‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 5)Chapitre 68 sur 98 · LETTRE XI · texte numérisé non relu

LETTRE XI

CLAIRE A ELISE

Tu me demandes si j'aurais été bien aise que mou mari eût été te'moin de ma dernière conversation avec Fréde'— rie? Assurément, Elise, elle n'avait 1 ien qui pût lui faire de la peine ; cela est si vrai , que je la lui ai racontée d'un bout a l'autre. Peut-être bien ne lui ai-je pas rendu tout à-fait l'accent de Fiédéiic^maisqui le pourrait? M. d'Albe a mis à ce récit plws d'indifférence

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qae moi-même ; il n'y a vu que le signe d'une tête exaltée , et , a-t-il ajouté , c'est le partage de la jeunesse. « Moa ami , lui ai- je répondu, je crois que Frédéric joint à une imagination ardente un cœur inJBniment tendre. La contemplation de la nature, la solitudç de ce séjour , doivent nourrir ses dis-^ positions , et dès-lors il serait peut-être nécessaire de les fixer. Puisque vous vous intéressez à son bonheur, ne pensez-vous pas qu'il serait à propos que j'invitasse alternativement de jeunes pt?rsonnes à venir passer quelque temps avec moi ? Ce n'est qu'ainsi qu il pourra les connaître , et choisir celle qui peut lui convenir. ••—Bonne Claire ! a repris mon mari, toujours occupée des autres , même à vos propres dépens , car, je suis sûr, d'après vos goûts et l'âge de vos enfants, que la société des jeunes personnes ne doit point avoir d'attraits pour vous; mais n'Importe , ma bonne amie , je vous connais trop pour vous ôter le plaisir de faire du bien à mon gièvc; je croii d'ailleurs vos observa-

rions à son égard très-vraies, et vos projfts très-bien conçus. Voyons: qui invitf rpi-vous ? — - J'ai nommé Adèle de Raincy : elle a seize ans , elle est belle , remplie de talents ; je la demanderai pour un mois.. . . » Je pense, mon Elise , que ce plan , ainsi que ma confiance en M. d Albe , répondent aux craintes bizarres que tu laisses percer dans ta lettre. Ne me demande donc plus s'il est bien prudent , à mon âge, d^ mCnscvelir à la campagne avec cet aimable ^ cet intéiessant jeune homme.

ce serait outraç^er ton amie que d'en douter; ce serait l'avilir que d'exiger d'elle des précautions contre un sem— blal)le danger. Où il y a uji crime.

Elise , il ne peut y avoir de danger pour moi, et il est des craintes que l'amltic doit rougir de concevoir. Elise, Frédéric est l'enfant adoptif de mon mari ; je suis la femme de son bienfaiteur : ce .«ont de ces choses que la vertu grave en lettres de feu dans les âmesi élevérs , et qn'«lles n'oublient jamais. Adieu.

ÇX.AIRE D ALBE. ^(^

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