes villes.

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