ACTE I, SCÈNE II
tion, forger quelque machine, pour me tirer de la peine où je suis, je croirais t'étre redevable de plus que de la vie.
SCAPIN
A vous dire la vérité , il y a peu de choses qui me soient impossibles, quand je m'en veux mêler. J'ai sans doute reçu du ciel un génie assez beau pour toutes les fabriques de ces gentillesses d'esprit , de ces galanteries ingénieuses , à qui le vulgaire ignorant donne le nom de fourberies; et je puis dire, sans vanité, qu'on n'a guère vu d'homme qui fiU plus habile ouvrier de ressorts et d'intrigues , qui ail acquis plus de gloire que moi dans ce noble métier. Mais, ma foi, le mérite est trop maltraité aujourd'hui ; et j'ai renoncé à toutes choses depuis certain chagrin d'une affaire qui m'arriva.
OCTAVE
Comment ! quelle affaire , Scapin ?
SCAPIN
Une aventure où je me brouillai avec la justice.
OCTAVE
La justice ?
SCAPIN
Oui , nous eûmes un petit démêlé ensemble.
SILVESTKE.
Toi et Injustice?
SCAPIN
Oui. Elle en usa fort mal avec moi; et je me dépitai de telle sorte contre l'ingratitude du siècle, que je résolus de ne plus rien faire. Baste ! Ne laissez pas de me conter votre aventure.
OCTAVE
Tu sais, Scapin, qu'il y a deux mois que le seigneur Géronte et mon père s'embarquèrent ensemble pour un voyage qui regarde certain commerce où leurs intérêts sont mêlés.
SCAPIN
Je sais cela.
OCTAVE
Et que Léandre et moi nous filmes laissés par nos pères , moi sous la conduite de Silvestre , et Léaudre sous ta direction.
SCAPIN
Oui. Je me suis fort bien acquitté de ma charge.
OCTAVE
Quelque temps après , Léandre fit rencontre d'une jeune Égyptienne , dont il devint amoureux.
SCAPIN
Je sais cela encore.
OCTAVE
Comme nous sommes grands amis , il me fit aussitôt confidence de son amour, et me mena voir cette fille , que je trouvai belle , à la vérité , mais non pas tant qu'il voulait que je la trouvasse. 11 ne m'entre-