‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 5)Chapitre 67 sur 98 · LETTRE X · texte numérisé non relu

LETTRE X

CLAIRE A ELISE

Ce matin on est \enu m'e'veiller , avant cinq heures , pour aller voir la bonne mère Françoise, qui avait une attaque d'apoplexie. J'ai fait appeler surle champ le chirurgien de la maison, et nous avons été ensemble porter des secours à cette pauvre femme. Peu a peu les symptômes sont devenus moins alarmants; elle a repris' connaissance , et gon premier mouvement, en me voyant auprès de son lit , a été de remercier le ciel de lui avoir rendu une vie à laquelle sa bonne maîtresse s'intéressait. Nous ayons vu qu'une des causes de sou

accident venait d avoir uëijlige la plaie dr sa jami e, et comme le chiruigieu la blessait en y tonchant, j'ai voulu la relioyer moi-même. P(ndant que j'ea étais occu] de , j ai entendu une exclamation, et, levant la tête, j'ai vuFrcde'i ic... Frédéric en extase^ il revenait de la pj omenade , et voyant du monde devant la ciiaumière , il y était entré. Depuis un moment il était là; il contemplait, non plus sa cousine , m a-t-il dit, non plus une femme belle autant qu'aimable , mais un ange ! — J'ai rougi et de ce qu'il m'a dit, et du ton qu'il y amis, et peut-être aussi du dé^sordre de ma toilette; car, dans mon empressement à me rendre ciez François*, je n'avais eu qiie le ttnqis de passer un jupen et de j( ter un schall sur mes épaules; mes cheveux étaient épars , mon cou et mes bras nus. J ai prié Frédéric de se retirer; 1 a obéi , et je iicTai pas revu dr toute la matinée. Une heure avant le dîner, comme j attendais du monde, je suis descendue trèsparée , paj ce que je sais que cela plaît

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a M. d'Albe ; aussi m'a-t-il trouvée très à soQ gré ; et, s'adressant à Frédéric : « N'est-ce pas , mon ami , que cette robe sied bien à ma femme , et qu'elle est charmante avec ? — Elle n'est que jolie , a répondu celui-ci , je l'ai vue céleste ce maûn. » M. d'Albe a demandé Texplication de ces mots ; Frédéric l'a donnée avec feu et enthousiasme. « iVIon jeune anli , lui a dit mon mari , quand vous connaîtrez mi( ux ma Claire, vous parlerez plus simplement de ce qu'elle a fait aujourdhiîi : s'étonne-t-ou de ce qu on voit lous les jours ? Fi édéric , contemplez Lien cette femme, parée d^ tous les (hannes delà beauté, dans tout Técliit de la jtunesse, elle s'est retirée à U campagne, seule avec un mari qui pourrait être son aïeul , occupée de ses enfants, ne song^fant qu'à les rendre heureux par sa douceur et sa teiidresse, et répandant sur tout un village son active bienfaisance : voilà quelle est ma compagne!

quelle soit votre amie , nion fils -, pnrlez-lui avec confi-pce; recueillez dans

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SOU âme de quoi perfectionner la votre : elle n'aime pas la vertu mieux que moi ; mais elle sait la rendre plus aimable. » IVmlant ce discours, Fre'déric était tombé dans une profonde rêverie. Mon mari ayant ëlé appelépar un ouvrier, je suis restée seule avec Frédéric ; je me suis approcbée de lui : « A quoi pensez-vous donc ? lui ai-je demandé. » Il a tressailli, et prenant mes deux mains en me regardant fixement , il a dit : « Dans les premiers beaux jours de ma jeunesse , aussitôt que ridée du bonbeur eut fait palpiter mon sein , je me créai Timaî^e dune femme telle qu'il la fallait à mon co'iir. Cette cbimère enchanteresse m'accompagnait partout ; je n en trouvais le modèle nulle purt; mais je viens de la reconnaître dans celle que votre mai i a peinte; il n'y manque qu'un trait : c( lie dont je me forgeais l'idée ue pouvait êfie beurrusip qu'avec moi. — Quo dites- Yous , Frédéric ? me suis-)e écriée vivement. — Je vous raconte jnon erreur, a-t-il répondu avec tranquillilé;

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j*avais cru jusqu'à présent qu'il ne [)oa. Tait y avoir qu'une femme conn.e vous' sans cloute je me sais trompe, car jai besoin d'en trouver une qui vous ressemble. » Tu vois. Elise, qne la fin de son discours a dû éloigner tout-àfait les idées que le commencement avait pu faire uaître. Pni>sé-je , Ô mon amie ! lui aider à découvrir celle qu'il attend ! celle qu'il désiie ! file sera heureuse , bien heureuse . car Fi édei ic saura aimer !

Il faut donc m'y résigner , cbère amie , encore six mois d alJ^ence' ! six mois éloignée de toi ! Que de temps perdu pour le bonheur ! Le bonheur , rcetêlresi fugitif que plusieurs le croient chimérique, n'existe que par la réunion datons les sentiments auxquels le cceur est accessible, et par la présence de ceux qui en sont les objets ; un vide Tempêche de naître , rabseuce d un ami le déti uit. Aussi ne suis-je point heureuse. Elise, car tu es loin de moi , et jamai:> mon cœur n'eut plus besoin de t'aimer et de jouir de ta tendresse*

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Je sais que si l'amitié t'appelle , le devoir te retient, et je t'estime trop pour t'attendre : mais combien mes vœux aspirent à ce moment qui, les accordant ensemble , te ramènera dans mes bras ! Il me serait si doux de pleurer avec toi 5 cela soulagerait mon cœur d'un poids qui l'oppresse , et que je ne puis définir ! Adieu.

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