LES DEUX HOMMES
Pourquoi ce courroux si puissant Contre un cœur innocent?
O rigueur inouïe!
Trancher de si beaux jours , Lorsqu'ils donnent la vie A tant d'amours!
FEMME DÉSOLÉE
Que c'est un vain secours contre un mal sans remède. Que d'inutiles pleurs et des cris superflus! Quand le ciel a donné des ordres absolus , Il faut que l'effort humain cède.
O dieux! quelle douleur, etc. '.
' Celte imitation des paroles de I.ulli est de Fonlenelle, et se (rniiv diins smi opéra de Psyché.
S'Jl
PSYCHI-':, ACTE II, Sr.ÈNK I.
Où iiliiccr loutes ses douceurs.
LE noi.
Ail! de mes maux soulagement frivole!
Rien , rien ne s'offre à moi qui de toi me console. C'est sur mes dépliiisirs que j'ai les yeux ouverts; V.t dans un destin si funeste, .le regarde te que je perds, Kt ne vois point ce qui me reste.
PSVCIIÉ.
Vous savez mieux que moi qu'aux volontés des dieux ,
Seifineur, il faut régler les nôtres; F.t je ne puis vous dire en ces tristes adieux Que ce que beaucoup mieux vous pouvez dire aux au-
Ces dieux sont maîtres souverains [très.
Des présents qu'ils daignent nous faire;
Ils ne les laissent dans nos mains
Qu'autant de temps qu'il jjeut leur plaire.
Lorsqu'ils viennent les retirer,
On n'a nul droit de murmurer Des grâces que leur main ne veut plus nous étendre. Seigneur, je suis un don qu'ils ont fait à vos vœux ; Kt (piand par cet arrêt ils veulent me reprendre , Ils ne vous ôtent rien que vous ne teniez d'eux , l'".t c'est sans nuirmurer que vous devez me rendre.
LE ROI
Ah! cherche un meilleur fondement Aux consolations que ton cœur me présente ; Kt de la fausseté de ce raisonnement
Ne fais point un accablement
A cette douleur si cuisante
Dont je souffre ici le tourment.
Crois-tu là me donner une raison puissante Pour ne me plaindre point de cet arrêt des cieux ?
Kt dans le procédé des dieux
Dont tu veux que je me contente,
Une rigueur assassinante
Ne paraît-elle pas aux yeux ?
Vois l'état où ces dieux me forcent a te rendre , l'.t l'autre où te reçut mon cœur infortuné ; Tu connaîtras par là qu'ils me viennent reprendre
liien plus que ce qu'ils m'ont donné.
Je reçus d'eux en toi , ma fille , Un présent que mon cœur ne leur demandait pas ;
J'y trouvais alors peu d'appas , Kt leur en vis , sans joie, accroître ma famille.
l\Iais mon cœur, ainsi que mes yeux.
S'est fait de ce présent une douce habitude : J'ai mis quinze ans de soins , de veilles et d'étude
A me le rendre précieux; Je l'ai paré de l'aimable richesse
De mille brillantes vertus; Kn lui j'ai renfermé, par des soins assidus , 'l'ous les plus beaux trésors que fournit la sagesse; A lui j'ai de mon âme attaché la tendresse;
J'en ai fait de ce cœur le cliarme el l'allégresse , La consolation de mes sens abattus,
Le doux espoir de ma vieillesse.
Ils m'ôtent tout cela, ces dieux!
Kt tu veux que je n'aie aucun sujet de plainte .Sur cet affreux arrêt dont je souffre l'atteinte ! Alil leur pouvoir se joue avec trop de rigueur
Des tendresses de notre cœur.
Pour m'ôter leur présent , leur fallait-il attendre
Que j'en eusse fait tout mon bien?
Ou plutôt, s'ils avaient dessein de le reprendre, N'eùt-il pas été mieux de ne me donner rien ?
PSYCHÉ
Seigneur, redoutez la colère De ces dieux contre qui vous osez éclater.
LE BOI
Après ce coup, que peuvent-ils me faire? Ils m'ont mis en état de ne rien redouter. rsvcuÉ.
Ah! seigneur , je tremble des crimes Que je vous fais commettre; et je dois me haïr.
LE ROI
Ah ! qu'ils souffrent du moins mes plaintes légitimes ; Ce m'est assez d'effort que de leur obéir ; Ce doit leur être assez que mon cœur t'abandonne Au barbare respect qu'il faut qu'on ait pour eux. Sans prétendre gêner la douleur que me donne L'épouvantable arrêt d'un sort si rigoureux. Mon juste désespoir ne saurait se contraindre; Je veux, je veux garder ma douleur à jamais; Je veux sentir toujours la perte que je fais; De la rigueur du ciel je veux toujours me plaindre; Je veux , jusqu'au trépas , incessamment pleurer Ce que tout l'univers ne peut me réparer.
PSYCHÉ
Ah ! de grâce , seigneur, épargnez ma faiblesse ; J'ai besoin de constance en l'état où je suis. Ne fortifiez point l'excès de mes ennuis
Des larmes de votre tendresse.
Seuls ils sont assez forts , et c'est trop pour mon ca ur De mon destin et de votre douleur.
LE ROI
Oui , je dois l'épargner mon deuil inconsolable. Voici l'instant fatal de m'arracher de toi; Mais conmient prononcer ce mot épouvantable ? Il le faut toutefois; le ciel m'en fait la loi ;
Une rigueur inévitable M'oblige à te laisser en ce funeste lieu. Adieu ; je vais... Adieu.
( Ce (ini suit juscfu'à I.i lin de ta pièce est de M. Corneille, .i l.i réserve île la première .scène du troisième acte, (|ui est de la même main qne re qui a précédé. )