SCÈNE
PSYCHÉ, AGLAURE, CYDIPPE.
PSYCHE
Suivez le roi , mes sœurs , vous essuierez ses larmes,
Vous adoucirez ses douleurs;
Et vous l'accableriez d'alarmes , Si vous vous exposiez encore à mes malheurs.
Conservez-lui ce qui lui reste; Le serpent que j'attends peut vous être fiinesle.
Vous envelopper dans mon sort , Et me porter en vous une seconde mort.
Le ciel m'a seule condamnée
A son haleine empoisonnée ;
Rien ne saurait me secourir, Et je n'ai pas besoin d'exemple pour mourir.
AGLAURE
Ne nous enviez pas ce cruel avantage De confondre nos pleurs avec vos déplaisirs , De mêler nos soupirs à vos derniers soupirs : D'une tendre amitié souffrez ce dernier gage.
PSYCHÉ
C'est vous perdre inutilement.
CYDIPPE.
C'est en votre faveur espérer un miracle , Ou vous accompagner jusques au monument.
PSYCHÉ
Que peut-on se promettre après un tel oracle ?
AGLAURE
Un oracle jamais n'est sans obscurité, [tendre.
On l'entend d'autant moins que mieux on croit l'en- Et peut-être, après tout, n'en devez-vous attendre
Que gloire et que félicité.
Laissez-nous voir, ma sœur, par une digne issue , Cette frayeur mortelle heureusement derue ,
Ou mourir du moins avec vous , Si le ciel à nos vœux ne se montre plus doux.
PSYCHÉ
Ma sœur, écoutez mieux la voix de la nature. Qui vous appelle auprès du roi.
Vous m'aimez trop ; le devoir en murmure :
Vous en savez l'indispensable loi.
Un père vous doit être encor plus cher que moi. Rendez-vous toutes deux l'appui de sa vieillesse ; Vous lui devez chacune un gendre et des neveux ; Mille rois, à l'envi , vous gardent leur tendresse; Mille rois, à l'envi , vous offriront leurs vœus. L'oracle me veut seule, et seule aussi je veux
Mourir, si je puis, sans faiblesse.
Ou ne vous avoir pas pour témoins toutes deux De ce que , malgré moi , la nature m'en laisse.
AGLAURE
Partager vos malheurs , c'est vous importuner .'
CYDIPPE.
J'ose dire un peu plus , ma sœur, c'est vous déplaire ?
Non ; mais enfin c'est me gêner.
Et peut-être du ciel redoubler la colère.
AGLAURE
Vous le voulez , et nous partons.
Daigne ce même ciel , plus juste et moins sévère , Vous envoyer le sort que nous vous souhaitons ,
Et que notre amitié sincère , En dépit de l'oracle et malgré vous , espère.
PSYCHÉ
Adieu. C'est un espoir, ma sœur, et des souhaits Qu'aucun des deux ne remplira jamais.